Littérature - D'obscur polémiste à auteur à succès, grâce à... Ben Laden!

Déjà passablement écorchée pour avoir recommandé un livre qui s'est avéré bidon, l'animatrice Oprah Winfrey fait face, ces jours-ci, à une redoutable concurrence... celle d'Oussama ben Laden. Dans son plus récent enregistrement diffusé le 19 janvier dernier, le chef d'al-Qaïda recommandait la lecture du brûlot Rogue State, faisant de son auteur, le polémiste méconnu William Blum, un écrivain à succès.

L'effet a été immédiat. En moins d'une semaine, Rogue State - A Guide to the World's Only Superpower (L'État-voyou - Un guide de l'unique superpuissance mondiale) est passé de la 205 000e place au top 10 du populaire site de vente en ligne Amazone.com, déclassant même brièvement le très performant Code Da Vinci de Dan Brown.

Il aura fallu qu'Oussama ben Laden s'en mêle pour que l'historien d'extrême gauche, encensé depuis plusieurs années par Noam Chomsky et le cinéaste Oliver Stone, voit son travail être reconnu par les médias de masse. «C'est presque aussi bien que de figurer au club [de livres] d'Oprah», s'est enthousiasmé William Blum au lendemain de ce coup de pouce inespéré.

À l'origine de cette spectaculaire flambée, cette phrase lancée par Ben Laden sur les ondes d'al-Jazira: «Si Bush continue avec ses mensonges et son oppression, il vous sera utile de lire le livre L'État voyou». Sitôt cette phrase prononcée, le téléphone s'est mis à sonner frénétiquement dans le petit deux pièces de William Blum, à Washington, plusieurs journalistes espérant recueillir ses commentaires horrifiés.

Ils ont été déçus. Non seulement Blum s'est dit «content» d'être cité par Ben Laden, mais depuis il persiste et signe, assurant qu'il n'est en aucun cas «révulsé». À Libération, l'auteur a même déclaré que s'il n'a que «mépris pour le fondamentalisme religieux de type taliban ou autre», la publicité de Ben Laden ne lui «pose aucun problème».

Il faut dire que l'ouvrage lui-même ne faisait déjà pas dans la dentelle. Sa thèse est la suivante: la guerre au terrorisme est vouée à l'échec, thèse que Blum reprend sur son site Killinghope.com. «Si j'étais le président, je pourrais arrêter les attaques terroristes contre les États-Unis en quelques jours et définitivement», affirme Blum dans son livre publié en 2000. Comment? En présentant d'abord des excuses, «totalement publiques et sincères», à toutes les veuves, les orphelins, les pauvres, les torturés et les millions d'autres victimes de l'impérialisme américain.

Au départ, plusieurs analystes avaient vu dans ce coup d'éclat une simple passade. Mais les 15 minutes de gloire de William Blum, 72 ans, se sont prolongées. Encore hier, son essai figurait en bonne position sur la plupart des sites de vente en ligne, au point où son éditeur a décidé, il y a quelques jours seulement, d'imprimer 10 000 nouveaux exemplaires pour répondre à la demande.