Religion - Duquesne et le mal

Quand le tsunami et les tornades dévastent et tuent des innocents, quand Hitler extermine le peuple élu, quand le Rwanda est à feu et à sang, toujours, la question surgit: pourquoi? Pourquoi le mal si, ajoutent les croyants, Dieu existe? Mystère, ont fini par déclarer certaines des plus grandes figures de la tradition théologique et philosophique. Mais cette réponse, pour les croyants, n'est-elle pas un peu courte?

C'est ce que croit le journaliste Jacques Duquesne qui, dans Dieu, malgré tout, écrit: «Cette question, on le voit bien, conduit à se demander qui est vraiment Dieu. Nous allons y revenir, après tant d'autres. Car chercher la vérité est un devoir.» Après ses admirables Le Dieu de Jésus, Jésus et Marie, trois brillants ouvrages de vulgarisation théologique et exégétique, Duquesne, qui ne craint ni la polémique ni les admonestations de quelques frileux spécialistes, revient à la charge en se frottant courageusement à la question du mal.

Comment l'expliquer dans une logique chrétienne? Du mal, ont prétendu certains, peut sortir du bien. Il s'agirait, ont affirmé d'autres, de la rançon du péché. Du premier homme et de ses suivants. Duquesne réfute ces explications. «La souffrance, écrit-il, n'est pas une valeur», et Jésus a contredit la «doctrine des rétributions». Quant au péché originel, une lecture attentive des textes et une juste compréhension de la tradition nous obligeraient à conclure qu'il «n'a pas existé»: «Et si le serpent incarne le mal, il faut conclure que le mal était présent dans le "jardin d'Éden" avant toute action d'Ève et d'Adam.»

Mauvaise compréhension, ajoute aussi Duquesne, que celle qui veut que le Fils se soit incarné pour offrir ses souffrances à son Père. Un tel Dieu pervers et sadique n'a pas de sens: «Le véritable sacrifice de Jésus était l'acceptation du risque de la mort, non sa recherche.» Le Fils est venu pour nous libérer «de l'ignorance de la vérité de Dieu», pas pour s'offrir en sacrifice à un Dieu vengeur.

Mais, alors, et même en acceptant cette brillante et généreuse relecture de quelques éléments de la foi, pourquoi le mal? Pour des raisons d'amour et de liberté. Scandale et absurdité? Logique divine, répond Duquesne: «Si Dieu n'est qu'amour, il ne peut créer un homme tout fait. Lequel ne serait pas libre. Aimer, c'est respecter la liberté de l'autre. [...] Dieu ne pouvait donc que créer l'homme dans un monde inachevé. Puisque, si l'homme vivait dans un monde tout fait, figé, parfait, il ne pourrait tout simplement pas être.» Le mal n'est donc pas voulu par Dieu, mais il relève des «accidents d'une création inachevée» sans laquelle l'homme ne saurait être libre et donc issu d'un Dieu d'amour. L'incarnation, à ce titre, «l'article de foi le plus incroyable», témoigne de la «toute-faiblesse» d'un Dieu libérateur pour l'homme.

Que répondre à ceux qui, avec raison, crient leur révolte devant la souffrance et le mal? «Que Dieu crie avec eux, participe à leur révolte, leur mal. Et qu'il en souffre parce qu'il n'est pas tout-puissant, ne veut pas l'être: s'il l'était, nous ne serions pas des hommes. Et nous ne serions pas appelés à devenir des dieux. Il fallait pour que ce destin fût ouvert, possible, que Dieu, je le répète au risque de lasser, créât un homme inachevé dans un monde inachevé.»

Dans une langue à la fois élégante et accessible, Jacques Duquesne ne cesse, livre après livre, de témoigner d'une foi éternellement jeune en quête d'intelligence pour aujourd'hui. Audacieuse sans provocations inutiles, originale sans délires interprétatifs, savante sans esbroufe, son oeuvre est une grâce pour les chrétiens lucides et progressistes et pour leurs compagnons de route.

Collaborateur du Devoir