Enbridge fait partie de la délégation du Canada à la COP27

Steven Guilbeault affirme que l’industrie pétrolière et gazière doit avoir le droit de s’exprimer à la conférence climatique de l’ONU, la COP27.
Sean Kilpatrick La Presse canadienne Steven Guilbeault affirme que l’industrie pétrolière et gazière doit avoir le droit de s’exprimer à la conférence climatique de l’ONU, la COP27.

La multinationale Enbridge, qui exploite un important réseau nord-américain de gazoducs et de pipelines, fait partie de la délégation canadienne à la présente conférence de l’ONU sur le climat (COP27), a constaté Le Devoir. Le ministre de l’Environnement Steven Guilbeault a d’ailleurs affirmé jeudi qu’il n’entend pas « censurer » l’industrie des énergies fossiles, qui participe à trois événements au pavillon du Canada.

Parmi les représentants d’entreprise qui sont « accrédités » auprès de la délégation canadienne qui se trouve présentement au rendez-vous annuel de négociations climatiques mondiales, on compte trois hauts dirigeants de la pétrolière Enbridge. Ces informations sont inscrites sur une liste officielle de l’ONU.

Selon ce qu’Enbridge précise elle-même, l’entreprise exploite le plus imposant réseau de pipelines et de gazoducs en Amérique du Nord, dont près de 14 000 km de pipelines uniquement au Canada. C’est notamment elle qui exploite le pipeline 9B, qui transporte du pétrole jusqu’à Montréal. En 2021, Enbridge a transporté, pour l’ensemble de son réseau, plus de quatre milliards de barils de pétrole brut, dont du pétrole des sables bitumineux. Quant à son réseau de gazoducs, il transporte notamment du gaz obtenu par fracturation.

Si on commence à censurer certains groupes d’entre­prises, on arrête tout

 

Dans une réponse écrite aux questions du Devoir, la multinationale affirme que sa participation à la COP27 est « une excellente opportunité » pour développer des partenariats en vue de « réduire » ses émissions de gaz à effet de serre (GES) et « faire progresser la transition énergétique ». À l’instar de plusieurs autres entreprises actives dans l’exploitation d’énergies fossiles, Enbridge assure qu’elle sera en mesure d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Est-ce qu’un exploitant de pipelines a sa place à une conférence de lutte contre la crise climatique, qui a été provoquée par notre dépendance aux énergies fossiles ? « Le Canada est une société démocratique, et nous devons travailler avec tout le monde pour réaliser une transition juste vers une économie plus propre. Le fait est que chaque secteur a un rôle à jouer pour réduire la pollution et atteindre la carboneutralité, en particulier le secteur pétrolier et gazier », a répondu le cabinet du ministre fédéral de l’Environnement, par courriel.

« Écoblanchiment »

En plus de la présence d’Enbridge au sein de la délégation du Canada, pas moins de trois événements impliquant directement des acteurs de l’industrie pétrolière et gazière sont inscrits à l’horaire des activités prévues au pavillon qui sert de vitrine au Canada dans le cadre de la COP27, en Égypte. Vendredi, six entreprises représentant 95 % de la production des sables bitumineux auront l’occasion de vanter leurs plans de réduction des émissions de GES. Elles devraient même affirmer qu’elles atteindront la « carboneutralité » d’ici 2050, comme l’écrivait Le Devoir mercredi.

En point de presse jeudi, le ministre Guilbeault a fermé la porte à une annulation de ces événements, malgré la demande formulée par écrit par une vingtaine d’organisations canadiennes de la société civile. « Si on commence à censurer certains groupes d’entreprises, on arrête tout. Tous les secteurs d’activité au Canada émettent des gaz à effet de serre. On interdirait l’agriculture, le secteur des transports, les bâtiments », a-t-il laissé tomber.

Les groupes environnementaux, dont Équiterre, une organisation cofondée par M. Guilbeault, ont fustigé la décision du gouvernement Trudeau de donner une tribune au secteur pétrolier et gazier. Selon eux, cela revient à cautionner un discours d’« écoblanchiment ».

Le ministre de l’Environnement et du Changement climatique n’est toutefois pas de cet avis. « Je pense que dans une société démocratique, c’est tout à fait légitime que les différentes voix soient entendues. C’est tout aussi démocratique qu’on puisse entendre celle des écologistes qui ne sont pas d’accord avec le point de vue exprimé par le groupe qui s’exprimera demain », a-t-il fait valoir, en référence à l’événement qui se tient vendredi et qui s’intitule « Collaborer afin de trouver des solutions pour les sables bitumineux ».

L’industrie pétrolière et gazière canadienne est le poids lourd du bilan climatique du pays. Ce secteur a produit l’équivalent de 179 millions de tonnes de GES en une seule année, soit 27 % du bilan canadien, selon les plus récentes données disponibles auprès du gouvernement fédéral (2020).

Les émissions de GES liées à l’utilisation du pétrole, du gaz naturel et du charbon exportés du Canada ont totalisé plus de quatre milliards de tonnes entre 2016 et 2020, selon une estimation du ministère fédéral de l’Environnement. Le poids de ces émissions issues de la combustion des énergies fossiles est tel qu’il a dépassé, chaque année, la totalité du bilan national canadien des GES. Ces émissions ne sont toutefois pas prises en compte dans les données du fédéral.

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