L’Égypte critiquée pour sa gestion de la COP27

«Nous sommes justes, impartiaux et transparents», a tenu à marteler le président égyptien de la COP27, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri.
Joseph Eid Agence France-Presse «Nous sommes justes, impartiaux et transparents», a tenu à marteler le président égyptien de la COP27, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri.

Dès le début de la COP27, sa présidence égyptienne s’est retrouvée sous le feu des critiques pour sa gestion des négociations cruciales pour l’avenir de la planète.

Durant les deux derniers jours, la ligne d’arrivée a mis du temps à se dessiner, dans le chaos d’âpres négociations nocturnes qui ont finalement accouché d’une résolution historique sur la compensation des dégâts causés par le changement climatique déjà subis par les pays les plus pauvres.

Alors que de nombreux délégués exprimaient leurs « espoirs » sur la question des « pertes et dommages », ils avouaient aussi leur « déception » face au peu de progrès réalisés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

À chaque COP, l’accord tacite veut que le pays hôte des quelque 35 000 dirigeants, diplomates, observateurs, militants et journalistes mette de côté ses intérêts nationaux.

Et ce, pour parvenir — aux côtés des technocrates onusiens du climat — à sortir un texte de consensus approuvé de plus ou moins bon gré par tous.

Mais cette année à Charm el-Cheikh, entre duels par conférences de presse interposées et ordres du jour visiblement divergents, les journalistes ont parfois eu du mal à s’y retrouver.

« Nous sommes justes, impartiaux et transparents », a tenu à marteler le président égyptien de la COP27, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukri, alors que de plus en plus les allées de la cité balnéaire bruissaient des échos de la colère de délégués disant avancer pour la première fois sans cap.

« S’il y a eu des erreurs, il n’y avait aucune mauvaise intention derrière elles, nous avons tout fait dans l’intérêt des négociations », a-t-il ajouté.

Mais pour certains observateurs, l’Égypte, grand allié diplomatique des États pétroliers et gaziers du Golfe et de la Russie, n’a pas été un arbitre neutre.

Lobby des hydrocarbures

 

« L’influence de l’industrie des énergies fossiles était partout », accuse Laurence Tubiana, architecte de l’Accord de Paris de 2015.

Des ONG ont révélé que la COP27 avait accueilli 25 % de lobbyistes du secteur pétrolier et gazier de plus que la COP26 à Glasgow, soit plus que tous les délégués réunis des îles du Pacifique, en première ligne face au dérèglement climatique.

« La présidence égyptienne a produit un texte qui protège clairement États pétroliers et gaziers et industrie des énergies fossiles », poursuit-elle alors que le document final ne mentionne aucune sortie des hydrocarbures, grands responsables des émissions de gaz à effet de serre et donc du réchauffement climatique.

L’Égypte « a fait passer ses intérêts nationaux en premier et n’a pas été un médiateur transparent », accuse Alden Meyer du centre de réflexion E3G.

Pour l’expert qui n’a raté qu’une seule COP en 27 ans, Charm el-Cheikh n’a pas accueilli un sommet sur le climat, mais « un salon de l’industrie des hydrocarbures ».

Dans un discours cinglant, le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, s’est dit « déçu » du peu d’ambition du sommet à réaffirmer la limite de réchauffement de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.

Et du fait que le texte final « ne reflète pas » un point central : les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie atteindront un « point haut » dès 2025.

Et ce, alors même que « plus de 80 pays » le réclamaient.

Le Britannique Alok Sharma, président de la COP26, a lui aussi détaillé une liste de propositions sur la sortie des énergies fossiles et la réduction des émissions introuvables dans le texte final… et même dans les propositions de départ soumises par les Égyptiens, a-t-il dit.

« Aucune transparence »

Avant même le marathon final des négociations, dès les premiers jours, l’Égypte s’était attirée les critiques pour avoir laissé ses hôtes avec des stocks d’eau minimaux, des sandwiches hors de prix, peu ou pas d’accès pour les non-valides et une surveillance serrée jugée au mieux « inutile », au pire dangereuse.

Rapidement, Le Caire a réglé les questions logistiques, sans rien changer à la surveillance — un sujet qui revient quasiment à chaque COP.

Mais les négociateurs, eux, sont restés sur le fil jusqu’à la dernière minute, attendant la prochaine surprise, ont raconté certains à l’AFP.

« Je n’ai jamais rien vu de tel : il n’y a aucune transparence, on ne peut rien prévoir, c’est le chaos », raconte l’un d’eux, rodé à l’exercice de la COP.

La frustration a sûrement atteint son paroxysme dans les dernières heures du sommet, quand l’Égypte a refusé de distribuer le document de travail qu’elle soumettait sur la très sensible question des « pertes et dommages ».

Pour l’Union européenne, ils ont convoqué M. Timmermans, seul, au milieu de la nuit. Et au lieu d’obtenir une copie, il a seulement pu lire le texte proposé pour le rapporter aux 27 pays de l’UE, rapportent des sources européennes à l’AFP.

Au milieu de ce concert de critiques, une voix a salué la présidence égyptienne.

 

M. Choukri « applique les règles pour un consensus transparent, ouvert et respectant toutes les parties », a affirmé l’émissaire chinois pour le climat, Xie Zhenhua.

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