Les dessous de l'écrivain aux deux Goncourt

L'humain est inépuisable, Romain Gary en a fait la preuve avec une grande constance dans ses romans, mais aussi dans ses fréquents coups de gueule en forme de commentaires, de réflexions et d'analyses. Pour souligner le 25e anniversaire de la mort de l'homme aux deux Goncourt, Gallimard a eu la riche idée de rassembler ses meilleures sorties publiques dans un même recueil, intitulé L'Affaire homme.

Le titre n'est pas anodin. Il rappelle l'éternelle obsession de Romain Gary: l'humain. Publiés entre 1957 et 1980, ces textes sont tour à tour passionnés, fiévreux, engagés, voire prémonitoires. Les premiers suivent immédiatement le Goncourt remporté en 1956 pour Les Racines du ciel et s'attachent à expliquer son livre. Mais, rapidement, Gary en vient à défendre son oeuvre, puis carrément sa vision de l'homme.

Sur deux points, il est carrément prophétique. D'abord par ses prises de position tranchées sur l'écologie, un domaine alors méconnu, qu'il défend avec des arguments qui font aujourd'hui partie intégrante du discours écologiste. «Quoi que l'homme fasse contre la nature et ses chances de survie, c'est contre lui et son futur qu'il le fait», note-t-il en 1974.

Son appel à la féminisation du monde est lui aussi précurseur. Romain Gary l'a répété maintes fois, il vénérait la vie à deux. «Être deux, c'est pour moi la seule unité concevable.» C'était aussi la valeur la plus inestimable. «Maintenant que je suis bien avancé dans la vie, je ne vois pas de valeur humaine plus précieuse que la dépendance homme-femme. La liberté, c'est l'autre.»

Pour le reste, Gary fait preuve d'une étonnante versatilité. Dans Journal d'un irrégulier, une chronique d'humeur publiée dans France Soir au début des années 1970, il se montre sous son meilleur comme sous son pire jour. Rien n'échappe à sa plume, qu'il trempe ici dans le plus pur des vitriols. Des homosexuels aux drogués, du sexe à l'inceste, de l'imposture masculine à la vieillesse, aucun tabou n'est laissé pour compte.

Arrogant, prétentieux, anticonformiste, Romain Gary est tout cela à la fois et plus encore dans L'Affaire homme. Vraiment, c'était une chic idée que de rassembler ici des textes dont la plupart sont enrobés de ce même humour noir, extrêmement fin, souvent désaxé mais toujours extralucide, qui a fait la signature de Gary et de ses nombreux pseudonymes.