Vers des étiquettes avec l’empreinte écologique des vêtements neufs en France

Une femme dans une boutique de vêtements à Paris, en novembre 2020
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse Une femme dans une boutique de vêtements à Paris, en novembre 2020

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Des travaux sont en cours en France pour rendre obligatoire dès que possible, probablement d’ici 2024, un affichage environnemental sur tous les vêtements neufs vendus. L’objectif est de faire connaître aux consommateurs l’empreinte écologique de ces produits. Le Canada devrait-il s’en inspirer et apprendre de cette démarche ?

En 2021 et 2022, 11 organismes et entreprises ont été mandatés par le ministère de la Transition écologique français pour tester diverses méthodes d’évaluation de l’impact environnemental des textiles de vêtements et de chaussures.

Par exemple, l’Union des industries textiles (UIT), qui représente 2200 entreprises sur le territoire français, a proposé une étiquette sur laquelle plusieurs informations seraient inscrites. On saurait si la matière est recyclée, biologique ou naturelle, et dans quelle proportion. Dans une optique de traçabilité, les lieux de tissage, de teinture et de confection des morceaux seraient indiqués. L’étiquette mettrait aussi en valeur d’éventuelles certifications obtenues par l’entreprise ou le produit.

On y trouverait également l’impact environnemental global, calculé en fonction de 12 indicateurs environnementaux définis par le référentiel européen PEF (Product Environmental Footprint), comme les conséquences sur les changements climatiques, l’épuisement des ressources en eau et l’utilisation de ressources minérales. Cet impact, de même que l’empreinte carbone du produit, serait ensuite comparé au score moyen d’un vêtement similaire produit à l’international.

« Ça devrait montrer que les produits fabriqués en France ont un impact moins néfaste pour l’environnement », estime la responsable du développement durable à l’UIT, Sophie Frachon.

Une agence gouvernementale française évalue tous ces systèmes afin de s’en inspirer pour présenter le sien en mars, puis le tester, explique Mme Frachon. Sur la forme, elle croit que le gouvernement optera pour un affichage simple, comme une note de A à E, avec la possibilité d’en savoir plus grâce à un code QR.

La Commission européenne entend aussi adopter une législation en la matière en 2024, basée sur les travaux d’un comité constitué de membres de l’industrie de la mode.

Des limites importantes

L’idée d’un affichage environnemental est accueillie à bras ouverts par la cofondatrice de la marque écoresponsable Loom, Julia Faure. Membre d’un regroupement nommé En mode climat, elle souligne toutefois que le référentiel PEF et la grande majorité des méthodes soumises omettent un détail important, car le principal problème écologique du secteur de la mode est la surproduction.

En mode climat, qui a aussi participé au projet du ministère, propose donc une méthode qui pénalise les pratiques incitant à la surconsommation et décourageant la réparation. « Il y a les bas prix, qui sont liés aux délocalisations dans les pays asiatiques. Il y a aussi la nouveauté, avec le renouvellement rapide des collections, et les promotions », affirme Mme Faure.

Ça devrait montrer que les produits fabriqués en France ont un impact moins néfaste pour l’environ­nement

 

Cette dernière craint que leurs suggestions soient rejetées. Elle note que plusieurs entreprises de la fast fashion, dont le modèle d’affaires repose sur la surconsommation, comme H&M, font partie du comité européen qui est en train de développer ces règles. Cette industrie risque peu de se pénaliser elle-même, croit-elle.

Regard du Québec

Conseillère en économie circulaire dans l’industrie québécoise du textile, Marianne-Coquelicot Mercier partage les réserves de Mme Faure : l’évaluation environnementale risque d’être incomplète si elle ne tient pas compte de la durée de vie du vêtement.

Elle se réjouit toutefois que la France fasse un pas dans la bonne direction. « Ce sera très intéressant de regarder comment les Européens vont faire avancer ce sujet. On va pouvoir suivre leurs traces », juge Mme Mercier.

Les Européens sont en avance sur le Canada, où la communication d’informations environnementales est purement volontaire. Or, pour établir un étiquetage responsable, il faut d’abord inciter les entreprises à faire bonne figure et à adopter de meilleures pratiques, estime-t-elle.

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