Histoire - Une histoire de l'animation menée cahin-caha

Le Québec a publié quelques ouvrages sur le film d'animation, mais aucun ne proposait jusqu'à maintenant une histoire générale de l'animation québécoise. Pourtant, cet art, qui est ici méconnu et mal enseigné, nous a propulsés sur la scène internationale et nous a valu des avalanches de prix (des décennies avant l'Oscar des Invasions barbares!). Mira Falardeau suggère de combler le vide. Or cette Histoire du cinéma d'animation au Québec comporte de nombreuses faiblesses, ce qui atténue l'intérêt qu'on pourrait lui porter.

Pour raconter cette histoire, l'auteure emprunte un ton enthousiaste, multipliant les bons mots à l'endroit de tout un chacun. Elle évoque d'abord la carrière du pionnier Raoul Barré à New York dans les années 1910 et à Montréal vers 1930. Elle survole la production d'animation à l'Office national du film depuis sa fondation en 1939 jusqu'à aujourd'hui, consacre quelques pages au secteur privé et à l'animation par ordinateur et conclut sur le multimédia. Tout ça en 187 pages illustrées (en noir et blanc) et bien tassées.

Oui, le cinéma d'animation d'ici possède une riche histoire et compte des oeuvres fortes. Falardeau l'affirme à juste titre: la contribution de l'ONF, «un organisme unique au monde [qui] a joué un grand rôle dans le financement et le rayonnement de cet art», est fondamentale. Et pour comprendre ce qui caractérise l'animation québécoise (et canadienne), il y a une clef de voûte, Norman McLaren, «figure prédominante du paysage des arts au Canada et dans le monde». Le livre ne manque pas de souligner l'apport d'autres artisans, comme René Jodoin, Colin Low, Gerald Potterton, Frédéric Back et Daniel Langlois.

Mais il reste que l'Histoire du cinéma d'animation au Québec emprunte des pistes discutables. Par exemple, dans un chapitre intitulé «Les techniques du dessin animé», Falardeau prend soin d'expliquer en long et en large le fonctionnement du dessin animé traditionnel sur feuille de celluloïd, une technique davantage associée à l'industrie privée et qui occupe une place marginale chez les auteurs québécois. Puis elle expédie en quelques paragraphes les autres techniques qui ont marqué notre cinéma et n'ont rien à voir avec le dessin animé (marionnettes, animation gravée ou peinte sur pellicule, éléments découpés, etc.). Si bien que les descriptions de l'oeuvre des principaux réalisateurs se font anecdotiques, impressionnistes, pour ne pas dire floues.

On doit à Falardeau, spécialiste de l'humour visuel, une histoire de la bédé québécoise (La Bande dessinée au Québec, Boréal, 1994). C'est peut-être cette déformation professionnelle qui la pousse à faire remonter les origines de l'animation québécoise aux cartoonists et à accorder tant d'importance à l'animation sur celluloïd. L'approche pourrait faire sens aux États-Unis, mais pas au Québec, la plupart des auteurs d'ici (McLaren, Jodoin, Back, Drouin, etc.) ayant été formés aux Beaux-Arts.

Enfin, on relève plusieurs inexactitudes gênantes qui entachent la fiabilité de l'ouvrage. Un film allemand de silhouettes découpées, Les Aventures du prince Achmed (Lotte Reiniger, 1926), devient ici un dessin animé. La compagnie croate Zagreb Film, de l'ex-Yougoslavie, est relocalisée en Tchécoslovaquie. Marc Aubry remplace Martin Barry comme réalisateur de Juke-Bar (1989). Le Chapeau, de Michèle Cournoyer (2000), se voit attribuer la Palme d'or du court métrage à Cannes, alors que le film n'était pas en compétition officielle. On pourrait donner bien d'autres exemples de la même eau.

Et que penser de cet étonnant amalgame: «[Caroline Leaf] a inventé la technique d'animation de sable peint sur une plaque de verre.» Le sable sur verre et la peinture sur verre sont deux techniques distinctes mises au point par cette cinéaste. Une affirmation farfelue qui dénote, il faut bien le dire, une compréhension approximative de la matière.

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L'auteur est conservateur du cinéma d'animation à la Cinémathèque québécoise.

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