Sciences de l'environnement: comprendre les milieux aquatiques pour mieux les préserver

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
La lauréate a notamment étudié les eaux des lacs.
Photo: Getty Images La lauréate a notamment étudié les eaux des lacs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Préserver les milieux aquatiques et comprendre les effets de différents facteurs, c’est ce que fait Roxane Maranger depuis plus de 20 ans. Portrait de la lauréate 2022 du prix Acfas Michel-Jurdant pour les sciences de l’environnement.

Pour la professeure titulaire au Département des sciences biologiques de l’Université de Montréal, c’est une fierté que de recevoir une telle distinction. « Des fois, on a du mal à voir notre impact avec tout le travail qu’on fait. C’est un honneur d’être reconnue pour cela », explique celle qui est aussi titulaire de la Chaire de recherche canadienne en science et viabilité des écosystèmes aquatiques.

Le prix Afcas récompense la qualité de ses recherches sur les milieux aquatiques, allant des lacs d’eau douce aux milieux marins, mais également pour son implication au fil des ans. Mme Maranger évalue et observe les cours d’eau selon différentes méthodes issues de plusieurs disciplines telles que la biogéochimie, la microbiologie, la biologie des organismes ou encore l’écologie.

Mme Maranger a d’ailleurs occupé les fonctions de présidente de l’Association for the Sciences of Limnology and Oceanography (ASLO), entre 2020 et 2022. Il s’agit de l’une des plus grandes sociétés scientifiques travaillant sur les eaux douces et les milieux marins. « Elle compte plus de 3500 membres dans 80 pays », précise-t-elle.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, la chercheuse originaire du nord de l’Ontario a toujours été fascinée par l’eau. « J’ai passé mon enfance autour des lacs dans la région. Mais je n’avais aucune idée que je pouvais en faire ma carrière », dit-elle.

C’est durant son baccalauréat en biologie avec mineure en art dramatique à l’Université McGill qu’elle a compris que cette possibilité s’offrait à elle. Elle souligne d’ailleurs que ses études dans une discipline artistique lui ont permis d’oeuvrer « de façon plus créative » dans son travail. « Ça m’a beaucoup aidée à contrôler ma nervosité devant les gens et à raconter de bonnes histoires », poursuit-elle.

Des virus aux changements climatiques

Mme Maranger a d’abord mené des travaux sur les virus dans l’eau dans le cadre de sa maîtrise et de son doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « J’ai identifié pour la première fois les virus naturels dans différents milieux aquatiques », dit-elle.

La chercheuse souligne qu’il existe des virus dans nos cours d’eau qui jouent un rôle de contrôle sur les populations de plantes microscopiques et de bactéries, explique-t-elle. « Ils ont donc une fonction aidante dans l’écosystème », résume la professeure.

Ces travaux sur les micro-organismes l’ont initiée à tout un univers dans les milieux aquatiques. « Ça m’a permis de travailler non seulement sur les eaux douces, mais aussi sur les milieux marins. Et c’est quelque chose que j’ai fait durant toute ma carrière », précise-t-elle.

Ses recherches actuelles portent surtout sur l’influence de l’activité humaine et des changements climatiques sur les différents cours d’eau. « Comment les modifications sur le territoire, dans le développement des villes et de l’agriculture, ont-elles des effets sur l’apport d’éléments nutritifs dans les cours d’eau ? » se questionne-t-elle. Les apports nutritifs sont notamment le transfert d’azote et de phosphore des bassins versants vers les lacs et les rivières.

Elle cite en exemple l’utilisation d’engrais pour enrichir un jardin. « Si on en met trop dans nos cours d’eau, ça peut créer des floraisons d’algues nuisibles », qui ont entre autres des impacts sur la qualité et la potabilité de l’eau, dit-elle. « Et ce n’est pas souhaitable », résume la chercheuse.

Mme Maranger désire d’ailleurs comprendre les facteurs qui influent sur la résistance variable de milieux aquatiques par rapport à d’autres à différents facteurs. « Certains lacs sont plus résilients parce qu’ils sont plus profonds », illustre-t-elle.

Son équipe collabore notamment avec le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCCFP) pour recenser sur le territoire québécois les points chauds en apports d’éléments nutritifs. « On sait que deux grands apports viennent du secteur agricole et de l’urbanisation par l’entremise des rejets d’eaux usées », explique la chercheuse.

Comprendre où et comment intervenir reste crucial pour être à même d’amener des solutions afin de maintenir la qualité de l’eau, souligne Mme Maranger. « Dans certains bassins versants, ça va peut-être passer par la réduction des apports d’éléments nutritifs dans les eaux usées. Pour d’autres, ça va être d’essayer d’avoir des pratiques agricoles plus durables », illustre-t-elle.

« On a besoin de développer des méthodes plus pointues pour offrir ces informations aux gens qui prennent les décisions sur les territoires, continue la chercheuse. C’est très important, dans un contexte de développement durable, de comprendre quels sont les limites ou les points de bascule de certains écosystèmes pour maintenir leur santé. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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