Les négociations sur la biodiversité s’annoncent ardues à la COP15

Le Québec n’échappe pas au déclin de la biodiversité. Les deux troupeaux de caribous migrateurs du nord de la province ont subi des diminutions marquées au cours des dernières années.
Alexandre Shields Le Devoir Le Québec n’échappe pas au déclin de la biodiversité. Les deux troupeaux de caribous migrateurs du nord de la province ont subi des diminutions marquées au cours des dernières années.

Montréal accueillera bientôt une conférence mondiale sur la biodiversité (COP15) cruciale pour l’avenir de l’humanité, mais le succès de l’événement est loin d’être acquis, prévient l’ONU. Et aucun chef d’État ou de gouvernement n’est attendu lors de ce sommet de sauvetage d’une planète plus que jamais « en crise ».

« Le déclin de la biodiversité atteint présentement un niveau sans précédent dans l’histoire. Nous estimons que 90 % des écosystèmes ont été affectés jusqu’à présent et plus d’un million d’espèces sont menacées de disparition », a laissé tomber jeudi la secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique (CDB), Elizabeth Maruma Mrema.

« Les scientifiques sont très clairs : notre planète est en crise » et la situation « va empirer » au cours des prochaines années, a-t-elle ajouté, dans le cadre d’une séance d’information où ont été présentés les enjeux de la prochaine conférence des Nations unies sur la biodiversité, mieux connue sous le nom de COP15. Celle-ci se tiendra à Montréal du 7 au 19 décembre prochains.

Dans ce contexte de déclin abrupt du vivant, Elizabeth Maruma Mrema souhaite que les négociations des 196 membres de la CDB (195 États et l’Union européenne, sans les États-Unis) débouchent sur un succès. « Ce ne sera pas facile. Il faudra beaucoup de travail et d’engagement, mais le cadre mondial de protection de la biodiversité est crucial pour assurer l’avenir de l’humanité sur la planète », a-t-elle fait valoir.

De grands enjeux

À moins d’un mois de la COP15 — et malgré plusieurs séries de rencontres et de négociations —, les intervenants n’ont toujours pas réglé certaines questions crucialespour parvenir à un accord mondial sur une meilleure protection de la biodiversité. C’est le cas de l’objectif de protéger 30 % des milieux naturels terrestres et marins d’ici 2030, qui doit encore être adopté.

Les États doivent également s’entendre sur les moyens de restaurer les écosystèmes dégradés par l’activité humaine, d’endiguer la pollution par le plastique et de diminuer le risque que posent les espèces invasives un peu partout dans le monde.

Les négociations de Montréal devront également permettre de faire des progrès en matière de réduction des subventions aux projets nuisibles à la biodiversité, a fait valoir jeudi le secrétaire exécutif adjoint de la CDB, David Cooper. « La plupart des gouvernements versent beaucoup plus de subventions qui détruisent la nature que de subventions pour la protéger. Il sera critique de changer cela. »

La question financière sera d’ailleurs au coeur des négociations, comme elle l’est dans le cadre des tractations sur les enjeux climatiques, puisque les pays en développement « auront besoin de milliards de dollars de soutien » pour mettre en oeuvre des mesures de protection, a indiqué M. Cooper.

Climat et biodiversité

Elizabeth Maruma Mrema et David Cooper ont par ailleurs insisté sur le lien de plus en plus fort entre la crise climatique et celle de la biodiversité. « Les scientifiques nous ont clairement démontré que les changements climatiques et le déclin de la biodiversité sont connectés. C’est pourquoi nous croyons que le cadre sur la biodiversité peut devenir l’équivalent pour la biodiversité de l’Accord de Paris sur le climat », a souligné Mme Maruma Mrema.

« Les catastrophes supposément naturelles qui nous frappent découlent du réchauffement climatique, mais aussi de la dégradation des milieux naturels, a ajouté M. Cooper. La pandémie nous a aussi montré l’importance de protéger la nature. Les gens comprennent qu’il y a quelque chose qui cloche dans notre relation avec la nature, ce qui accentue les risques de pandémie. Et plus nous détruirons la nature, plus les risques d’émergence de nouvelles maladies seront grands. »

Si les porte-parole de la CDB ont affirmé à plusieurs reprises jeudi que la COP15 serait un rendez-vous politique majeur pour orienter les décisions des pays au cours des prochaines années, aucun chef d’État ou de gouvernement n’est attendu à Montréal. « Traditionnellement, notre conférence des parties s’est déroulée au niveau des ministres », a affirmé la secrétaire exécutive de la CDB.

Même si plusieurs dizaines de ministres de différents gouvernements seront sur place, David Cooper a invité les États à impliquer plusieurs ministères dans la mise en oeuvre des mesures nécessaires pour freiner l’érosion de la biodiversité. « Il faut impliquer plusieurs éléments du gouvernement, et pas seulement le ministre de l’Environnement », a-t-il fait valoir.

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