Géographie - Renaissance des frontières

Lorsque, vêtu de préférence d'une combinaison bien chaude, on se baigne près de la rive dans la baie d'Ungava, est-on encore au Québec? Le gouvernement fédéral a décidé en 1912 que la frontière septentrionale de la province se trouve «à la rive». L'ennui, c'est qu'à cause des très hautes marées la frontière semble avoir la bougeotte.

L'éminent géographe québécois Henri Dorion affirme qu'il s'agit d'«une des frontières les plus originales de la planète». Elle lui sert d'exemple pour enrichir un solide exposé qu'il n'a pas craint d'intituler Éloge de

la frontière.

Dans ce petit livre de la collection «Les Grandes Conférences», Dorion s'efforce de démontrer qu'à l'âge de la mondialisation le concept de frontière est devenu si souple et si vivant qu'on ne peut plus définir le canon comme suit: «Instrument utilisé dans la rectification des frontières nationales». Selon lui, les statiques «frontières de séparation» devraient se transformer en dynamiques «frontières de contact».

Perspicace, le géographe réhabilite la frontière pour mieux décrier une fausse mondialisation hostile à la diversité culturelle. Les échanges véritables entre les nations ne supposent-ils pas la complémentarité des nations? Pour assurer cette complémentarité, les frontières ne restent-elles pas nécessaires, d'autant plus qu'elles pourraient désormais s'humaniser?