Ottawa est prêt à discuter de la protection de la rivière Magpie

En plus de son importance pour la culture innue et pour la biodiversité, la Magpie fait partie du classement du National Geographic des dix meilleures rivières au monde pour la pratique d’activités en eau vive.
Photo: Association Eaux Vives Minganie  En plus de son importance pour la culture innue et pour la biodiversité, la Magpie fait partie du classement du National Geographic des dix meilleures rivières au monde pour la pratique d’activités en eau vive.

Au lendemain de la signature d’un cadre mondial de la protection de la biodiversité, le gouvernement Trudeau se dit prêt à entamer un « dialogue » avec le gouvernement du Québec au sujet de la protection de la rivière Magpie, a appris Le Devoir. Hydro-Québec refuse toutefois de renoncer au potentiel hydroélectrique du cours d’eau, alors que les partisans de la création d’une aire protégée espèrent maintenant obtenir une reconnaissance internationale.

L’entente internationale signée lundi à la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) prévoit notamment que les États s’engagent à protéger 30 % des milieux naturels terrestres et aquatiques d’ici 2030. Le Canada a d’ailleurs promis de tout mettre en oeuvre pour atteindre cette cible.

Dans ce contexte, est-ce que le ministre de l’Environnement Steven Guilbeault estime que la rivière Magpie devrait être protégée ? « La protection des milieux naturels est une priorité, mais la réponse à cette demande spécifique nécessite un dialogue entre les différents ministères concernés, ce qui aura lieu en 2023 », a fait valoir mercredi le cabinet du ministre.

Selon le gouvernement fédéral, la concrétisation du projet d’aire protégée de 2600 km2 le long de cette rivière de la Côte-Nord pourrait contribuer à l’atteinte des engagements pris par Ottawa en matière de protection des écosystèmes. « Nous nous sommes engagés à conserver 30 % des milieux naturels d’ici 2030 et nous travaillons avec les provinces, dans ce cas le Québec, les peuples autochtones et autres parties prenantes », a-t-on précisé dans une réponse écrite.

Cette éventualité est d’ailleurs bien vue par l’alliance Muteshekau-shipu, qui milite pour la préservation de cet imposant cours d’eau. « On accueillerait cela de façon très favorable. Ça fait plusieurs années qu’on travaille pour la protection de la Magpie. Nous avons eu plusieurs discussions avec Hydro-Québec et le gouvernement du Québec, mais nous avons reçu une fin de non-recevoir. Nous aurions une belle occasion de conclure ce dossier dans les prochains mois avec une intervention du fédéral », a expliqué le directeur de la conservation de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Pier-Olivier Boudreault.

Démarche internationale

Le regroupement d’Innus, d’élus de la Côte-Nord et de groupes écologistes a aussi annoncé mercredi qu’il lance des démarches pour faire inscrire la rivière à titre d’aire du patrimoine autochtone et communautaire, un statut de protection reconnu par le Centre mondial de surveillance pour la conservation de la nature des Nations unies.

« Nous avons assez attendu après le gouvernement et Hydro-Québec. Il est temps pour nous de passer à une autre étape pour matérialiser la volonté de la région en faisant reconnaître la protection de la rivière à l’international », a résumé le préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël.

« Nous ne voulons pas d’un autre projet comme celui de la rivière Romaine. On ne veut pas d’un projet de barrage qui dure seulement quelques années. Nous sommes une région de ressources. Mais on veut maintenant des investissements durables, et la Magpie nous le permettrait », a-t-il ajouté, en plaidant pour le développement récréotouristique de la région.

30 %
Il s’agit du pourcentage de surface des milieux naturels terrestres et aquatiques que les États signataires de la COP15 se sont engagés à protéger d’ici 2030.

En plus de son importance pour la culture innue et pour la biodiversité, la Magpie fait partie du classement du National Geographic des dix meilleures rivières au monde pour la pratique d’activités en eau vive.

L’alliance Muteshekau-shipu a déjà accordé un « statut juridique » à la rivière. Ce statut signifie que les intervenants affirment que la Magpie est une « entité vivante » qui possède des droits qui lui sont propres, « au même titre qu’un être humain ou qu’une corporation ». Ce projet leur a valu de recevoir récemment le Prix Droits et Libertés 2022 de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

Refus d’Hydro-Québec

Pour le moment, les démarches se sont cependant heurtées à un refus, de la part d’Hydro-Québec, de renoncer au potentiel hydroélectrique de la rivière. La société d’État estime que « dans le contexte actuel, où on entrevoit une hausse soutenue de la demande en électricité et au moment précis où nous mettons à jour nos études sur le potentiel hydrologique du Québec, il serait prématuré de renoncer au potentiel d’une rivière, quelle qu’elle soit ».

La rivière Magpie était inscrite dans le « portefeuille de projets » hydroélectriques potentiels du plan stratégique 2009-2013. Mais le plan 2022-2026 ne mentionne aucune rivière où on pourrait ériger un barrage, tout en soulignant que la transition énergétique du Québec fera bondir la demande en énergie au cours des prochaines décennies.

« Hydro-Québec a une belle occasion de montrer son écoute des Premières Nations, des groupes environnementaux et de la société civile. Après tout, c’est une des grandes orientations de son dernier plan stratégique », écrivait la semaine dernière l’acteur et cofondateur de la Fondation Rivières, Roy Dupuis, dans une lettre publiée dans Le Devoir.

Le gouvernement Legault ne ferme d’ailleurs pas la porte à un projet de protection de la rivière, après l’avoir mis de côté en 2020. « Lors de la COP15, le gouvernement du Québec a annoncé son intention de protéger 30 % du territoire pour 2030. Dès 2023, des consultations seront menées pour l’élaboration du Plan nature. Il est évident qu’il faut accélérer les travaux de désignation des aires protégées, c’est pourquoi plusieurs territoires sont présentement à l’étude partout au Québec », a expliqué mercredi le cabinet du ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

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