L’industrie des énergies fossiles canadienne participera à trois événements à la COP27

Entre 1990 et 2020, les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie des sables bitumineux ont augmenté de 437 % au Canada.
Dan Barnes Getty Images Entre 1990 et 2020, les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie des sables bitumineux ont augmenté de 437 % au Canada.

Le calendrier des événements qui se tiennent au pavillon du Canada à la présente conférence climatique de l’ONU (COP27) compte trois rendez-vous impliquant des représentants de l’industrie des énergies fossiles. Une situation que déplorent les groupes environnementaux en raison du rôle de premier plan que joue cette industrie dans les dérèglements du climat mondial.

Le Devoir expliquait mercredi que le gouvernement Trudeau avait invité l’industrie des sables bitumineux à tenir un événement vendredi au pavillon du Canada à la COP27. Dans le cadre d’une journée thématique consacrée à la « décarbonisation », six pétrolières représentant 95 % de la production canadienne organisent ainsi un panel qui s’intitule Collaborer afin de trouver des solutions pour les sables bitumineux.

L’activité servira directement à vanter les efforts sur le plan climatique de ces entreprises, qui exploitent l’un des pétroles les plus polluants de la planète. Celles-ci estiment qu’elles seront en mesure d’« atteindre la carboneutralité » d’ici 2050.

Bitume

Le programme des activités du pavillon du Canada à cette conférence consacrée aux négociations climatiques comprend aussi deux autres événements qui impliquent des acteurs de l’industrie pétrolière et gazière.

Jeudi, dans le cadre d’une journée thématique sur les « sciences et la jeunesse », une table ronde intitulée Les ressources énergétiques au-delà de la combustion est à l’horaire. Elle est organisée par le ministère fédéral des Ressources naturelles.

« Cet événement permettra de mettre en valeur le savoir-faire canadien en matière de diversification de la chaîne de valeur du pétrole et du gaz en vue d’un avenir carboneutre, alors que la demande de pétrole et de gaz dans l’économie circulaire mondiale passe des combustibles à des sources d’énergie non émettrices », précise le libellé de l’événement.

Une présentation du projet « Bitume au-delà de la combustion », d’Alberta Innovates, est prévue. Cette organisation comprend des membres de l’industrie pétrolière et gazière, et le projet qui sera présenté à la COP27 a été conçu pour évaluer le « potentiel » d’utilisation du pétrole des sables bitumineux dans des produits qui ne sont pas liés directement à la « combustion » de ce pétrole.

Parmi les « conférenciers », on compte un représentant d’Alberta Innovates, un représentant de l’entreprise américaine Dow, un représentant de Ressources naturelles Canada et un autre d’ATCO. Cette dernière entreprise est une partenaire de la pétrolière Suncor, active dans l’exploitation des sables bitumineux, dans le cadre d’un projet de production d’hydrogène « bleu » à partir d’énergies fossiles.

Cet hydrogène découlant de l’utilisation d’énergies fossiles pourrait être utilisé dans une raffinerie albertaine de Suncor ou encore être injecté dans le réseau gazier. Selon les deux entreprises, un tel projet s’inscrit dans l’objectif d’atteindre la « carboneutralité » d’ici 2050.

Méthane

Par ailleurs, le 15 novembre, une « séance » organisée par le gouvernement albertain s’intitule Partenariats entre les gouvernements, l’industrie et les ONG pour réduire les émissions de méthane. Ce puissant GES est émis lors de la production de pétrole et de gaz naturel, et notamment par l’exploitation de gaz grâce à la fracturation (gaz de schiste et gaz de réservoirs étanches).

« Les participants à la discussion représentant les gouvernements provinciaux et fédéraux, ainsi que des entreprises et des ONG du Canada, donneront un aperçu de leurs approches collaboratives historiques et actuelles et de leurs succès en matière de réduction des émissions de méthane dans les secteurs du pétrole et du gaz, de l’agriculture et des déchets/eaux usées », précise la description de l’événement.

Parmi les participants, on compte une représentante de Cenovus Energy, une entreprise active dans l’exploitation du pétrole des sables bitumineux.

Écoblanchiment

Pour le responsable de la campagne climat de Greenpeace Canada, Patrick Bonin, inviter des représentants de l’industrie des énergies fossiles participe du discours d’« écoblanchiment » des entreprises du secteur.

« S’il était sérieux face à la crise climatique, le Canada, au lieu de dérouler le tapis rouge aux pétrolières et de leur tendre le micro, cesserait immédiatement de leur verser des milliards en subventions, leur imposerait une surtaxe sur leurs superprofits et fixerait des cibles de réduction de leurs émissions de GES beaucoup plus contraignantes que ce qu’il propose en ce moment », fait-il valoir.

« Le Canada fait un véritable pied de nez aux millions de personnes qui se battent pour faire entendre leurs voix alors qu’elles sont frappées par des événements climatiques extrêmes dont l’industrie pétrolière est en grande partie responsable », ajoute M. Bonin.

« Ce qui se passe au pavillon du Canada est symbolique de la situation du pays en matière de politiques climatiques », a commenté Caroline Brouillette, directrice des politiques nationales au Réseau action climat Canada, qui se trouve présentement à la COP27, en Égypte. «Dans les deux cas, une diversité de secteurs de la société qui travaille pour faire avancer les choses voit ses efforts sabotés par la tromperie de l’industrie pétrolière et gazière. Et dans les deux cas, le gouvernement du Canada peut et doit mettre un frein aux tactiques déloyales de cette industrie en cessant de lui offrir de la visibilité et en la réglementant.»

Au cabinet du ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Steven Guilbeault, on estime au contraire que les représentants de l’industrie pétrolière ont leur place dans les discussions qui ont lieu à la COP27. « Nous devons collaborer pour réduire nos émissions. Sans la pleine participation de toutes les industries, nous n’y arriverons pas. Nous devons tous faire notre part », souligne-t-on dans une réponse écrite.

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