Quel avenir pour le béluga du Saint-Laurent ?

La population de bélugas du Saint-Laurent compterait moins de 880 bêtes. Et son déclin se poursuit.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La population de bélugas du Saint-Laurent compterait moins de 880 bêtes. Et son déclin se poursuit.

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L’année 2023 marque le 40e anniversaire de l’inscription du béluga du Saint-Laurent sur la liste des espèces en péril au Canada. Or, malgré l’abondance de travaux scientifiques sur ce cétacé et la mise en oeuvre d’un programme de rétablissement, son déclin se poursuit. Un symposium a lieu cette semaine à Montréal pour tenter d’entrevoir l’avenir de cette sentinelle environnementale.

Ce rendez-vous scientifique se déroule d’ailleurs 35 ans après le Forum international pour l’avenir du béluga, qui avait permis de « tirer la sonnette d’alarme », rappelle le directeur scientifique et cofondateur du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud.

« Le béluga a attiré notre attention sur le piètre état du Saint-Laurent et il a été utilisé comme levier pour démarrer des initiatives pour le nettoyer. Sa situation tragique nous a mobilisés face à l’urgence de la situation », explique-t-il, à la veille du Symposium béluga 2023, qui se déroule de mercredi à vendredi à l’UQAM.

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Balado | Le béluga, cette sentinelle environnementale

Il faut rappeler qu’à l’époque, cette espèce d’abord décimée par des décennies de chasse était désormais victime de la pollution industrielle, omniprésente dans le Saint-Laurent et le Saguenay, donc au coeur de son habitat.

Cancers

 

Les cas de cancer étaient notamment particulièrement nombreux. Une étude publiée en 2002 dans Environmental Health Perspective avait d’ailleurs démontré que le cancer était à l’origine de la mort de 18  % des jeunes bélugas et de 27 % des adultes retrouvés morts de 1983 à 1999 dont la carcasse avait été analysée à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

« Un tel pourcentage n’a jamais été observé chez une population d’animaux sauvages où que ce soit dans le monde. À notre connaissance, c’est la première fois que l’on documente chez des mammifères sauvages un taux de cancer comparable à celui prévalant chez l’homme », avait alors expliqué son coauteur Daniel Martineau, de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Les chercheurs avaient aussi établi un lien entre ces données et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), qui contiennent de puissants carcinogènes, retrouvés dans les sédiments du Saguenay. Il a été démontré que ces composés étaient émis par les alumineries situées à la source de la rivière Saguenay. Et dans la région, travailleurs et citoyens souffraient eux aussi de taux élevés de cancer.

La réduction de ce type de contamination a progressivement fait disparaître les cas de cancer chez les bélugas, des animaux qui peuvent vivre une soixantaine d’années. Le dernier cas a été constaté en 2011. Mais depuis, les mortalités de femelles, notamment lors de la mise-bas, et celles de jeunes bélugas constituent une véritable série noire.

« Les HAP, les BPC et le DDT ont été remplacés par d’autres produits toxiques qui sont soupçonnés de contribuer aux décès de bélugas. La partie n’est pas gagnée », résume Robert Michaud. La population, qui compterait moins de 880 bêtes, poursuit son déclin année après année. De 2018 à 2022, par exemple, 74 carcasses ont été retrouvées. Ces individus ne représentent toutefois pas un bilan exhaustif des décès.

La magie du béluga

 

« On a fait des choses pour les bélugas, mais est-ce que nous avons vraiment changé? Je me demande aujourd’hui ce qui pourrait nous motiver. Au-delà de présenter la tragédie du béluga, on pourrait aussi parler de la magie du béluga. Peut-être que ça pourrait nous motiver, parce qu’encore aujourd’hui, ils sont contaminés », ajoute le directeur scientifique du GREMM.

« Ce sont des êtres sociaux absolument fascinants et il faut un changement de paradigme », poursuit-il, en espérant que le Symposium béluga permettra aussi de mettre en lumière la richesse de cette vie sociale. « On sait, grâce à 40 ans de recherche, que ce sont des animaux qui ont des comportements sociaux complexes, qui peuvent donner des soins alloparentaux, qui ont des répertoires vocaux qui confirmeraient l’existence de différentes communautés de femelles, etc. »

Le seul cétacé résidant à l’année dans les eaux québécoises continue par ailleurs de « nous interpeller sur les impacts des activités humaines » sur l’écosystème fragilisé du Saint-Laurent. Présence de navires, dragage de sédiments, contaminants dans l’eau, variation de l’abondance de proies et changements climatiques, les facteurs qui affectent le béluga sont nombreux, souligne Robert Michaud. « La vigilance scientifique demeure essentielle. 



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