Zinn, historien engagé

Dans sa conception de l'histoire, les militants et les mouvements populaires jouent le rôle central. Il souligne le rôle des manifestants contre la discrimination raciale, des déserteurs pour la paix, des syndicalistes rebelles et d'activistes pacifistes pour la justice sociale. Zinn raconte comment, à partir des plus légers mouvements d'indignation et de signes diffus de résistance, le mouvement de protestation prend de l'ampleur.

Zinn entreprend ses études à la New York University à 27 ans après avoir été sous-lieutenant dans l'aviation américaine. Sa thèse d'histoire terminée à la Columbia University en 1956, il occupe pendant sept ans un poste de professeur au Spelman College d'Atlanta, où il enseigne à des étudiants noirs, à l'époque du Mouvement des droits civiques. Il en tire une leçon importante: «il est facile de confondre silence et résignation». On voit le militant et universitaire témoigner comme expert dans des procès intentés aux militants d'action directe et s'engager à fond dans le mouvement pour l'égalité.

Congédié en 1963, il poursuit sa collaboration avec le Student Nonviolent Coordinating Committee, organisme fondé en 1960 qui est à l'origine d'occupations de cafétérias, des marches pour la liberté et des campagnes d'inscription des Noirs sur les listes électorales des années 1960. Zinn deviendra le conseiller de cet organisme plus radical que celui de Martin Luther King.

Alors que la première partie de l'ouvrage aborde les luttes du mouvement des droits civiques et les stratégies d'activisme politique, Zinn nous raconte dans la deuxième partie comment celui qui s'était engagé dans l'armée de l'air en 1943 pour combattre le fascisme devient pacifiste et partage souvent l'estrade avec Noam Chomsky. Professeur au département de science politique de l'Université de Boston en 1964, au moment de l'escalade de la guerre américaine au Vietnam, il sera de toutes les luttes pour la liberté d'expression sur le campus et dans de nombreuses manifestations.

Après avoir quitté l'enseignement en 1988, ce partisan de la désobéissance civile et de l'action directe non violente est resté très actif en continuant de publier des ouvrages d'historien et de faire paraître des articles sur l'actualité politique.

Les ventes de son Histoire populaire des États-Unis atteignaient en 2005 un million et demi d'exemplaires, seulement aux États-Unis. Il participe au mouvement altermondialiste. On le retrouve à Seattle en 1999 dans les manifestations contre l'OMC. Il est l'un des principaux porte-parole du mouvement antiguerre qui combat la politique belliciste de George W. Bush.

Cet intellectuel subversif très populaire a toujours suscité la controverse dans le milieu universitaire américain. Rejetant l'habituelle distance et neutralité de l'historien savant, il a toujours défendu un point de vue critique et engagé. S'il a toujours cru à la lutte des classes et à la nécessaire révolte des masses, il a vite déchanté par rapport aux pays socialistes. Son analyse critique, qui s'inspire d'un marxisme libertaire et puise dans l'anarchisme, en fait un penseur contestataire assez exceptionnel dans le monde universitaire. Étonnamment, son ouvrage respire l'optimisme: «L'histoire est pleine de ces moments où, contre toute attente, les gens se sont battus ensemble pour plus de liberté et l'ont finalement emporté.» Il refuse de ne voir dans l'histoire qu'une suite de malheurs: «Les êtres humains présentent un large éventail de caractéristiques, mais on met habituellement l'accent sur les pires d'entre elles, provoquant trop souvent le découragement et étouffant l'esprit de lutte. Pourtant, l'histoire le prouve, cet esprit de lutte refuse de se soumettre... et ma vie fut pleine de ces individus, ordinaires et extraordinaires, dont la seule existence m'a donné espoir.» Cette autobiographie est une formidable leçon d'enthousiasme et d'optimisme sans illusions. Sa conclusion a justement pour titre: «Des raisons d'espérer».

Collaboratuer du Devoir

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