Hydro-Québec refuse de renoncer à la rivière Magpie

En 2020, le gouvernement Legault avait écarté un projet d’aire protégée qui devait occuper un territoire de 2600 km2 le long de la rivière Magpie.
Photo : Boreal River En 2020, le gouvernement Legault avait écarté un projet d’aire protégée qui devait occuper un territoire de 2600 km2 le long de la rivière Magpie.

Après avoir accordé un statut de « personnalité juridique » à la rivière Magpie, des représentants des Premières Nations ont profité de la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) pour plaider pour la protection de cet important cours d’eau de la Côte-Nord. Mais Hydro-Québec persiste et signe : il n’est pas question de renoncer à l’idée d’y construire un jour un nouveau barrage.

Dans une réponse écrite aux questions du Devoir, la société d’État affirme ainsi que « dans le contexte actuel, où on entrevoit une hausse soutenue de la demande en électricité et au moment précis où nous mettons à jour nos études sur le potentiel hydrologique du Québec, il serait prématuré de renoncer au potentiel d’une rivière, quelle qu’elle soit ».

Hydro-Québec ajoute qu’il serait « prématuré » de déterminer « une rivière ou même une région où un éventuel prochain développement hydro-électrique serait aménagé ». On s’engage toutefois à ce que tout projet éventuel doive répondre à ces critères : « la faisabilité technique, l’acceptabilité sociale et la rentabilité ».

La rivière Magpie était inscrite dans le « portefeuille de projets » hydro-électriques potentiels du plan stratégique 2009-2013. Mais le plan 2022-2026 ne mentionne aucune rivière où on pourrait ériger un barrage, tout en soulignant que la transition énergétique du Québec fera bondir la demande énergétique au cours des prochaines décennies.

Hydro-Québec a en outre refusé de transmettre au Devoir les documents produits depuis 10 ans pour analyser les rivières ayant un potentiel hydroélectrique, et ce, malgré une demande en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. « Nous ne pouvons vous communiquer les documents demandés, car ils contiennent des renseignements de nature technique et commerciale que nous traitons de façon confidentielle », a répondu Hydro-Québec, en évoquant quatre articles de la loi pour justifier son refus.

Demande de protection

Des représentants innus et la MRC de la Minganie pressent donc le gouvernement Legault d’agir pour protéger dès maintenant la rivière Magpie. « Il est grand temps que le gouvernement du Québec et Hydro-Québec passent de la parole aux actes en écartant tout projet de barrage sur cette importante rivière de notre Nitassinan », fait valoir Jean-Charles Piétacho, chef du conseil des Innus de Ekuanitshit.

Les partisans de la protection de la Magpie lui ont d’ailleurs accordé un « statut juridique ». Ce statut signifie que les intervenants affirment que la Magpie est une « entité vivante » qui possède des droits qui lui sont propres, « au même titre qu’un être humain ou qu’une corporation ». Ces droits comprennent le droit « au respect de ses cycles naturels » et « le droit de maintenir son intégrité » écologique. Ce projet leur a valu de recevoir, la semaine dernière, le Prix Droits et Libertés 2022 de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

« En poursuivant sa politique de blocage systémique dans le dossier de la protection de la rivière Magpie, Hydro-Québec commet un véritable affront à la démocratie. Si l’acceptabilité sociale pour un nouveau barrage sur la Magpie n’est pas au rendez-vous, Hydro-Québec rate le sien avec la COP15 et le reste du monde pour démontrer que son électricité est non seulement verte, mais également éthique », déplore le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud.

Il rappelle qu’il existe un projet d’aire protégée de 2600 km2 le long du cours de la rivière Magpie. Ce projet a cependant été écarté par le gouvernement Legault au moment d’annoncer, à la fin de 2020, la protection de plusieurs territoires québécois pour atteindre la cible de conservation de 17 % des milieux naturels terrestres de la province.

En entrevue au Devoir, le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, assure néanmoins que le projet d’aire protégée n’a pas été abandonné. Sans s’engager formellement à protéger la rivière, il affirme que « des discussions » sont toujours en cours.

Dans un rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement publié en 2007, la commission concluait que le segment de la rivière qui serait visé par un projet de barrage « devrait être soustrait à tout nouveau projet hydroélectrique et bénéficier d’un statut de protection afin d’en préserver le caractère naturel et le potentiel récréotouristique ».

En plus de son importance pour la culture innue et pour la biodiversité, la Magpie fait partie du classement du National Geographic des dix meilleures rivières au monde pour la pratique d’activités en eau vive.

À voir en vidéo