Le Canada demeure un cancre climatique des pays développés

Le Canada arrive au 58e rang sur 60 dans la plus récente édition du Climate Change Performance Index, publiée en marge de la conférence climatique de l’ONU.
Darryl Dyck La Presse canadienne Le Canada arrive au 58e rang sur 60 dans la plus récente édition du Climate Change Performance Index, publiée en marge de la conférence climatique de l’ONU.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 15 novembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Un mois après son élection comme premier ministre du Canada, en 2015, Justin Trudeau avait eu l’occasion de prononcer un discours en ouverture de la 21e conférence climatique de l’ONU (COP21), qui allait déboucher sur la signature de l’Accord de Paris. «Le Canada est de retour», avait-il laissé tomber à la fin d’une allocution saluée par plusieurs observateurs, après des années de pouvoir du gouvernement conservateur de Stephen Harper.

Depuis, le fédéral a multiplié les promesses à saveur climatique. Mais sept ans après le retour d’un gouvernement libéral à Ottawa, le Canada est toujours très en retard en matière de lutte contre la crise du climat. C’est du moins le constat qui ressort d’une analyse internationale publiée lundi dans le cadre de la conférence climatique de l’ONU (COP27).

Le Canada arrive ainsi au 58e rang d’un classement qui compte 60 États, soit 59 pays et l’Union européenne. Ce Climate Change Performance Index, publié chaque année depuis 2005, évalue la valeur des engagements et des politiques climatiques de ces États, qui représentent à eux seuls 92% des émissions mondiales de GES.

La performance globale du Canada se situe ainsi à un niveau «très bas», selon ce qui se dégage du portrait dressé par les organisations Germanwatch, New Climate Institute et le Réseau action climat.

GES par habitant

 

En matière de GES par habitant, par exemple, les Canadiens en émettent annuellement 17,9 tonnes, ce qui constitue un des niveaux les plus élevés dans le monde. Or, pour respecter l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris, soit limiter le réchauffement mondial moyen à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, les émissions par citoyen ne devraient pas dépasser les deux tonnes, au maximum.

L’analyse, produite avec la collaboration de 450 experts des enjeux climatiques et énergétiques, salue toutefois le «Plan de réduction des émissions pour 2030», présenté en mars dernier. Celui-ci prévoit une réduction de 40% des émissions de GES du Canada d’ici la fin de la décennie par rapport à leur niveau de 2005.

Ce plan s’appuie notamment sur la volonté d’électrifier le secteur des transports, d’éliminer les subventions publiques aux énergies fossiles et de s’attaquer aux émissions de méthane.

Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, a également réitéré lundi à la COP27 sa volonté d’imposer un plafond pour les émissions de l’industrie pétrolière et gazière, sans toutefois limiter la production.

En réponse aux questions du Devoir, l’Association canadienne des producteurs pétroliers a dit ne pas être en mesure d’évaluer le niveau de production prévu pour 2030.

«Incompatible»

À la lumière des détails disponibles du plan climatique fédéral et de la cible de réduction des GES, le Climate Change Performance Index conclut que celui-ci est «incompatible» avec l’objectif de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C.

Le rapport souligne notamment que le Canada n’est toujours pas sur la voie d’une réduction de l’exploitation pétrolière et gazière, et ce, même si plusieurs rapports scientifiques ont mis en lumière la nécessité de réduire la production pour limiter la hausse des températures mondiales. L’Agence internationale de l’énergie, par exemple, recommande d’interdire tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation.

Dans ce contexte, concluent les experts, «la production d’énergies fossiles doit décliner de façon importante» au Canada. Qui plus est, le gouvernement devrait revoir sa cible de réduction des GES et «renforcer» son plan climatique, de façon à atteindre l’objectif de la carboneutralité d’ici 2050.

Selon la cible actuellement en vigueur pour 2030, le pays devrait alors émettre 443 millions de tonnes (Mt) de GES. Si on appliquait ici la cible à atteindre pour limiter le réchauffement à 1,5°C, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, les émissions devraient atteindre 416 Mt en 2030. La différence, soit 27 Mt, équivaut aux émissions annuelles de 11 millions de voitures.

«La piètre performance du Canada n’est malheureusement pas une surprise, quand on considère qu’il est le seul pays du G7 à ne pas avoir aplati la courbe de ses émissions de gaz à effet de serre», a déclaré la directrice des politiques nationales du Réseau action climat Canada, Caroline Brouillette. Les émissions nationales sont passées de 741 Mt en 2005 à 738 Mt en 2019, avant de chuter à 672 Mt en 2020, en raison de la pandémie. Les données pour 2021 ne sont pas encore publiques.

Mme Brouillette invite donc le gouvernement Trudeau à corriger le tir. «Plusieurs politiques qui ont le potentiel de réglementer les secteurs essentiels que sont le pétrole et le gaz, le transport et l’électricité sont en développement. La grande question: est-ce que le gouvernement cédera aux pressions de l’industrie pour édulcorer ces politiques, ou s’assurera-t-il de les définir et les mettre en place de façon rigoureuse et ambitieuse?»

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