UQAT: deux nouvelles chaires de recherche du Canada

Pascaline David
Collaboration spéciale
Les procédés pour extraire les matières premières peuvent avoir des impacts sociaux et environnementaux importants, comme la pollution de l’air et de l’eau.
Photo: Getty Images Les procédés pour extraire les matières premières peuvent avoir des impacts sociaux et environnementaux importants, comme la pollution de l’air et de l’eau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Enseignement supérieur

L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) décroche deux nouvelles chaires de recherche du Canada, lieux d’expertises et d’innovation par excellence. L’une se consacre au lien entre le climat et la forêt boréale, tandis que l’autre s’attelle à trouver des solutions pour mieux gérer les eaux minières contaminées.

La composition des forêts et le comportement des arbres qu’elles abritent sont influencés et modifiés par les changements climatiques. La création de la nouvelle Chaire de recherche du Canada en dendroécologie et en dendroclimatologie vise précisément à mieux comprendre ces variations et leurs impacts sur la végétation dans la région boréale.

Ces deux disciplines méconnues tirent leur nom du mot grec « dendron », qui signifie « arbre ». Elles s’intéressent aux cernes de croissance des arbres. Il s’agit de couches de cellules qui forment des anneaux concentriques et qui constituent un véritable trésor d’informations pour débusquer des indices sur l’évolution du climat.

Ainsi, les arbres ont leur mot à dire. La largeur du bois, sa densité, sa composition chimique, mais aussi son anatomie constituent de précieuses archives pour tenter de répondre à une double question : comment la forêt a-t-elle réagi aux changements climatiques par le passé et comment le fera-t-elle à l’avenir ? Des facteurs comme le stress hydrique et les événements extrêmes de plus en plus fréquents peuvent affecter le processus et la productivité forestière en général.

« On compare la période plus récente influencée par l’activité humaine avec la plus ancienne, c’est-à-dire la variabilité naturelle depuis 2000 ans », explique Fabio Gennaretti, directeur de la nouvelle chaire et professeur à l’Institut de recherche sur les forêts. Des données saisonnières et hebdomadaires sont aussi collectées grâce à des capteurs et des microcarottes, de petits échantillons de bois qui enregistrent la croissance et les conditions de formation du bois.

Adapter les pratiques

La création de la chaire est synonyme d’accès à des équipements novateurs en laboratoires, alors que les nouvelles technologies ont profondément transformé ces deux disciplines. Les échantillons de bois sont habituellement observés sur les lames du microscope, puis numérisés et passés dans des logiciels d’analyse d’image. « On peut désormais mesurer bien plus rapidement les traits qui nous intéressent grâce aux analyses semi-automatiques, s’enthousiasme le professeur. Ça, ce n’était pas possible lorsque je faisais mon doctorat, il y a seulement dix ans. »

Les travaux de la chaire permettront de développer des outils de modélisation du bilan carbone dans la forêt boréale. Aussi appelée taïga, celle-ci couvre environ 11 % de la masse terrestre de la planète et se reconnaît à ses conifères ainsi qu’à ses rivières, ses lacs, ses tourbières et autres marais. « C’est un puits de carbone énorme, dans les arbres comme dans les sols, qui est influencé par les changements climatiques, souligne Fabio Gennaretti. C’est pour cela qu’il est important de l’étudier, de la comprendre et de la préserver. »

À terme, des solutions d’aménagement durable des forêts adaptées aux variations climatiques pourront être proposées aux différents acteurs du domaine forestier.

Mieux gérer les eaux des mines

Si vous ne recevez pas Le Devoir en format papier, vous utilisez probablement un téléphone, un ordinateur ou bien une tablette pour lire ce texte. Ces objets, dont nous sommes rendus dépendants, sont fabriqués à partir de minéraux critiques, c’est-à-dire rares et fortement demandés puisqu’ils permettent aussi de concevoir des implants cardiaques, des batteries de véhicules électriques et des panneaux solaires. Les procédés pour extraire ces matières premières peuvent toutefois avoir des impacts sociaux et environnementaux importants, comme la pollution de l’air et de l’eau.

Ainsi, la nouvelle Chaire de recherche du Canada sur le traitement et la gestion des eaux minières vise à améliorer les systèmes actuels. « On souhaite mieux comprendre les caractéristiques des polluants et favoriser des procédés durables qui évitent le traitement à tous coups par des produits chimiques », lance Carmen Mihaela Neculita, professeure à l’Institut de recherche en mines et en environnement et directrice de la chaire.

Cela implique, entre autres, d’utiliser des mélanges contrôlés pour prétraiter l’eau, ainsi que des matériaux résiduels locaux, c’est-à-dire présents à proximité du site minier, pour privilégier une économie circulaire. « Le transport peut compter jusqu’à 50 % des coûts dans la gestion des eaux minières, souligne la chercheuse. Se servir de matières locales permet de réduire ces coûts ainsi que les émissions de gaz à effet de serre (GES). »

Acceptabilité sociale

Les résultats des travaux seront mis à disposition des gouvernements et des sociétés minières qui gèrent des sites actifs, fermés ou abandonnés. Mais pourquoi les minières traitent-elles l’eau ? demande régulièrement la professeure à ses élèves, en début d’année. Si la protection de l’environnement est l’enjeu principal à long terme, l’acceptabilité sociale des projets miniers et la réputation des firmes sont deux incitatifs forts. Sans cela, les projets voient difficilement le jour et les actionnaires s’enfuient au même rythme que les coûts d’exploitation augmentent.

Chaque minière fonctionne grâce à un certificat d’autorisation assujetti à des normes biologiques et toxicologiques. « Si elles ne sont pas respectées, les opérations ne peuvent pas continuer, souligne la chercheuse. Il faut alors trouver la source et l’éliminer ou remplacer le procédé problématique. »

Par le passé, Carmen Mihaela Neculita a collaboré avec le Centre technologique des résidus industriels du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, les mines Agnico Eagle et l’entreprise Mabarex pour améliorer le traitement des eaux minières contaminées par les cyanures et leurs dérivés. « C’est vraiment un bel exemple de réussite », affirme-t-elle.

La professeure observe aussi un changement dans les mentalités et une prise de conscience du public, qui presse le milieu à agir davantage pour diminuer son empreinte écologique.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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