Mathieu Boily reçoit le prix Émile-Nelligan

Mathieu Boily
Photo: Jacques Grenier Mathieu Boily

Le dernier recueil de Mathieu Boily, Le Grand Respir, se déploie comme une toile autour de la vie quotidienne. Il présente une prose pleine de blé et de vent dans la première partie, «Le rayon des oiseaux se rétrécit», puis pleine de pommes poquées ou de vieux courrier dans la deuxième partie, qui s'allonge derrière un titre interminable: «L'automne est une piste pour le grand respir à prendre». Le poète entre sur la pointe des pieds dans son propre univers. Puis, son souffle prend toute la place.

«Je pense à l'impact des dents dans une pomme / il n'y a que des sons autour / pour un peu me rassasierait / cette idée intermittente du jour comme un vêtement», écrit-il.


Hier en fin d'après-midi, Mathieu Boily remportait le prix de la Fondation Émile-Nelligan, qui récompense chaque année un jeune poète de moins de 35 ans.


La Fondation Émile-Nelligan a été créée en 1979, sur une initiative de Gilles Corbeil, un neveu de Nelligan. Avec les autres héritiers de feu le poète, il fut ainsi décidé de céder à cette fondation les droits d'auteur perçus sur l'oeuvre du poète, qui s'élevaient à quelque 40 000 $. C'est à même ces droits qu'est accordé chaque année le prix Émile-Nelligan à un jeune poète québécois.


Ce prix perpétue donc la mémoire de celui qu'on considère comme un artiste majeur dans l'histoire de la poésie québécoise. C'est à partir de Nelligan que la poésie «se greffe désormais sur le présent et la conscience de l'artiste», pour reprendre l'analyse du Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord (Fides). Romantique et symboliste, sa poésie permet enfin «l'explosion du moi». On y dit aussi que deux de ses poèmes, La Romance du vin et le Vaisseau d'or, «résument l'essentiel de son destin d'homme et d'artiste». Plus tard, on le sait, un destin tragique fit basculer Nelligan dans la folie avant le début de la vingtaine, après qu'il eut mené une courte vie de bohème.


Mathieu Boily, quant à lui, est bien vivant, avec ses trente ans à peine entamés, et Le Grand Respir est son premier recueil.


Son prix, qui s'accompagne d'une bourse de 5000 $ et d'une médaille en bronze, lui a été remis hier à la Bibliothèque nationale du Québec, rue Saint-Denis.


Le président du jury du prix Émile-Nelligan 2001 était Carle Coppens, qui était accompagné de Carole David et de Thierry Bissonnette.