Sommet de Cancún sur le climat - Malgré le discours officiel, les États-Unis ne veulent pas d'un traité contraignant

Le négociateur en chef américain, Todd Stern, a confirmé que les États-Unis entendent moduler l’aide promise dans l’accord de Copenhague en fonction de l’appui des pays en développement à la stratégie étasunienne.
Photo: Agence France-Presse (photo) Keld Navntoft Le négociateur en chef américain, Todd Stern, a confirmé que les États-Unis entendent moduler l’aide promise dans l’accord de Copenhague en fonction de l’appui des pays en développement à la stratégie étasunienne.
C'est ce qui ressort du plan de communications de la Maison-Blanche, oublié la semaine dernière par un négociateur des États-Unis dans l'ordinateur d'un hôtel européen, document qui a abouti au Guardian de Londres.

Déjà, hier, le Washington Post résumait les travaux de la conférence de Bonn, qui s'est terminée dimanche, en disant que les pourparlers ne pouvaient que progresser sur des questions particulières, les négociateurs ayant apparemment abandonné l'espoir de conclure un traité global. Le quotidien citait d'ailleurs le chef négociateur des États-Unis, Todd Stern, selon qui les travaux de Bonn avaient consisté à se concentrer sur les éléments essentiels d'un éventuel traité d'ici la fin de l'année. Ce que ne disait pas le communiqué officiel, qui faisait état du voeu général de hausser la mise de toutes parts pour en arriver à un traité global à Cancún.

Cette vision des choses a creusé le fossé qui sépare plusieurs pays en développement des États-Unis. L'exaspération des adversaires de l'accord de Copenhague a d'ailleurs été accentuée par le fait que les États-Unis entendent moduler l'aide promise dans l'accord en fonction de l'appui des pays en développement à la stratégie étasunienne. C'est ainsi que la Bolivie et l'Équateur, des alliés de Cuba et du Venezuela, se sont vu refuser respectivement 3 millions et 2,5 millions pour avoir invité la plénière de Copenhague à ne pas l'entériner.

Cette politique d'aide sélective a été confirmée par le Département d'État et par le négociateur en chef, Todd Stern, selon qui «les États-Unis vont utiliser ces fonds auprès de pays qui ont indiqué leur intérêt pour l'accord». Todd Stern a toutefois convenu qu'il y aura des exceptions.

L'accord de Copenhague ne prévoit pas la création d'un fonds commun dont l'argent serait ensuite en fonction des difficultés d'adaptation des pays pauvres au réchauffement du climat. À Bonn et aux États-Unis, plusieurs perçoivent cette manière de faire comme un chantage indigne, qui plus est potentiellement dangereux pour la réputation du pays.

Le Canada, qui a décroché à Bonn le troisième prix Fossile de la conférence pour être passé d'une réduction de 3 % à une augmentation de 3 % de ses émissions par rapport à 1990 en s'alignant sur les États-Unis, fait face à un nouveau débat devant le Parlement.

Les groupes environnementaux de tout le pays se mobilisent en effet pour que le Parti libéral vote dans quelques jours pour le projet de loi C-311, qui fixe l'objectif de réduction des émissions canadiennes à -25 % d'ici 2020 sous le niveau de 1990. Les libéraux ont appuyé en première lecture ce projet de loi, introduit à l'origine par le NPD. S'il est acquis que le Bloc va l'appuyer, les libéraux et Michael Ignatieff pourraient renier leur position initiale dans ce dossier, craignent plusieurs.

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