Ottawa promet une meilleure préparation aux impacts de la crise climatique

La crise climatique risque d’aggraver les inondations dans différentes régions du pays. Le Québec n’y échappera pas, comme en témoignent les inondations subies en 2019 à Sainte-Marthe-sur-le-Lac.
Guillaume Levasseur Archives Le Devoir La crise climatique risque d’aggraver les inondations dans différentes régions du pays. Le Québec n’y échappera pas, comme en témoignent les inondations subies en 2019 à Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

Le gouvernement Trudeau promet de mieux outiller les différentes régions du Canada afin qu’elles puissent affronter les impacts de la crise climatique, qui ne cessent de s’amplifier. Une première enveloppe nationale de financement de 1,6 milliard de dollars a d’ailleurs été annoncée jeudi, une somme qui est en deçà des seules demandes des municipalités du Québec.

Reconnaissant que « le climat est en évolution » au Canada, le gouvernement fédéral a dévoilé les grandes lignes de sa future « Stratégie nationale d’adaptation du Canada : bâtir des collectivités résilientes et une économie forte ». Ce document sera soumis à une dernière période de consultations avant la publication de la première stratégie du genre pour le pays.

Il faut dire que les impacts de la crise climatique se font déjà sentir et qu’ils seront de plus en plus sévères au cours des prochaines années, et ce, même si nous réduisons drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre.

Le Canada se réchauffe deux à trois fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Au Québec, par exemple, depuis 1950, la température moyenne a augmenté de 1 °C à 3 °C selon les régions. Ce n’est toutefois que le prélude de ce qui nous attend si l’action climatique mondiale continue de manquer d’ambition. « Les températures moyennes annuelles au Québec pourraient continuer d’augmenter de 3,5 °C à l’horizon 2050 par rapport à la période 1981-2010. À l’horizon 2080, ces changements pourraient atteindre plus de 6 °C », selon ce qui se dégage d’un rapport produit à la demande du gouvernement fédéral et publié en août dernier.

Résultat : les canicules seront de plus en plus fréquentes et intenses, l’érosion côtière devrait s’amplifier et menacer différentes infrastructures, dont des routes et des bâtiments, alors que les feux de forêt risquent d’être plus nombreux et dévastateurs. Ailleurs au pays, le réchauffement imposera des menaces similaires, mais aussi des risques en matière d’inondations, de fonte du pergélisol et de tempêtes maritimes.

Coûts et décès

 

En plus des impacts pour les citoyens, la facture s’annonce élevée, selon ce qui se dégage des données publiées jeudi. D’ici 2030, « les pertes annuelles moyennes causées par les catastrophes devraient s’établir à 15,4 milliards de dollars ». Déjà, « les inondations représentent l’aléa le plus coûteux au Canada, qui se traduit par une facture annuelle moyenne de 2,9 milliards de dollars pour le secteur résidentiel ».

Selon l’Institut climatique du Canada, d’ici 2025, les effets des changements climatiques ralentiront par ailleurs la croissance économique du Canada de 25 milliards de dollars par an, ce qui correspond à 50 % de la croissance prévue du produit intérieur brut.

Les répercussions des bouleversements climatiques laissent aussi présager « des coûts astronomiques » au cours des prochaines décennies, en plus d’une croissance sans précédent du nombre de décès prématurés, selon un rapport scientifique publié l’an dernier par le gouvernement fédéral. L’analyse insistait d’ailleurs sur l’urgence de l’adaptation aux conséquences de la crise, qui risque de faire exploser les coûts en soins de santé.

1,6 milliard de dollars

Prenant acte de la nécessité d’« affronter les répercussions de plus en plus nombreuses des changements climatiques », le gouvernement Trudeau promet de soutenir financièrement les différentes régions du pays avec une « stratégie » censée répondre aux besoins de résilience des prochaines décennies.

Une première enveloppe de 1,6 milliard de dollars de soutien a d’ailleurs été annoncée jeudi. Elle comprend 530 millions de dollars « pour accroître le Fonds municipal vert afin de soutenir des initiatives d’adaptation communautaires, en collaboration avec la Fédération canadienne des municipalités ».

Une autre enveloppe de 489 millions sera consacrée au « Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes », en plus de 284 millions de dollars pour réduire les risques de feux de forêt, et de 164 millions de dollars « pour accroître la résilience du Canada face aux inondations ».

« Les feux de forêt, les inondations et les ouragans dévastateurs de l’année dernière ont montré qu’il est urgent d’agir pour composer avec la fréquence et la gravité accrues des catastrophes liées au climat. La Stratégie nationale d’adaptation représente un nouveau chapitre de notre travail de préparation aux urgences », a fait valoir jeudi le ministre de la Protection civile, Bill Blair.

« Nous devons non seulement réduire les émissions qui causent les changements climatiques, mais également nous adapter aux changements qui nous affligent. L’adaptation est un investissement rentable et positif dans le présent et l’avenir », a ajouté le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, dans une déclaration écrite.

Insuffisant

 

Réagissant sur Twitter, le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette, a dit souhaiter que la stratégie fédérale « puisse s’insérer dans les priorités du Québec en adaptation pour lesquelles nous consacrons déjà plus de 600 millions de dollars ».

Le gouvernement Legault a déjà reconnu que l’adaptation coûtera cher au Québec. Mais selon les dispositions actuelles du Plan pour une économie verte, ce volet représente un peu plus de 5 % des investissements prévus. Le gouvernement a promis d’augmenter les montants au cours des prochaines années.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a salué les intentions du gouvernement fédéral, qui reconnaît que « les infrastructures municipales sont les plus touchées par les aléas climatiques ». L’organisation estime toutefois que les sommes annoncées sont « insuffisantes » pour répondre aux besoins. Selon une étude commandée par l’UMQ, les municipalités auront besoin de deux milliards de dollars par année, et ce, jusqu’en 2055, « pour adapter leurs infrastructures et les rendre plus résilientes ».

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