Consigner ou non les contenants alimentaires?

Les contenants en verre qui sont mis dans les bacs de récupération finissent souvent par se briser dans le transport, les centres de tri ou à d’autres étapes de la chaîne de valorisation.
Getty Images iStockphoto Les contenants en verre qui sont mis dans les bacs de récupération finissent souvent par se briser dans le transport, les centres de tri ou à d’autres étapes de la chaîne de valorisation.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 17 janvier 2023. Pour vous abonner, cliquez ici.

Afin de réduire la contamination des matières recueillies lors de la collecte sélective par des débris de verre, les contenants alimentaires pourraient-ils tous être consignés ? se demande une lectrice, Estelle Blais.

La question se pose alors que la contamination des matières recyclables par le verre est un problème important. Les contenants en verre qui sont mis dans les bacs de récupération finissent souvent par se briser dans le transport, les centres de tri ou à d’autres étapes de la chaîne de valorisation. Ces débris se mélangent aux autres matières, ce qui diminue leur qualité et leur valeur de revente.

En même temps, ces morceaux de verre éparpillés ne peuvent pas non plus être recyclés, alors ils sont généralement sous-utilisés. Ils sont envoyés au dépotoir pour former des couches de recouvrement, remplaçant ainsi la terre ou le sable, ce qui équivaut essentiellement à du gaspillage, rapporte le directeur général du Front commun pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard.

La consigne pourrait-elle être une solution à toutes ces pertes ? Soulignons d’abord que les choses devraient s’améliorer dès novembre 2023. En effet, la consigne sera élargie pour inclure tous les contenants de boissons prêtes à boire, que ce soit en métal, en plastique ou en verre, de 100 millilitres à deux litres. On peut penser aux bouteilles de vin, de spiritueux, d’eau et de jus, par exemple. Au moins 1500 lieux de dépôt, dont une grande partie sera automatisée, doivent être implantés au Québec, où il sera possible d’obtenir 0,25 $ ou 0,10 $ selon le type de contenant.

« Avec la consigne, le verre va être récupéré seulement avec le verre, donc il pourra être recyclé, refondu pour faire d’autres contenants en verre », explique M. Ménard.

Ce nouveau système devrait permettre de retirer une part des contenants en verre des bacs de récupération. Par contre, les pots de moutarde, de confiture et de salsa font partie de ceux qui y resteront toujours. Pourrait-on élargir la consigne pour les inclure ?

Normand Bisson est président-directeur général de l’Association québécoise de récupération des contenants de boissons (AQRCB), qui pilote la réforme de la consigne. Il souligne que le travail est déjà énorme à court terme pour gérer la collecte et le traitement de 4,5 à 5 milliards de bouteilles, alors qu’il y a présentement environ 2,5 milliards de contenants consignés, soit ceux de bières et de boissons gazeuses.

« On doit trouver du transport pour tout ce volume supplémentaire, alors qu’on est en pénurie de camionneurs », indique notamment M. Bisson.

Un peu partout dans le monde, les systèmes de consigne se restreignent surtout aux contenants qui sont consommés à l’extérieur du domicile, dit M. Bisson, car il y a un plus grand potentiel qu’ils soient jetés à la poubelle. « À la maison, c’est plus facile de les mettre dans le bac à recyclage », estime-t-il.

La collecte sélective sous la loupe

Comme une grande part des ménages va continuer à utiliser le service de ramassage hebdomadaire à domicile, Éco Entreprises Québec (EEQ) mise davantage sur la modernisation de la collecte sélective, que l’organisme à but non lucratif (OBNL) est responsable de mettre au point d’ici 2025. En ce moment, la traçabilité des matières recyclables est presque nulle. Cette réforme doit permettre un contrôle sur l’ensemble du processus, de la collecte au conditionnement et au recyclage, en passant par le tri.

EEQ est donc à la recherche de solutions pour mieux récolter le verre et acheminer celui-ci aux bons endroits. Elles pourraient, par exemple, être mises en place lors du transport, pour éviter que les bouteilles se cassent. L’organisme évalue aussi la possibilité que les différents types de matières soient récoltés séparément, plutôt que pêle-mêle, comme c’est le cas en ce moment.

M. Ménard ne semble pas convaincu non plus que l’élargissement de la consigne soit souhaitable. En attendant que la collecte sélective soit plus adéquate, il invite les citoyens à utiliser les points de dépôt volontaire du verre, des conteneurs transformés qui sont présentement au nombre d’une centaine au Québec. On peut trouver plus d’informations à ce sujet sur le site Internet de l’opération Verre-vert.

« Tous les mois, je m’en vais au centre de dépôt avec mon petit sac », indique M. Ménard. Il plaide pour que davantage de ces sites soient installés, surtout à proximité des futurs lieux de consigne.

Il rappelle également que le meilleur moyen de ne pas gaspiller du verre, c’est d’éliminer la production de contenants à usage unique.

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