Une coalition réclame l’abandon du gaz naturel dans les bâtiments

La vaste majorité du gaz naturel consommé au Québec est exploitée par fracturation, une technologie interdite au Québec en raison des risques environnementaux et pour la santé.
Annik MH de Carufel Archives Le Devoir La vaste majorité du gaz naturel consommé au Québec est exploitée par fracturation, une technologie interdite au Québec en raison des risques environnementaux et pour la santé.

Une coalition de groupes environnementaux, de scientifiques et de syndicats plaide pour l’accélération de la sortie du gaz naturel dans le secteur du bâtiment au Québec. Le regroupement fait valoir que ce virage permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre et les risques pour la santé humaine, mais aussi de se détourner d’une industrie qui utilise plus que jamais la fracturation hydraulique, une technologie interdite ici.

« Il ne fait plus aucun doute que le gaz est risqué pour le climat et l’environnement, et ce, de la fracturation à la consommation. Face à l’urgence, il faut agir de manière responsable et abandonner cette énergie destructrice », ont fait valoir mardi matin les organisations membres de cette coalition, qui disent vouloir « contrer la désinformation sur ce combustible fossile en alertant la population québécoise sur les différents risques associés à son utilisation ».

À l’heure actuelle, le Québec importe le gaz naturel qu’il consomme, et celui-ci est à 99 % d’origine fossile. À peine 1 % du gaz qui circule dans le réseau du distributeur Énergir est du gaz naturel renouvelable (GNR), un taux que l’entreprise souhaite faire passer à 10 % en 2030. Et la vaste majorité du gaz importé actuellement de l’Ouest canadien et des États-Unis est exploitée en utilisant la fracturation hydraulique, une technologie interdite au Québec en raison des risques environnementaux et pour la santé.

« Après 20 ans de luttes et de victoires contre l’exploration, l’exploitation et le transport d’énergies fossiles au Québec, par souci de cohérence, il est temps de s’attaquer à la consommation », résume Anne-Céline Guyon, chargée de projet sur les enjeux climatiques à Nature Québec.

Elle ajoute que la sortie du gaz naturel permettrait de faire des gains importants en vue de l’atteinte des cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la province. À l’heure actuelle, le gaz brûlé dans les bâtiments représente 7 % des émissions annuelles de gaz à effet de serre du Québec, et 63 % des émissions du secteur des bâtiments.

Risques pour la santé

La coordonnatrice de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME), Patricia Clermont, insiste pour sa part sur les risques pour la santé. Le gaz naturel, fait-elle valoir, « affecte gravement, bien que trop souvent et depuis trop longtemps de manière insidieuse, la santé de nos enfants et des plus vulnérables ». Elle évoque les risques liés à l’industrie de la fracturation hydraulique, mais aussi ceux imputables à l’utilisation de cuisinières au gaz.

« Le gaz est un problème de santé publique qu’il faut éliminer le plus rapidement possible », ajoute Éric Notebaert, urgentologue et vice-président de l’AQME, en soulignant notamment que la crise climatique découlant de notre dépendance aux énergies fossiles est « le pire problème de santé publique de l’humanité ».

La coalition, qui regroupe une quinzaine d’organisations, presse donc le gouvernement Legault à agir pour la « décarbonation » des bâtiments, une idée d’ailleurs évoquée par la Ville de Montréal. Hydro-Québec s’y oppose toutefois, jugeant que la conversion totale à l’électricité ne serait pas réaliste.

La coordinatrice de la coalition, Marie-Noëlle Foschini, estime au contraire que le changement est possible. « Il faut distinguer les choix politiques de la capacité. Hydro-Québec prévoit une hausse importante de la demande pour la pointe. Cette énergie est destinée à la croissance économique, à la demande industrielle et au soutien d’une politique de mobilité qui mise tout sur l’auto solo. Ce sont des choix, et non une question de capacité. »

Des années de sevrage

Mme Foschini ajoute que des solutions existent pour réduire la demande énergétique du secteur des bâtiments, dont des mesures d’efficacité et de sobriété, des changements dans les systèmes de chauffage utilisés et l’imposition de normes pour les nouveaux bâtiments.

Professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM, Éric Pineault ne croit pas que la solution pour le Québec réside dans le branchement obligatoire des nouveaux clients au GNR, comme l’a promis mardi Énergir. Selon lui, ce type de gaz doit être réservé aux utilisations où la ressource est incontournable, essentiellement dans certaines industries.

99 %

C’est le pourcentage de gaz naturel d’origine fossile qui est consommé par le Québec.

Les organisations réunies à la Maison du développement durable, à Montréal, admettent du même souffle que « l’abandon du gaz dans les bâtiments ne se fera pas en un jour », jugeant qu’il faudra plus de 20 ans pour y parvenir. Mais un tel engagement serait cohérent avec l’engagement du Québec à atteindre la carboneutralité d’ici 2050, selon Marie-Noëlle Foschini.

La coalition souhaite rencontrer les différents partis politiques, mais aussi des représentants du gouvernement Legault et d’Hydro-Québec. Ils se disent également prêts à discuter avec des représentants d’Énergir.

À voir en vidéo