Appel à punir le «grand mensonge» des pétrolières

« Certains producteurs d’énergies fossiles étaient parfaitement conscients dans les années 1970 que leur produit phare allait faire brûler la planète. Mais comme l’industrie du tabac, ils ont fait peu de cas de leur propre science », a noté le patron de l’ONU, António Guterres.
Fabrice Coffrino Agence France-Presse « Certains producteurs d’énergies fossiles étaient parfaitement conscients dans les années 1970 que leur produit phare allait faire brûler la planète. Mais comme l’industrie du tabac, ils ont fait peu de cas de leur propre science », a noté le patron de l’ONU, António Guterres.

Le secrétaire général de l’ONU a demandé mercredi que les grandes pétrolières soient poursuivies, comme les cigarettiers l’ont été, pour avoir caché pendant des années les informations dont elles disposaient sur le réchauffement climatique.

« Certains producteurs d’énergies fossiles étaient parfaitement conscients, dans les années 1970, que leur produit phare allait faire brûler la planète », a affirmé António Guterres au cours d’un discours, au Forum de Davos. « Mais comme l’industrie du tabac, ils ont fait peu de cas de leur propre science », a-t-il ajouté, en déduisant que « certains géants pétroliers ont colporté le “grand mensonge” ».

Dès les années 1980, le géant pétrolier ExxonMobil disposait de prédictions sur le réchauffement climatique d’une justesse remarquable, réalisées par ses propres scientifiques, qui se sont révélées être précisément ce qui s’est produit plusieurs décennies plus tard, a confirmé une étude parue dans la prestigieuse revue Science

Or, l’entreprise a pendant des années publiquement jeté le doute sur l’état des connaissances scientifiques en la matière, a également souligné cette publication.

Selon António Guterres, « les responsables doivent être poursuivis » comme les cigarettiers l’ont été. Une référence aux 246 milliards de dollars que les géants du tabac aux États-Unis avaient accepté en 1998 de payer à 46 États sur une période de 25 ans afin de couvrir les coûts engagés pour les soins d’anciens fumeurs.

« Nous devons mettre un terme aux mensonges et lancer une action collective pour éliminer le pétrole, le gaz et le charbon progressivement », a déclaré l’Initiative du traité de non-prolifération des combustibles fossiles dans un communiqué saluant le discours de patron de l’ONU. Selon cette organisation militante, la lenteur à agir des gouvernements face aux géants pétroliers est due à « l’influence des lobbyistes de l’industrie fossile ».

La question des répercussions de l’industrie pétrolière sur la planète se fait d’autant plus pressante aujourd’hui que « chaque semaine amène son lot d’histoires horrifiantes », a ajouté le secrétaire général de l’ONU, qui parle de « flirt avec le désastre climatique ». Jeudi dernier, l’Organisation météorologique mondiale a confirmé que les huit dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées.

« Il faut que le pétrole reste en terre », a réclamé de son côté la militante équatorienne d’Amazonie de 20 ans Helena Gualinga, dans un entretien accordé à l’Agence France-Presse en marge de la réunion du Forum économique mondial. Avec la Suédoise Greta Thunberg et d’autres jeunes militants, elle est l’un des nouveaux visages de la mobilisation contre le changement climatique.

Mais ce n’est pas la direction que prend l’industrie pétrolière, se désole António Guterres : « Aujourd’hui, les producteurs de combustibles fossiles et les gens qui les soutiennent continuent de se battre pour accroître la production, tout en sachant pertinemment que leur modèle économique est incompatible avec la survie de l’humanité. »

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