À la COP15, António Guterres plaide pour un «traité de paix» avec la nature

« La guerre de l’humanité contre la nature est ultimement une guerre contre nous-mêmes », a souligné mercredi le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.
Andrej Ivanov Agence France-Presse « La guerre de l’humanité contre la nature est ultimement une guerre contre nous-mêmes », a souligné mercredi le secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a plaidé mercredi pour la signature d’« un traité de paix » avec la nature, au premier jour de la conférence des Nations unies sur la biodiversité (COP15). Selon lui, cette protection de la vie sur Terre nécessitera d’importantes ressources financières, mais aussi une lutte plus efficace contre la crise climatique.

« La guerre de l’humanité contre la nature est ultimement une guerre contre nous-mêmes. C’est pourquoi j’en appelle à un traité de paix avec la nature, un accord ambitieux pour la protection de la biodiversité avec des objectifs ciblés et quantifiés pour s’attaquer aux racines des causes de cette destruction », a souligné M. Guterres, dans le cadre d’un point de presse tenu au Palais des congrès de Montréal.

Non seulement les gouvernements doivent en faire plus pour placer la planète « sur la voie de la guérison », mais le secteur financier et les entreprises privées doivent aussi se tourner vers un modèle d’affaires « durable », a-t-il ajouté. « Il faut que les banques et les institutions financières en général accélèrent leurs changements de financement des combustibles fossiles vers le financement de l’économie verte. Ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais il faut avoir des objectifs concrets. »

Le secrétaire général de l’ONU a du même souffle souligné l’importance de prévoir « un soutien financier significatif » pour permettre aux pays en développement de mettre en oeuvre des mesures de protection des écosystèmes naturels. « Sans une mobilisation importante de fonds, de diverses origines, ce ne sera pas possible pour les pays en développement de préserver la biodiversité à la hauteur de l’urgence de la situation », a fait valoir M. Guterres.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), le financement des « solutions fondées sur la nature » est essentiel pour lutter contre la crise climatique et celle de la biodiversité. Or, à l’heure actuelle, les flux financiers en faveur de ces solutions ne représentent que 154 milliards de dollars par an, soit moins de la moitié des 384 milliards de dollars d’investissements annuels nécessaires d’ici à 2025 et seulement un tiers des investissements nécessaires d’ici à 2030 (484 milliards de dollars par an).

Une coalition de nations du Sud a réclamé au moins 100 milliards de dollars par an pour la biodiversité, autant que pour le climat, et une augmentation progressive de ce montant jusqu’à 700 milliards de dollars par an d’ici 2030. Cette question du financement sera au coeur des négociations à la COP15, qui doivent en théorie se terminer le 19 décembre par la signature d’un accord mondial en vue de l’atteinte d’objectifs de protection de la biodiversité à l’horizon 2030.

L’enjeu climatique demeure par ailleurs intimement lié à celui de la biodiversité, a fait valoir mercredi António Guterres. Or, selon lui, la plus récente conférence climatique de l’ONU (COP27) n’a pas permis de faire de progrès majeurs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il a donc appelé à un sursaut d’ambition pour la mise en oeuvre de politiques climatiques qui seront aussi bénéfiques pour la protection de la biodiversité.

Négociations difficiles

Pour le moment, les négociations des 196 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique s’annoncent toutefois difficiles. Selon la plus récente version du texte de négociation, qui a été rendue publique mercredi, il existe encore de très nombreux points à régler.

Selon le Fonds mondial pour la nature, les trois jours de négociations qui ont précédé l’ouverture de la COP15 n’ont d’ailleurs pas permis de progrès substantiels. On parle notamment de l’objectif de protéger 30 % des milieux naturels terrestres et marins d’ici 2030, qui doit encore être adopté.

Les États doivent également s’entendre sur les moyens de restaurer les écosystèmes dégradés par l’activité humaine, d’endiguer la pollution causée par le plastique et de diminuer le risque que posent les espèces invasives un peu partout dans le monde. Les négociations de Montréal devront aussi amener des progrès en matière de réduction des subventions aux projets nuisibles à la biodiversité.

« Tout le monde parle de compromis, mais nous n’avançons pas assez vite », a d’ailleurs déploré Inger Andersen, la directrice exécutive du PNUE, lors d’un point de presse.

Dans ce contexte, António Guterres a encore une fois utilisé des termes très durs mercredi, en évoquant notre « guerre » contre la nature et en décriant les conséquences de la pollution provoquée notamment par les pesticides et le plastique. « Avez-vous l’impression d’être entendu ? » lui a demandé un journaliste. « Ce n’est pas facile pour moi de juger si je suis écouté ou pas. Mais je serai de plus en plus dur face à des pratiques qui représentent un suicide pour l’humanité », a répondu le secrétaire général des Nations unies.

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