Des changements climatiques qui coûtent cher au Canada

À Lytton, un village devenu un symbole de la crise climatique, la température frôla les 50 °C, avant que la municipalité ne soit carrément rasée par les flammes.
Darryl Dyck La Presse canadienne À Lytton, un village devenu un symbole de la crise climatique, la température frôla les 50 °C, avant que la municipalité ne soit carrément rasée par les flammes.

L’économie canadienne fait déjà les frais des changements climatiques, prévient une autre étude, cette fois du directeur parlementaire du budget (DPB) à Ottawa, Yves Giroux. Mais si la tendance se maintient, la facture sera au moins huit fois plus salée d’ici la fin du siècle.

L’an dernier, la température moyenne au Canada avait augmenté de presque 1 degré Celsius (0,9 °C) par rapport aux normales observées de 1961 à 1990, alors que les précipitations étaient 2,5 % plus élevées, a rapporté mardi le DPB dans une analyse d’une quarantaine de pages. L’impact de ces changements sur la production agricole, la productivité économique, la santé humaine, les infrastructures, l’utilisation de l’énergie ou encore les activités dépendantes du climat s’est traduit par une diminution de 0,8 % du produit intérieur brut (PIB), c’est-à-dire la perte de l’équivalent d’un peu moins de 20 milliards de dollars.

Même si tous les gouvernements de la planète devaient tenir les promesses qu’ils ont faites jusqu’à présent en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES), la température moyenne au Canada augmenterait de 0,7 °C d’ici 2050 et de près du double d’ici la fin du siècle. Plutôt qu’une diminution de 0,8 % du PIB, l’économie canadienne accuserait alors un recul de 2,4 % en 2050 et de 5,8 % en 2100.

Les conséquences économiques s’annoncent pires encore si l’on ne se fie pas aux promesses des pays et que l’on ne tient compte que de leurs mesures de réduction des GES véritablement mises en place ou en voie de l’être. Dans ce cas, la température moyenne au Canada augmenterait encore de 2,3 °C d’ici la fin du siècle, et les pertes économiques seraient au moins huit fois plus élevées (6,6 %) que ce qu’elles sont déjà.

Ces estimations restent incomplètes, met en garde le DPB, parce qu’elles ne tiennent pas entièrement compte de plusieurs facteurs aggravants. Les coûts de transition liés au passage à une économie à plus faibles émissions de carbone n’y ont pas été estimés, par exemple, pas plus que les répercussions plus graves que pourraient avoir les changements climatiques sur l’économie mondiale, les dommages infligés par l’augmentation des événements météorologiques extrêmes ou le réchauffement climatique, qui sera beaucoup plus prononcé dans l’Arctique canadien.

Et puis, le bouleversement du climat n’aura pas uniquement des effets économiques, bien sûr, poursuit le DPB. Il aura aussi notamment « de nombreux effets sur la santé, le bien-être, la nature et les écosystèmes ».

Réduction et adaptation

L’analyse du DPB arrive au moment même où commence la conférence climatique des Nations unies (COP27) à Charm el-Cheikh, en Égypte. « Alors que l’incidence sur le PIB du Canada découle des émissions mondiales de GES, les émissions canadiennes ne sont pas suffisamment importantes pour influer sur les changements climatiques, a observé le DPB dans son rapport. En conséquence, le principal moyen dont dispose le Canada pour limiter les coûts économiques du changement climatique est de participer à un régime de réduction des émissions coordonné à l’échelle mondiale. »

Le Canada dispose d’une autre façon de réduire les dommages infligés par les bouleversements du climat, qui ne dépend, cette fois, que de lui, avait fait valoir plus tôt cet automne l’Institut climatique du Canada (ICC) dans une autre étude sur leurs impacts économiques. Il s’agit d’accélérer ses efforts non seulement en matière de réduction des GES, mais aussi d’adaptation à la nouvelle réalité climatique.

L’ICC estimait que la moitié des retombées de la croissance économique irait bientôt à la réparation des dégâts causés par les changements climatiques et que la situation se dégraderait rapidement ensuite, à moins que l’on mène de front ces deux objectifs de réduction et d’adaptation.

Pris isolément, ils auraient chacun le pouvoir de réduire de 50 % le coût économique des changements climatiques, mais menés parallèlement, ils pourraient faire fondre la facture de 75 %, y rapportait-on. À elles seules, les mesures d’adaptation auraient ainsi la capacité de transformer 1 dollar d’investissement en 5 dollars de réduction du coût des dommages directs, en plus de rapporter encore 10 dollars de retombées plus larges sur l’économie tout entière, pour un gain total de 15 dollars.



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