De nouveaux records de température dans le golfe du Saint-Laurent

Le golfe du Saint-Laurent à Natashquan
Photo: Renaud Philippe archives Le Devoir Le golfe du Saint-Laurent à Natashquan

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Le golfe du Saint-Laurent poursuit son réchauffement. De nouveaux records de température ont été établis en 2022. Non seulement les eaux de surface sont les plus chaudes jamais mesurées, mais la tendance à la hausse est encore plus rapide dans les profondeurs du golfe.

Selon des données récemment compilées, la température de l’eau à 300 mètres de profondeur, moyennée sur l’ensemble du golfe du Saint-Laurent et pour toute l’année 2022, s’élevait à 7,1 °C. Il s’agit de la valeur la plus élevée depuis le début des relevés, en 1915.

« Depuis 2015, les eaux profondes sont plus chaudes que n’importe quelle année du siècle antérieur. Et depuis 2015, chaque année est plus chaude que la précédente », explique Peter Galbraith, océanographe à l’Institut Maurice-Lamontagne (Pêches et Océans Canada), qui a présenté un bilan annuel sur l’état du golfe à ses pairs la semaine dernière.

Les eaux profondes du golfe proviennent du large. Elles cheminent pendant quelques années dans le creux du Saint-Laurent, remontent plus près de la surface dans l’estuaire, puis coulent en aval. Leur température dépend étroitement du mélange de masses d’eau océaniques qui pénètrent à l’embouchure du golfe.

Or, ces dernières années, les eaux chaudes du Gulf Stream, provenant du sud, occupent une fraction de plus en plus importante de ce mélange, au détriment des eaux froides du courant du Labrador, provenant du nord. Et aucun retour en arrière ne se dessine.

« On sait que le golfe va continuer de se réchauffer parce que, dans le secteur de l’embouchure du chenal laurentien, dont les eaux vont se rendre dans le golfe, on voit encore des eaux chaudes », explique M. Galbraith. Aucune « poche d’eau froide » n’est en vue, ajoute-t-il.

Entre 2009 et 2022, les eaux profondes du golfe se sont ainsi réchauffées de 1,8 °C. « C’est énorme », dit le chercheur. Cette tendance de réchauffement est plus rapide que celle observée en surface, où les températures varient beaucoup plus d’une année à l’autre et dépendent plus directement de l’atmosphère.

N’en demeure pas moins que les eaux de surface ont elles aussi connu une année record en 2022. Pour la période « hors hiver », de mai à novembre, ce sont les plus chaudes enregistrées depuis le début de la série de données, en 1981. Elles sont 1,6 °C plus chaudes que la normale. Un record a par ailleurs été battu pour le mois d’août.

La tempête de l’année

La tempête extratropicale Fiona, qui s’est abattue sur le golfe le 24 septembre dernier, a aussi laissé sa marque sur le Saint-Laurent. Cette tempête d’une intensité exceptionnelle — avec des rafales jusqu’à 125 km/h et des vagues de 16 mètres — a vigoureusement brassé l’eau du golfe.

Résultat : la couche de surface, chaude en septembre, s’est mélangée à la « couche intermédiaire froide », qui se trouve juste en dessous. Les eaux supérieures ont donc subi un « gros coup de froid », alors que celles plus bas se sont anormalement réchauffées, explique M. Galbraith. Le crabe des neiges, qui vit sur les fonds marins, n’a nulle part où se sauver quand survient un tel événement.

Les tempêtes assez fortes pour affecter les conditions océanographiques du golfe — comme Fiona, en 2022, ou Dorian, en 2019 — semblent devenir plus fréquentes, souligne le scientifique. « C’est un enjeu, maintenant. On ne voyait pas ça avant, ce n’était pas sur notre radar », dit-il.

Le golfe du Saint-Laurent est donc plus chaud que jamais. Pour les espèces animales, cette transformation n’est pas anodine. La baleine noire fréquente de plus en plus le golfe à la recherche de nourriture, tandis que la crevette nordique, le crabe des neiges et le flétan du Groenland, entre autres, s’accommodent mal des eaux plus chaudes.

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