Québec écarte des espèces en voie de disparition de sa mise à jour des espèces menacées

La rainette faux-grillon passera ainsi du statut d’espèce « vulnérable », qui lui avait été attribué en 2001, à celui, plus sévère, d’espèce « menacée ».
Alexandre Shields Le Devoir La rainette faux-grillon passera ainsi du statut d’espèce « vulnérable », qui lui avait été attribué en 2001, à celui, plus sévère, d’espèce « menacée ».

Critiqué pour son manque de volonté de protéger la faune et la flore sauvages en péril au Québec, le gouvernement Legault a décidé de profiter de la conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15) pour mettre à jour la liste des espèces menacées ou vulnérables. Certaines, pourtant considérées comme étant en voie de disparition, n’y ont toutefois pas été incluses. Et Québec ne prévoit pas, pour le moment, demoderniser la législation censée permettre d’éviter leur extinction.

Disant vouloir « en faire plus pour la protection de la faune », le gouvernement a annoncé lundi son intention de désigner 27 nouvelles espèces fauniques en situation précaire, soit 16 comme espèces menacées et 11 comme espèces vulnérables, « afin de les protéger adéquatement et d’assurer leur survie ». Il s’agit de la première désignation d’espèces depuis 2009.

La rainette faux-grillon passera ainsi du statut d’espèce « vulnérable », qui lui avait été attribué en 2001, à celui, plus sévère, d’espèce « menacée ». Cet amphibien a déjà perdu plus de 90 % de son habitat au Québec, principalement en raison du développement urbain.

Le gouvernement Legault avait d’ailleurs autorisé, l’an dernier, la destruction d’un des derniers milieux humides abritant cette espèce, à Longueuil, pour la construction d’une rue. Des représentants du ministère de l’Environnement du Québec avaient même aidé la Ville à obtenir les autorisations nécessaires. Dans la foulée d’une action en justice lancée par la Société pour la nature et les parcs du Québec et le Centre québécois du droit de l’environnement, c’est finalement le gouvernement fédéral qui a stoppé le projet, une fois l’habitat en bonne partie détruit.

Espèces écartées

 

La liste des espèces menacées, une fois mise à jour, comprendra aussi de nouveaux oiseaux, des insectes et la couleuvre brune, un reptile dont l’habitat a été en bonne partie détruit par des projets de développement dans la région de Montréal. Le gouvernement Legault a notamment autorisé plus tôt cette année un projet à Laval qui empiète sur un habitat de l’espèce.

Québec ajoutera également le rorqual commun à sa liste des espèces vulnérables. Mais deux autres espèces de cétacés, soit la baleine noire et le rorqual bleu, ne changeront pas de statut. Elles demeurent « susceptibles d’être désignées comme menacées ou vulnérables ».

En vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral, les deux cétacés sont pourtant considérés comme étant « en voie de disparition », soit le statut le plus sévère avant celui d’espèce disparue. La baleine noire, qui compte tout au plus 340 individus, fait d’ailleurs l’objet de mesures exceptionnelles de protection dans le golfe du Saint-Laurent de la part du gouvernement fédéral, après des épisodes de mortalités records au cours des dernières années.

Le caribou migrateur, qui est considéré depuis 2017 comme étant « en voie de disparition » par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), n’a pas été ajouté à la liste du gouvernement du Québec. Un des cheptels de cette population, soit le troupeau de la rivière George, a décliné de 99 % depuis les années 1990.

Le caribou forestier, dont plusieurs hardes accusent de forts déclins et dont la population totale au Québec se résume à quelques milliers d’individus, conserve aussi son statut d’espèce « vulnérable ». La protection de l’habitat de cette espèce fait toujours l’objet de négociations avec le gouvernement fédéral, qui le classe comme étant menacé. Ce dernier pourrait imposer un décret pour la préservation des dernières forêts qui subsistent pour permettre la survie du cervidé. Les Innus pressent d’ailleurs Québec et Ottawa d’agir pour éviter la disparition de certaines hardes.

Le phoque commun des lacs des Loups Marins demeure pour sa part sur la liste des espèces « susceptibles d’être désignées comme menacées ou vulnérables ». Selon le COSEPAC, ce phoque nordique, qui constitue l’unique population de ce genre à s’être adaptée de façon exclusive au milieu d’eau douce, est pourtant jugé « en voie de disparition » depuis 2007. Elle compterait tout au plus quelques dizaines d’individus.

Enfin, deux populations de morue considérées depuis plus de dix ans comme étant « en voie de disparition » par le COSEPAC garderont le statut « susceptibles d’être désignées comme menacées ou vulnérables ».

La modernisation de la loi refusée

 

« La mise à jour de la liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables est un pas dans la bonne direction, mais demeure nettement insuffisante. En réalité, ces ajouts n’apportent aucune protection supplémentaire aux individus », déplore le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud.

Par exemple, à l’heure actuelle, la législation québécoise ne permet pas au gouvernement du Québec d’intervenir sur un terrain privé pour stopper un projet qui tuerait les individus d’une espèce menacée. M. Branchaud critique aussi le manque de mesures supplémentaires pour protéger les espèces sur des terres publiques.

« Québec doit rapidement moderniser la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables et le Règlement sur les habitats fauniques s’il souhaite aider au rétablissement des espèces fauniques en péril du Québec », ajoute-t-il.

Au cabinet du ministre du ministre de l’Environnement du Québec Benoit Charette, on refuse toutefois de prendre un tel engagement. « Nous allons poursuivre nos réflexions dans les prochains mois avec les différents partenaires sur une éventuelle modernisation de la loi. Des réflexions sur les prochaines étapes sont en cours », a indiqué son bureau lundi, dans une réponse écrite au Devoir.

En désignant de nouvelles espèces, le gouvernement du Québec promet toutefois de « stimuler les initiatives de conservation », de « faciliter l’adoption et la mise en oeuvre de plans de rétablissement » et « d’amorcer, au besoin, la protection légale de certains habitats d’espèces menacées ou vulnérables ».

« Le Québec pose un geste important avec cette intention en faveur de la faune et de la protection de la biodiversité. Il faut accélérer la désignation de nouvelles espèces, c’est pourquoi j’annonce également notre intention de pourvoir rapidement les trois postes vacants au sein du Comité [consultatif] sur les espèces fauniques menacées et vulnérables du Québec », a annoncé lundi le ministre Benoit Charette.

Le gouvernement Legault a par ailleurs ajouté 11 variétés de plantes à la liste des espèces menacées ou vulnérables du Québec. Les espèces les plus susceptibles de disparaître sont toutes particulièrement sensibles aux impacts des activités humaines, qui menacent leurs habitats souvent très restreints.

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