Steven Guilbeault promet de protéger le «champ des monarques»

Les populations de papillons monarques se sont effondrées en Amérique du Nord au cours des dernières années.
Alexandre Shields Le Devoir Les populations de papillons monarques se sont effondrées en Amérique du Nord au cours des dernières années.

Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a promis vendredi de protéger des terres fédérales louées par Aéroports de Montréal (ADM), dont le « champ des monarques », considéré comme un habitat pour ce papillon que le gouvernement Trudeau est sur le point de classer comme étant « en voie de disparition ».

Questionné sur la demande d’élus et de citoyens qui pressent le fédéral d’agir pour préserver ces milieux naturels, M. Guilbeault a été formel : « C’est mon intention de le faire », a-t-il dit lors d’un point de presse tenu dans le cadre de la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15).

Le ministre a rappelé que son gouvernement a lancé au début du mois de novembre des consultations en vue d’inscrire le papillon monarque sur la liste des espèces en péril. Les libéraux se sont donc finalement rangés à l’avis du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, qui avait recommandé dès 2016 que le lépidoptère reçoive cette désignation, le statut le plus sévère prévu par la Loi sur les espèces en péril avant celui d’espèce « disparue » au pays.

L’inscription, a souligné vendredi M. Guilbeault, « va obliger le gouvernement fédéral à protéger l’habitat du monarque, notamment sur les terres fédérales ». « J’aurai donc des leviers supplémentaires pour protéger le monarque et son habitat au cours des prochains mois. »

Des élus fédéraux, provinciaux et municipaux ont d’ailleurs demandé plus tôt en journée au gouvernement Trudeau d’agir pour la protection de ces terrains, qui font l’objet d’un bail de location à long terme entre Transports Canada et ADM.

« Nos milieux humides en ville et nos champs en ville sont plus qu’essentiels. Ils sont des oasis pour la biodiversité, surtout pour le papillon monarque, emblème de l’Amérique du Nord. On ne peut pas se permettre d’aggraver la crise de la biodiversité. On s’attend à un geste concret de la part d’Ottawa, et ce, devant la communauté internationale », avait notamment fait valoir Alan DeSousa, maire de l’arrondissement de Saint-Laurent.

Le porte-parole de Technoparc Oiseaux, Benoit Gravel, n’est pas complètement rassuré par les propos de Steven Guilbeault, d’autant que dans une réponse à une pétition fédérale exigeant la protection de terres situées au nord de l’aéroport, le ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, a récemment soutenu ne pas pouvoir agir en raison du bail à long terme signé en 1992 avec ADM. « On dirait qu’il n’y a pas de communication entre les bureaux des ministres. On dirait que M. Alghabra ne parle pas à M. Guilbeault et vice versa », souligne M. Gravel.

Selon lui, modifier le bail d’ADM ne devrait pas être un obstacle. Des modifications au bail, qui est d’une durée de 80 ans, auraient été faites par le passé, indique-t-il. « M. Alghabra semble laisser ADM faire ce qu’il veut sur ces terrains, même si ADM est locataire. »

Technoparc Oiseaux réclame la protection d’un territoire de 215 hectares, dont 155 sont régis par le fédéral, le reste appartenant à la Ville de Montréal ou à des intérêts privés. Le « champ des monarques » couvre quant à lui une superficie d’environ 20 hectares.

De son côté, l’administration de la mairesse Valérie Plante a salué les intentions du ministre Guilbeault et espère que des « avancées concrètes » se réaliseront rapidement. « La protection de ces terrains serait une valeur ajoutée inestimable aux efforts de notre administration, qui a déjà protégé les terrains appartenant à la Ville dans le secteur sud du Technoparc, a indiqué Marikym Gaudreault, attachée de presse au cabinet de la mairesse. Ce geste permettrait aussi de renforcer les efforts de la Communauté métropolitaine de Montréal, qui a adopté un règlement de contrôle intérimaire pour protéger le champ des monarques sur le golf de Dorval. »

L’été dernier, ADM a rasé la végétation du « champ des monarques », et ce, sans avoir obtenu d’autorisation de la part du gouvernement fédéral. Environnement Canada avait d’ailleurs ouvert « un dossier » à la suite de cette coupe, mais en raison de ses impacts potentiels sur les oiseaux qui nichent dans le secteur.

Selon la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs, il est interdit de « nuire » aux oiseaux migrateurs. Le terrain sert justement d’habitat, de site de nidification ou de lieu de passage à plus de 150 espèces d’oiseaux, dont plusieurs espèces migratrices protégées par cette loi.

Protection internationale

Le cycle de vie complexe du papillon monarque signifie que les efforts de protection doivent dépasser les frontières canadiennes, en s’étendant aux États-Unis et au Mexique.

Les papillons adultes qui passent l’hiver au Mexique se reproduisent au printemps suivant, et les femelles pondent ensuite sur une espèce de plante précise, l’asclépiade. Les monarques migrent ensuite vers le nord pour arriver au Québec en juin, où ils se reproduisent aussi. Plusieurs générations de monarques peuvent se succéder avant que ces papillons atteignent nos régions.

L’insecte fait donc face à de multiples menaces, dont les impacts des dérèglements du climat. Les chenilles de monarques sont d’ailleurs particulièrement vulnérables à la destruction des habitats puisqu’elles se nourrissent uniquement d’asclépiade.

Les populations de monarques se sont effondrées au cours des dernières années en Amérique du Nord. La population de l’Est (qui migre notamment jusqu’au Québec) est passée de 384 millions de papillons en 1996 à environ 60 millions aujourd’hui ; il s’agit d’une chute de 85 %. La situation de la population dite « de l’Ouest » est encore pire : elle est passée de 1,2 million de papillons en 1997 à moins de 30 000 aujourd’hui.

Avec Jeanne Corriveau



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