Un auteur accusé d'avoir tenu des propos injurieux - L'affaire Houellebecq connaîtra son dénouement aujourd'hui

Paris — À quelques jours de la remise des premiers prix littéraires, le tribunal correctionnel de Paris rend aujourd'hui sa décision à l'égard de l'écrivain Michel Houellebecq, poursuivi par quatre associations musulmanes qui estiment injurieux ses propos tenus sur l'islam dans le magazine Lire en septembre 2001.

Le parquet a demandé que les associations, dont celles animant les grandes mosquées de Paris et Lyon, soient déboutées de leurs poursuites intentées pour «complicité de provocation à la haine raciale et injure raciale en raison d'une appartenance religieuse».

L'auteur de Plateforme (Flammarion), longuement interviewé dans le mensuel Lire, avait notamment déclaré: «La religion la plus con, c'est quand même l'islam.»

Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, avait demandé au tribunal que justice soit rendue à sa communauté d'autant que ces propos prenaient une résonance inquiétante après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.

«L'islam a été vilipendé, attaqué avec des mots orduriers. Plus de six millions de personnes ont le rouge de la honte au front. J'estime que ma communauté est humiliée, ma religion offensée», avait souligné Dalil Boubakeur le 17 septembre lors de l'audience.

Une ligne que n'a pas partagée le représentant du ministère public, Béatrice Angelelli, pour qui les poursuites intentées sont infondées.

Ne contestant pas le caractère provocateur de l'écrivain, le procureur de la République a rappelé que ces propos visaient l'islam et non les musulmans. «On ne peut pas dire que quand on exprime une opinion sur l'islam, cela implique que l'on attaque la communauté musulmane», a-t-elle affirmé avant de mettre en garde le tribunal: «Vous n'êtes pas là pour juger une responsabilité morale, mais pour sanctionner une responsabilité pénale.»

À la barre du tribunal, Michel Houellebecq, sous ses airs de faux naïf, a revendiqué le droit de critiquer les religions monothéistes et l'islam en particulier.

C'est à l'encontre du journaliste de Lire et du directeur de la rédaction, Pierre Assouline, que l'écrivain a réservé ses propos les plus durs. Qualifiant le travail du journaliste de «crapuleux», il a reproché au second d'avoir dans son éditorial confondu les propos tenus par son héros — prénommé Michel — dans «Plateforme», lorsqu'il se réjouit de voir des arabes mourir sous les balles et ceux qu'il a tenus au cours de l'entretien. Accusations démenties par Pierre Assouline.

Le procureur de la République a demandé la relaxe du directeur de publication de Lire et du groupe l'Express, société éditrice. Michel Houellebecq encourt jusqu'à un an d'emprisonnement et environ 69 000 $ d'amende.