Appel à revoir la formule des COP, inefficaces et trop complexes

Des militants pour le climat manifestent à Charm el-Cheikh, lors de la conférence sur le climat COP27.
Photo: Mohammed Abed Agence France-Presse Des militants pour le climat manifestent à Charm el-Cheikh, lors de la conférence sur le climat COP27.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 22 novembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Malgré l’évidence de l’urgence climatique, la 27e conférence climatique de l’ONU (COP27) s’est terminée sans grands progrès et avec son lot de critiques particulièrement virulentes de la part d’experts bien au fait de la situation et du processus de négociations sur l’avenir du climat planétaire.

« Cette COP a affaibli les obligations pour les pays de présenter des engagements nouveaux et plus ambitieux », a notamment regretté Laurence Tubiana, architecte de l’Accord de Paris de 2015. « Nous devons radicalement réduire les émissions maintenant, et c’est une question à laquelle cette COP n’a pas répondu », a déploré pour sa part le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal et conseiller principal chez Copticom, Hugo Séguin déplore lui aussi la lenteur des progrès, mais sans s’en étonner. « Le processus des COP est paralysé par le poids de sa propre complexité, alors qu’il faut aller beaucoup plus vite. C’est un processus qui va de plus en plus lentement », constate celui qui suit ce type de conférence depuis plusieurs années.

Il rappelle notamment que la notion de « pertes et préjudices » est inscrite depuis la COP19, soit celle organisée en 2013 à Varsovie. Or, ce n’est que cette année que les pays ont convenu de créer un fonds pour aider les pays les plus vulnérables à faire face aux impacts déjà bien réels du réchauffement. Et encore, plusieurs questions restent à régler, dont celle des pays qui devront contribuer à ce fonds de plusieurs milliards de dollars.

Mesures concrètes

Dans ce contexte, M. Séguin estime qu’il est nécessaire de revoir la formule des COP pour accélérer la prise de décisions qui auraient des effets concrets. « Il faudrait se demander comment on doit réformer le processus pour que ce soit plus payant en matière de lutte contre les changements climatiques. »

À titre d’exemples de mesures précises, il mentionne l’idée de s’entendre pour mettre en oeuvre « un prix sur le carbone » à l’échelle mondiale, pour imposer la transition énergétique dans des secteurs industriels très polluants ou encore pour se donner une date butoir pour la vente de véhicules à essence.

Si les COP se concentraient sur la réalisation de telles mesures, dit-il, les résultats seraient au rendez-vous plus rapidement qu’en continuant de miser sur la formule actuelle.

Lors de la COP26, en 2021, les États avaient convenu de déposer de nouveaux engagements en matière de réduction des émissions de gaz à effet, afin de se rapprocher de l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à +1,5° C, par rapport à l’ère préindustrielle. Or, une poignée de pays ont tenu parole et l’ONU prévoit toujours un réchauffement qui risque de dépasser les 2,5° C, à supposer que tous respectent leurs promesses.

« Si on dit que nous sommes en crise climatique, il faut se gouverner en conséquence. Il faut donc que les décideurs politiques arrivent avec des propositions aux COP, mais aussi qu’ils se donnent les moyens de les mettre en oeuvre rapidement. Il faut raccourcir le temps de décision et de mise en oeuvre », affirme Hugo Séguin.

Cette question de la mise en oeuvre des mesures climatiques promises vaut aussi pour le Canada, selon lui. Il cite en exemple le plafond d’émissions de gaz à effet de serre pour le secteur pétrolier et gazier, mais aussi l’objectif de planter deux milliards d’arbres d’ici la fin de la décennie.

  

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