Une place publique montréalaise sert d’éponge lors de fortes averses

La place des Fleurs-de-Macadam peut contenir des dizaines de mètres cubes d’eau quand les égouts sont pleins.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir La place des Fleurs-de-Macadam peut contenir des dizaines de mètres cubes d’eau quand les égouts sont pleins.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 8 novembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

La pluie n’a qu’à bien se tenir ! La place des Fleurs-de-Macadam, sur Le Plateau-Mont-Royal, a été aspergée l’été dernier de deux averses particulièrement abondantes, l’une en juin, l’autre en septembre. Elle a maintenant fait l’objet d’un test contrôlé d’inondation qui donne aux autorités municipales de précieux détails sur son potentiel pour éponger les pluies diluviennes.

Jeudi 3 novembre, 14 h. Des tuyaux de pompier crachent de l’eau sur la place publique. Les cols bleus simulent une pluie de 50 mm qui tombe en trois heures. Des flâneurs se prélassent sur les bancs de parc, alors que la flaque d’eau fait tache d’huile à leurs pieds. Le liquide s’écoule vers les côtés, où il emplit une légère dépression dans le sol. À mesure que l’eau monte, les copeaux de bois se soulèvent et dansent.

« On mesure le niveau de l’eau, tant sur la place publique que dans le jardin de pluie tout autour. Puis, on verra combien de temps s’écoule avant que l’eau soit complètement absorbée », explique Marie Dugué, cheffe de l’équipe des infrastructures vertes au Service de l’eau de la Ville de Montréal, en marge de l’étang temporaire.

Des débitmètres relèvent le volume d’eau injecté sur la place inondable. Jusqu’à 120 mètres cubes d’eau peuvent normalement se loger dans ce réservoir naturel constitué de pierres, de plantes et d’arbres. Après une forte averse, l’eau s’infiltre dans le sol et chemine tranquillement vers la nappe phréatique. Autrement dit, ce « jardin de pluie » réduit le volume d’eau qui aboutit dans l’égout. Ce faisant, il protège les infrastructures environnantes des inondations inopinées.

En cette belle journée d’automne, une partie de l’eau envahissant la place publique provient d’un tuyau déposé sur la rue Mentana. En raison de la topographie locale, le liquide coule vers le parc inondable. Des abaissements dans la bordure de béton permettent à l’eau d’entrer sur le site. Ces aménagements n’ont rien de bien sophistiqué, mais seront d’une grande importance pour adapter la ville aux changements climatiques.

« Avant, le paradigme dominant, c’était toujours d’évacuer l’eau le plus rapidement possible, pour qu’on ne la voie pas », souligne Rémi Haf, un conseiller en planification au Service de l’eau de la Ville de Montréal. Désormais, les architectes du paysage intègrent le cycle de l’eau à leurs concepts. Ils peuvent « lâcher leur fou », souligne M. Haf, qui a joué un rôle crucial dans l’avènement des jardins de pluie dans la métropole.

Par ailleurs, bâtir une place inondable ne coûte pas plus cher que de bâtir une place publique traditionnelle, indique-t-il. « Il y a souvent moins d’ouvrage d’ingénierie souterraine quand on fait un jardin de pluie. » Nul besoin de puisards qui évacuent l’eau vers les égouts. En outre, les parcs résilients réduisent la nécessité de construire des réservoirs souterrains de rétention des eaux de pluie, dont la construction est très onéreuse.

En plus de la place Fleurs-de-Macadam — nommée en l’honneur de l’auteur de la chanson du même nom, Jean-Pierre Ferland, dont le père tenait un garage à cet endroit au siècle dernier —, la Ville de Montréal compte trois autres « parcs résilients » qui épongent l’eau de pluie.

Plusieurs autres projets sont en branle, notamment celui du parc Irma-LeVasseur, dans Outremont, qui pourra stocker 3000 mètres cubes en surface, soit l’équivalent d’une piscine olympique. En tout, 9000 mètres cubes s’ajouteront à la capacité municipale d’ici avril 2025.

À court terme, la Ville crée des espaces inondables par « opportunisme », en fonction des projets de parc des arrondissements, explique Mme Dugué. « À moyen terme, on regarde le plan directeur des espaces verts des arrondissements, pour les aider à prioriser quels parcs faire en premier en fonction des enjeux d’inondation », poursuit-elle. L’adaptation aux changements climatiques deviendra donc la norme, et pas l’exception.

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