Des universités au secours de la biodiversité

Pascaline David
Collaboration spéciale
Annie-Claude Bélisle, stagiaire post-doctorale (UQAT), et Tuan Anh To, associé de recherche (INRS), sont en train de faire l’échantillonnage de l’eau en territoire Abitibiwinni.
Photo: Benoît Croteau, Directeur environnement, Abitibiwinni de Pikogan Annie-Claude Bélisle, stagiaire post-doctorale (UQAT), et Tuan Anh To, associé de recherche (INRS), sont en train de faire l’échantillonnage de l’eau en territoire Abitibiwinni.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

Dans le cadre de la Conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15), 11 universités québécoises ont signé l’engagement Nature Positive. Par ce geste, elles reconnaissent leur rôle fondamental dans la lutte contre le déclin de la biodiversité et promettent de la restaurer, de la rehausser, au coeur de leurs campus.

La biodiversité désigne la variété des organismes, des espèces et des écosystèmes qui peuplent la planète, selon la définition de la Convention sur la diversité biologique. Elle « nous concerne au premier chef, car la biodiversité, c’est nous, nous et tout ce qui vit sur terre », écrivait Hubert Reeves dans son Manifeste pour une nouvelle alliance.

C’est aussi l’esprit du mouvement Nature Positive Universities Alliance, lancé par le Programme des Nations unies pour l’environnement et par l’Université d’Oxford. « Nous dépendons de la nature pour notre survie, et la nature dépend de nous », peut-on lire sur le site de l’initiative.

En 2019, les scientifiques de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) ont estimé que plus d’une espèce vivante sur huit pourrait disparaître dans les prochaines décennies. Les deux causes principales de ce déclin seraient la surpêche et la perte d’habitat liée à la déforestation ainsi qu’à l’artificialisation des sols. Les changements climatiques et la pollution sont aussi des facteurs aggravants.

Alors que les aires de distribution des espèces seront particulièrement modifiées dans les années à venir, l’aménagement des universités du Québec peut jouer un rôle important dans la protection des habitats naturels et la restauration d’écosystèmes endommagés par leur propre présence et leurs activités. Elles incarnent aussi de puissantes forces de production des connaissances par la recherche, de formations de citoyens engagés et de diffusion du savoir.

Des actions concrètes

« La biodiversité est l’un des enjeux critiques de la durabilité, lance Julien-Pierre Lacombe, conseiller en développement durable à l’École de technologie supérieure (ETS). Nous avons souhaité rallier un maximum d’universités québécoises afin qu’elles se joignent à nous pour signer cet engagement en front commun. » Les 11 établissements québécois, de même qu’une centaine d’autres à travers le monde, s’engagent ainsi à poser des actions dont les impacts seront mesurés, suivis et rapportés annuellement. L’ETS a déjà entamé une démarche en ce sens depuis plusieurs années.

Durant l’été 2021, cinq zones de biodiversité urbaines ont été conçues sur son campus, qui fait figure de chef de file dans ce domaine. Composées de prairies sauvages et de jardins mellifères, les zones abritent des plantes riches en nectar et en pollen qui attirent les pollinisateurs. Sur l’un des bâtiments, au coin de la rue Notre-Dame, un toit vert biologique d’environ 700 m2 entretenu sans système d’irrigation accueille 21 espèces d’insectes différentes. En cours de construction, un autre toit vert maraîcher produira des fruits, légumes et fines herbes qui pourront être cuisinés et servis au café étudiant.

L’école affirme son ambition de relier le canal de Lachine au mont Royal, en travaillant avec ses partenaires et voisins. « On a un devoir de restituer la place de la nature en ville en créant des habitats qui favorisent les espèces végétales et animales dans un milieu très urbanisé », ajoute-t-il.

Projets novateurs à l’INRS

« Nous souhaitions montrer notre volonté de mettre la main à la pâte et notre solidarité avec les autres universités, indique Maxine Dandois-Fafard, conseillère en développement durable à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). En signant cet engagement, on montre l’exemple et on peut mettre la biodiversité en haut de la liste de nos priorités, aux côtés des changements climatiques. »

L’an passé, l’INRS a décidé d’utiliser les Objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU comme cadre de référence pour son Plan d’action en développement durable, dans lequel la biodiversité est centrale. « On souhaite même réaliser un plan d’action destiné à la biodiversité », précise Maxine Dandois-Fafard. Durant l’été, un état des lieux des milieux écologiques et fauniques sera réalisé afin de déterminer les mesures à mettre en place.

Des projets de recherche novateurs naissent au sein de l’institut, comme iTrackDNA, codirigé par la professeure et chercheuse Valérie Langlois. Il consiste à développer des kits d’analyse pour recenser des espèces qui ont un intérêt pour les populations autochtones, notamment. Des échantillons d’ADN environnemental (ADNe) sont prélevés dans un milieu naturel et comparés à une base de données pour détecter la présence d’animaux comme le caribou. « Ça a été fait, entre autres, en collaboration avec la Première Nation Abitibiwinni », précise Maxine Dandois-Fafard.

Dans le cadre du mouvement « No Mow May », une initiative britannique, la tonte des terrains est désormais retardée et les pesticides et autres herbicides sont bannis sur le campus. Des toits verts devraient également être installés prochainement. « On a dérangé le milieu naturel en mettant notre bâtiment là. Avec un toit vert, on redonne un lieu de vie aux oiseaux et aux insectes », affirme la conseillère.

Remplacer le gris par le vert

Enclavées dans le campus de l’Université de Montréal, les installations de Polytechnique Montréal comportent de nombreux espaces asphaltés. Un projet d’agrandissement et de réaménagement du campus est toutefois en cours et permettra à l’école d’honorer son engagement auprès de Nature Positive. « On veut arriver à un taux de 25 % de verdissement et à 1300 mètres carrés de plus de surface de canopée », indique Joséanne Bélanger-Gravel, conseillère en développement durable à Polytechnique Montréal.

Un boisé remplacera également une aire de stationnement extérieur et permettra de contribuer à la consolidation de la coulée verte, un corridor écologique. L’école est construite sur le site patrimonial du Mont-Royal, où de nombreuses espèces animales et végétales ont élu domicile. « À plus long terme, l’idée est de reconnecter le campus au parc du Mont-Royal pour la communauté étudiante et tout autre utilisateur », ajoute Joséanne Bélanger-Gravel.

Polytechnique Montréal participe aussi à une campagne de sensibilisation, lancée par Les amis de la montagne, dont l’objectif est d’encourager les comportements écoresponsables et la protection des écosystèmes fragiles du parc.

Les autres signataires au Québec

• Université du Québec à Trois-Rivières
• HEC Montréal
• Université de Montréal
• Université de Sherbrooke
• Université du Québec à Montréal
• Université du Québec en Outaouais
• Université Laval
• Université McGill

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