Décontaminer des terrains coûtera des milliards au Canada

L’inventaire des sites contaminés fédéraux recense plus de 23 000 emplacements, dont l'ancienne mine Giant, située dans les Territoires du Nord-Ouest.
Angela Gzowski La Presse canadienne L’inventaire des sites contaminés fédéraux recense plus de 23 000 emplacements, dont l'ancienne mine Giant, située dans les Territoires du Nord-Ouest.

Décontaminer l’ensemble des sites fédéraux coûtera plusieurs milliards de dollars au Canada.

Par exemple, la décontamination de l’ancien emplacement de la mine Giant, dans les Territoires du Nord-Ouest, coûtera à lui seul 4,38 milliards de dollars, un sommet au pays. Les travaux, qui se sont amorcés en 2005, se prolongeront jusqu’en 2038. Jusqu’à maintenant, le coût s’élève à 710 millions.

Cette somme ne comprend pas l’entretien à long terme du terrain.

« Cela ne me dérange pas tellement qu’il en coûtera 4 milliards $ pour décontaminer la mine Giant. Ce qui me trouble vraiment, c’est le fait que le fardeau reposera uniquement sur les épaules des contribuables », dit David Livingstone, président du Conseil de surveillance de la mine Giant.

L’inventaire des sites contaminés fédéraux (ISCF) recense plus de 23 000 emplacements, dont 17 602 ont été fermés à la suite à d’examens historiques, d’analyses détaillées, d’activités d’assainissement ou de mesures de suivi à long terme ayant déterminé qu’aucune autre action n’était requise.

Selon le ministère de l’Environnement et Changement climatique, deux des cinq projets de décontamination les plus chers se situent au Yukon, soit les anciens emplacements miniers de Faro Mine et d’United Keno Hill Mine. Les deux autres emplacements figurant en tête du classement sont situés à Port Hope, en Ontario, et à Esquimalt Harbour, en Colombie-Britannique.

Plus deux milliards de dollars ont déjà été dépensés sur ces cinq emplacements jusqu’à maintenant.

On s’attend à ce que tous ces travaux de décontamination coûtent plusieurs milliards de dollars au cours des prochaines années, mais il est encore impossible d’en préciser le total exact.

De coûteux travaux d’assainissement sont en cours sur certains sites, notamment les 21 anciennes stations de radar du Réseau DEW DYE-M Cap Dyer dans la région de l’Arctique (575 millions), l’ancienne base aérienne de Goose Bay, à Terre-Neuve (142,9 millions), et les étangs bitumineux et du site des fours à coke de Sydney, en Nouvelle-Écosse (398 millions).

Les comptes publics du Canada pour l’exercice se terminant le 31 mars 2022 font état d’un passif brut de près de 10 milliards pour l’ensemble des 2524 sites fédéraux contaminés pour lesquels des mesures sont requises.

Ils signalent 3079 sites non évalués dont 1330 sont prévus passer à l’étape des travaux d’assainissement et pour lesquels un passif est estimé de 256 millions de dollars.

Le Plan d’action pour les sites contaminés fédéraux a été établi en 2005. Ce programme s’échelonnant sur 15 ans était financé à hauteur de 4,54 milliards de dollars par le gouvernement canadien. Il a été reconduit pour une période supplémentaire de 15 ans, de 2020 à 2034, et doté pour les cinq premières années d’un financement de 1,16 milliard.

Jamie Kneen, du groupe MiningWatch Canada, soutient que le niveau de contamination sur les terrains de la mine Giant souligne l’importance des processus de planification et d’évaluation pour les projets de développement.

« Si on ne planifie rien, on va se retrouver dans un bordel dément, souligne-t-il. Dans ce cas-ci, cela a causé la mort de personne avant même que la mine commence à capturer l’arsenic. On ne veut plus que cela se produise. »

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse canadienne pour les nouvelles.



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