Les participants à la COP15 se mettent au travail

Le discours de Justin Trudeau a été interrompu mardi par un groupe de femmes autochtones qui ont dénoncé la construction de pipelines en Colombie-Britannique.
Jacques Nadeau Le Devoir Le discours de Justin Trudeau a été interrompu mardi par un groupe de femmes autochtones qui ont dénoncé la construction de pipelines en Colombie-Britannique.

Avec de belles paroles et de l’argent frais, la 15e conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) s’est ouverte mardi à Montréal. Ce sera toutefois dans les négociations des deux prochaines semaines, qui s’annoncent ardues, qu’elle devra trouver un aboutissement si l’humanité veut protéger la nature à la hauteur de sa valeur.

« Avec notre appétit sans fond pour une croissance économique incontrôlée et inéquitable, l’humanité est devenue une arme d’extinction massive », a déclaré António Guterres, le secrétaire général des Nations unies, devant l’immense foule de délégués et d’observateurs réunis au Palais des congrès pour la cérémonie d’ouverture de la COP15, mardi en fin d’après-midi. « Sans la nature, nous ne sommes rien », a-t-il ajouté.

M. Guterres n’y est pas allé par quatre chemins : la déforestation détruit les écosystèmes ; les pesticides « empoisonnent » l’eau et l’air ; notre « dépendance » aux énergies fossiles provoque un chaos climatique ; notre production « non durable » dégrade la qualité de nos terres, etc. Résultat : la faune et la flore en écopent gravement.

« D’ici 2030, nous devons arrêter et renverser les pertes de biodiversité », a déclaré de son côté Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, en insistant beaucoup sur la beauté de son pays et moins sur les racines du problème. La crise de la biodiversité « est un enjeu majeur qui ne peut pas être relégué au second plan, parce qu’on a tous besoin de la nature », a-t-il soutenu.

Le chef du gouvernement canadien a réitéré la cible nationale de protection des milieux terrestres et aquatiques : 30 % d’aires protégées d’ici 2030. (Rappelons toutefois qu’Ottawa n’interdit pas formellement l’exploration pétrolière et gazière dans certains de ses refuges marins.) Si les délégués réunis à Montréal s’entendent à ce sujet, cette cible de 30 % en 2030 pourrait d’ailleurs être adoptée pour l’ensemble du monde. « Tous les chefs d’État doivent dire à leurs négociateurs de défendre cette ambition à la table des négociations », a réclamé M. Trudeau.

M. Trudeau s’est par ailleurs engagé à ce qu’Ottawa verse 350 millions de dollars en « argent neuf » pour protéger la biodiversité dans le monde.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a pour sa part annoncé que son gouvernement va investir 650 millions de dollars dans un « plan nature 2030 » visant notamment à atteindre l’objectif de 30 % d’aires protégées d’ici la fin de la décennie. Ces aires seront « davantage dans le sud » de la province, a-t-il promis.

Ce plan inclura également un « suivi serré » des espèces menacées, une lutte accrue contre les plantes aquatiques envahissantes, un soutien aux entreprises pour réduire les répercussions négatives de leurs activités sur la nature, et un soutien accru au « leadership autochtone », notamment afin de créer des aires protégées « d’initiative autochtone ».

« Le Québec a la chance d’avoir un territoire immense, un territoire magnifique, c’est très précieux, et on a un devoir de léguer ce territoire, cette beauté du territoire, à nos enfants », a déclaré M. Legault.

Même si les travaux de la conférence commencent officiellement mercredi matin, des négociateurs ont discuté samedi, dimanche et lundi du brouillon de cadre mondial sur la biodiversité pour l’après-2020. La dernière version du texte, élaborée au Kenya en juin dernier, contient encore énormément d’expressions « entre crochets », ce qui signifie qu’elles font toujours débat. Les négociateurs avaient ainsi la mission de resserrer les possibilités avant de passer le texte aux ordres supérieurs de négociations.

Cette série de négociations s’est toutefois révélée difficile, a souligné l’International Institute for Sustainable Development (IISD), un groupe de réflexion sur la gouvernance environnementale. « Aucun progrès significatif n’a été réalisé au dernier jour de la réunion du groupe de travail », ont écrit ces analystes dans leur bulletin quotidien. Les différentes négociations « n’ont pas réussi à rapprocher les positions tranchées » des différents délégués, « même sur des questions apparemment non controversées ».

Le cadre mondial sur la biodiversité pour l’après-2020 contient plusieurs objectifs phares dont les détails restent à être fixés. En plus de la cible de 30 % d’aires protégées, on vise notamment à freiner la propagation des espèces invasives, à réduire l’utilisation de pesticides, à minimiser la dispersion de plastique dans la nature, à éliminer les subventions néfastes pour la biodiversité, et à soutenir financièrement les pays en développement dans cette aventure.

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