Ottawa et Québec prêts à discuter du modèle de croissance économique

Des organisations de la société civile ont profité de la conférence sur la biodiversité pour lancer un appel à revoir notre modèle de développement économique basé sur une croissance « insoutenable » de la consommation de ressources.
Alexandre Shields Le Devoir Des organisations de la société civile ont profité de la conférence sur la biodiversité pour lancer un appel à revoir notre modèle de développement économique basé sur une croissance « insoutenable » de la consommation de ressources.

Les gouvernements du Canada et du Québec ont donné jeudi leur appui à un appel lancé par la société civile dans le cadre de la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) afin que se fasse une remise en question du modèle économique qui suppose « l’accroissement insoutenable de l’extraction et de la consommation matérielle ».

Au terme de deux jours de conférence sur « les causes sous-jacentes responsables de la perte de biodiversité », plusieurs organisations de la société civile ont lancé jeudi soir l’« Appel de Montréal ». Celui-ci demande « la mise en oeuvre de changements à un modèle économique et un système de valeurs dommageables pour la nature ».

Le document rappelle ainsi que le rythme « inédit » du déclin de la nature est actuellement imputable à « la modification de l’utilisation des terres et des mers, l’exploitation directe des organismes vivants, les changements climatiques, la pollution et les espèces exotiques envahissantes ». Or, toutes ces causes découlent d’un modèle économique basé sur une croissance sans borne de l’exploitation des ressources, mais aussi de la surconsommation qui caractérise nos sociétés, rappellent les organisations réunies au sein du Collectif COP15.

Elles plaident donc pour la fin de « l’accroissement insoutenable de l’extraction et de la consommation matérielle » et pour la mise en oeuvre des « changements systémiques nécessaires » pour qu’on se détourne de ce modèle économique.

« Croissance intelligente »

Le ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a dit soutenir cet appel de la société civile. « Nous travaillons sur ces transformations systémiques, notamment sur de nouveaux indicateurs, outre le PIB, pour mesurer le progrès. Le Conseil du Trésor y travaille », a-t-il ajouté après un panel organisé dans le cadre de la COP15. M. Guilbeault a également soutenu que la « réconciliation » avec les Premières Nations s’inscrivait dans cette volonté du gouvernement fédéral de changer de paradigme.

Le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, a lui aussi appuyé le texte de cet « Appel de Montréal ». « Le concept de décroissance ne me rejoint pas, quand je regarde les besoins des réseaux de la santé et de l’éducation. Il doit y avoir une croissance, mais elle doit être intelligente et prendre en compte la biodiversité ou les impacts en matière d’émissions de gaz à effet de serre », a-t-il fait valoir dans un échange avec les médias.

M. Charette a cité en exemple la décision du gouvernement Legault de fermer la porte au projet de liquéfaction et d’exportation de gaz naturel GNL Québec. « Comme ministre de l’Environnement, j’annonçais une bonne nouvelle. Mais pour le milieu qui recevait cette nouvelle, il a fallu [lui] faire comprendre qu’il y a des impératifs qui vont guider nos décisions qui n’auraient pas été considérés il y a de cela quelques années. Il faut envisager une croissance, mais pas à n’importe quel prix. »

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a pour sa part affirmé que la Ville souhaitait « agir sur les causes systémiques de la perte de biodiversité », dont l’extraction des ressources et « la surconsommation ». Selon elle, il importe de pouvoir « discuter » ouvertement de ces enjeux. « Dès maintenant, les décideurs du monde entier doivent protéger nos espaces verts, créer et appliquer des nouveaux modèles économiques. »

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