Boom de permis d’exploration minière dans le sud du Québec

Les permis d’exploration minière sont très communs dans les zones situées aux limites de parcs nationaux, comme celui de la Gaspésie, qui est un habitat important pour plusieurs espèces, dont l’orignal.
Alexandre Shields Le Devoir Les permis d’exploration minière sont très communs dans les zones situées aux limites de parcs nationaux, comme celui de la Gaspésie, qui est un habitat important pour plusieurs espèces, dont l’orignal.

En seulement deux ans, le nombre de permis d’exploration minière a bondi de près de 100 %, en moyenne, dans trois régions du sud du Québec, soit l’Estrie, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie. Cette abondance de titres miniers pourrait nuire à la protection des milieux naturels, selon les organisations environnementales qui ont compilé ces données.

La coalition Québec meilleure mine a recensé, en date du 1er novembre, pas moins de 7674 permis d’exploration minière dans trois régions du sud du Québec, soit l’Estrie (1739), le Bas-Saint-Laurent (1242), mais aussi la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine (4693).

Sur une période d’à peine deux ans, il s’agit d’un bond de 139 % pour les titres miniers en Gaspésie, de 87,5 % au Bas-Saint-Laurent et de 63,4 % en Estrie. Les substances recherchées par les entreprises minières qui détiennent ces permis sont principalement le cuivre, le zinc, l’argent et l’or.

Les cartes des permis d’exploration permettent de constater que plusieurs chevauchent des zones protégées, des rivières, des forêts anciennes ou encore des habitats fauniques importants, principalement en Gaspésie.

De nombreux titres miniers se trouvent aussi aux limites de parcs nationaux, dont le parc Forillon, celui du mont Mégantic et celui de la Gaspésie. Ce parc national créé par le gouvernement du Québec est bordé de permis au sud, au nord et à l’est. Ceux-ci chevauchent d’ailleurs l’habitat du caribou de la Gaspésie, une population de cervidés au seuil de l’extinction.

Milieux naturels

Selon la Société pour la nature et les parcs du Québec, ces permis risquent de nuire à la protection de nombreux milieux naturels dans le sud de la province. « L’actuel régime minier représente un obstacle à la mise en oeuvre du prochain cadre mondial sur la biodiversité, notamment pour l’atteinte de la cible de protection de 30 % du territoire », fait valoir sa directrice principale, Alice de Swarte.

À quelques jours du début de la prochaine conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP15), elle presse le gouvernement du Québec de revoir la réglementation, qui permet actuellement aux entreprises d’acquérir sur le Web des permis qui empiètent sur des milieux naturels importants.

« Le Québec ne peut pas aller de l’avant avec des minéraux dits d’avenir avec des lois et des politiques du passé. Il faut moderniser la Loi sur les mines, les règles régissant les territoires incompatibles avec l’activité minière », ajoute Ugo Lapointe, cofondateur et co-porte-parole de la coalition Québec meilleure mine.

Municipalités et minières

Par ailleurs, plus de 15 000 titres miniers ont été répertoriés dans le sud-ouest du Québec (Laurentides, Lanaudière, Mauricie et Outaouais), selon des données publiées en août par la coalition. Dans ces régions, le nombre de permis d’exploration a bondi en moyenne de 129 % entre janvier 2021 et août 2022.

Dans ce contexte de hausse de l’engouement des minières pour le sud de la province, la Fédération québécoise des municipalités a interpellé les élus à Québec en septembre dernier en demandant au gouvernement de « reconnaître la préséance des schémas d’aménagement sur les autres planifications territoriales pour assurer le respect des intérêts de nos collectivités ».

L’Union des municipalités du Québec tiendra en janvier un forum municipal ayant pour thème « Intégration des activités minières : acceptabilité sociale et cohabitation ». « Nous voulons ainsi concilier de façon plus harmonieuse les activités minières avec les leviers économiques que sont la villégiature et le tourisme, et ce, tout en nous assurant de renforcer la sécurité et la qualité de vie de la population », a fait valoir son président, Daniel Côté, au moment d’annoncer la tenue de l’événement.

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