Pas d’évaluation d’impact sur la santé pour le projet de Ray-Mont Logistiques

La plateforme de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir La plateforme de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 22 novembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Le secteur Assomption Sud–Longue-Pointe, à Montréal, ne fera pas l’objet d’une évaluation d’impact sur la santé (EIS), comme le demandaient en septembre des médecins, des spécialistes de la santé publique et des environnementalistes. Le principal projet industriel qui s’y prépare est « trop avancé », dit la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal.

Le projet dont il est question, c’est la plateforme intermodale de transbordement de conteneurs de Ray-Mont Logistiques. Début novembre, Québec a donné son feu vert à cette initiative visant à manipuler jusqu’à 1500 conteneurs par jour et à en entreposer jusqu’à 5000. Depuis des années, des citoyens s’inquiètent des répercussions de ce projet, qui pourrait notamment intensifier les îlots de chaleur dans le quartier.

« Une EIS doit être réalisée en amont d’un projet et, dans le cas présent, le projet est déjà accepté », explique Jean Nicolas Aubé, porte-parole de la Direction régionale de santé publique. Les EIS doivent être accomplies avant « la prise de décision » et « l’implantation » de propositions pouvant affecter la santé des résidents d’un secteur, rappelle-t-il.

« On aurait aimé que ça se fasse, mais on comprend que le projet de Ray-Mont Logistiques est trop avancé », dit Claudel Pétrin-Desrosiers, présidente de l’Association québécoise des médecins pour l’environnement, qui faisait partie des signataires de la requête envoyée aux autorités fin septembre. « Dommage qu’on arrive à un point où c’est trop tard [pour une telle analyse], ajoute-t-elle. […] mais il n’est pas trop tard pour tenter d’améliorer le projet. »

Revitalisation de l’est de l’île

Les évaluations d’impact sur la santé intègrent différents paramètres — comme la pollution de l’air, les îlots de chaleur, le bruit, l’accès à la nature, la possibilité de transport actif — qui influencent la santé des populations. Elles évaluent les répercussions du développement d’un secteur dans son ensemble. Les rapports signés par les DRSP comprennent aussi des recommandations.

La DRSP ferme ainsi la porte à une analyse portant en particulier sur le secteur Assomption Sud–Longue-Pointe, mais, en réponse aux questions du Devoir, elle entrouvre la porte à une autre option : elle évaluera la possibilité, avec ses partenaires, de réaliser une EIS sur le développement de l’est de Montréal dans son ensemble.

La partie orientale de l’île se prépare effectivement à subir une importante transformation. Différents ordres de gouvernement veulent profiter de grands terrains, autrefois consacrés à l’industrie pétrochimique, pour créer un « pôle économique innovant et durable ». En parallèle, un projet de terminal maritime de kérosène, assorti d’un nouveau tronçon d’oléoduc, suscite de l’opposition à Montréal-Est, notamment en raison des risques qu’il pourrait poser pour la sécurité de la population.

La Dre Pétrin-Desrosiers accueille avec un « grand enthousiasme » la possibilité, évoquée par la Santé publique, de réaliser une EIS sur l’ensemble de l’est de Montréal. « La population y est exposée à des risques de santé environnementale plus élevés qu’ailleurs sur l’île », fait-elle valoir.

Une analyse environnementale cumulative

L’est de Montréal, c’est aussi un « bon candidat » pour une évaluation environnementale régionale (EER), rappelle de son côté Anne-Sophie Doré, avocate au Centre québécois du droit de l’environnement.

Ce type d’analyse, qui n’existe pas encore dans la loi québécoise, permettrait de mieux considérer les répercussions cumulatives sur l’environnement des différents projets de développement industriel dans une région. Elle donnerait aux décideurs publics de l’information sur les sensibilités et les particularités des écosystèmes et des milieux naturels. Les autorités pourraient alors prendre des décisions plus éclairées sur le plan écologique.

Me Doré tente de convaincre le gouvernement de créer les EER dans le cadre de sa Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire, dont un plan de mise en oeuvre doit être publié dès cet hiver. Elle pense que le secteur Assomption Sud–Longue-Pointe pourrait servir de projet pilote à cette nouvelle démarche, qui n’est pas si étrangère à la législation québécoise qui existe déjà.

L’ensemble de l’est de Montréal pourrait ensuite faire l’objet d’une première EER en bonne et due forme. « C’est le moment idéal pour acquérir des connaissances sur ce secteur afin de réduire au minimum les impacts négatifs des projets à venir », soutient Me Doré.

  

À voir en vidéo