Un projet pétrolier terre-neuvien pourrait produire 436 millions de barils de pétrole

Si le gisement contient un milliard de barils, comme cela a été évoqué par l’entreprise Equinor, les émissions de la combustion de ce pétrole pourraient atteindre 387 millions de tonnes.
Photo: Rodger Bosch Agence France-Presse Si le gisement contient un milliard de barils, comme cela a été évoqué par l’entreprise Equinor, les émissions de la combustion de ce pétrole pourraient atteindre 387 millions de tonnes.

Le projet White Rose devrait avoir produit un total de 436 millions de barils de pétrole d’ici 2038, en raison de la mise en oeuvre d’une nouvelle phase d’exploitation de ce gisement situé en milieu marin, au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador. Une fois brûlé, ce pétrole pourrait avoir généré près de 170 millions de tonnes de gaz à effet de serre (GES).

L’Office Canada-Terre-Neuve des hydrocarbures extracôtiers a publié récemment une mise à jour du volume total de pétrole qui devrait être extrait dans le cadre du projet White Rose, un gisement pétrolier situé à 350 kilomètres des côtes et exploité par les entreprises Cenovus et Suncor.

Cette mise à jour découle de la décision, prise l’an dernier par les deux compagnies pétrolières, d’aller de l’avant avec l’expansion de l’exploitation du gisement et l’achèvement d’une nouvelle plateforme construite spécifiquement pour ce projet. Évalué à plus de 3 milliards de dollars, il avait été mis à l’arrêt en 2020, en raison du contexte économique découlant de la pandémie.

Selon les nouvelles données de l’organisme fédéral et provincial de gestion de l’industrie pétrolière et gazière en milieu marin, le projet White Rose produira un total de 436 millions de barils sur toute sa durée de vie. La précédente évaluation faisait état d’environ 400 millions de barils. L’exploitation a débuté en 2005 et, grâce au projet d’expansion, les exploitants pourront poursuivre l’extraction jusqu’en 2038, soit 14 années de plus que ce qui était prévu au départ.

Les compagnies pétrolières espèrent commencer l’exploitation dès 2026 à partir de la nouvelle plateforme, qui comprend une imposante structure de béton qui sera installée sur le fond marin en vue des forages. Au plus fort du projet, on prévoit une production quotidienne de 80 000 barils, selon les informations publiées par Cenovus.

Gaz à effet de serre

À l’heure actuelle, 90 % du pétrole exploité dans le monde est brûlé, principalement dans le secteur des transports. Cela signifie que 392 millions de barils exploités dans le cadre du projet White Rose pourraient être utilisés pour la combustion.

Selon les données de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis, chaque baril qui est brûlé génère 0,43 tonne de GES. En se basant sur ces données, on peut donc évaluer que le pétrole de ce projet phare de l’industrie pétrolière en milieu marin a le potentiel de générer 169 millions de tonnes de GES. Cela équivaut aux émissions annuelles moyennes de 68 millions de voitures à essence.

À titre de comparaison, le projet Bay du Nord, autorisé l’an dernier par le gouvernement Trudeau, pourrait générer 116 millions de tonnes de GES, en supposant que 90 % des 300 millions de barils exploités seront brûlés. Si le gisement contient un milliard de barils, comme cela a été évoqué par l’entreprise Equinor, les émissions de la combustion de ce pétrole pourraient atteindre 387 millions de tonnes.

Responsable de la campagne Climat-Énergie pour Greenpeace Canada, Patrick Bonin dénonce la volonté de lancer de nouveaux projets d’exploitation. « Toute nouvelle expansion de la production de pétrole ou de gaz vient aggraver la crise climatique, alors que nous assistons déjà à une multiplication et à une aggravation des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les inondations, les feux de forêt, les sécheresses et les canicules meurtrières », fait-il valoir.

À la lumière des plus récents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, M. Bonin souligne que le démarrage de projets d’énergies fossiles est incompatible avec l’objectif de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle. L’Agence internationale de l’énergie est également de cet avis. Le Canada, qui a ratifié l’Accord de Paris sur le climat, est favorable à cet objectif climatique fixé en 2015.

Pour espérer ne pas dépasser cette limite, les émissions mondiales doivent plafonner au plus tard en 2025, avant de reculer de 43 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2019.

Projets à venir

D’autres projets d’exploitation devraient s’ajouter au bilan de l’industrie dans les prochaines années. Le gouvernement Trudeau et celui de Terre-Neuve-et-Labrador devraient en effet accorder au cours des prochaines semaines plus de 12 000 km2 de nouveaux permis d’exploration en milieu marin, dont un permis qui chevauche la plus importante zone de protection de la biodiversité marine de l’est du Canada. On compte actuellement environ 36 000 km2 de permis au large des côtes.

Les entreprises ExxonMobil Canada, BP Canada Energy Group et Equinor ont promis d’investir 238 millions de dollars en exploration sur ces permis, qui découlent d’un appel d’offres lancé l’an dernier et qui concernait un territoire de près de 100 000 km2.

Celui-ci s’inscrit dans la volonté de Terre-Neuve-et-Labrador de doubler sa production de pétrole en milieu marin après 2030. Elle atteindrait alors 650 000 barils par jour, soit un potentiel de plus de 237 millions de barils par année. Le gouvernement fédéral et celui de la province envisagent d’ailleurs de lancer quatre autres appels d’offres d’ici 2029, avec l’objectif que 100 forages soient réalisés.

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