Négocier pour le climat…chez les dictateurs

Des manifestants se rassemblent devant l’Assemblée nationale, à Paris, lors d’une visite du président égyptien en 2020.
Photo: Michel Euler Associated Press Des manifestants se rassemblent devant l’Assemblée nationale, à Paris, lors d’une visite du président égyptien en 2020.

Depuis plusieurs mois, le malaise est palpable, et pour cause. La COP27 se tient en Égypte, un pays marqué par une forte répression des voix dissidentes et piloté par un régime autoritaire que dirige un militaire de carrière. Selon Human Rights Watch, l’État réprime notamment les citoyens qui militent pour la protection de l’environnement.

Les conférences climatiques de l’ONU sont habituellement le théâtre de nombreuses manifestations de groupes environnementaux, qui se mobilisent dans les rues des villes hôtes pour dénoncer ouvertement le manque d’ambition des pays dans leur lutte contre les dérèglements du climat.

Ce genre d’événement n’aura pas lieu à Charm el-Cheikh, en Égypte, où se tiendra la COP27 au cours des deux prochaines semaines. Les manifestations étant interdites dans le pays, les autorités ont plutôt prévu que les organisations de la société civile pourront s’exprimer, mais dans des lieux désignés à cet effet.

« L’espace pour la société civile cette année est extrêmement limité », a d’ailleurs dénoncé la semaine dernière la militante suédoise Greta Thunberg, après avoir exprimé sa solidarité avec « les prisonniers de conscience » égyptiens. Selon une évaluation produite par différentes organisations non gouvernementales, on compterait plus de 60 000 prisonniers d’opinion dans le pays.

Le mouvement écologiste est aussi ciblé par le régime, selon Human Rights Watch. « Le gouvernement égyptien impose arbitrairement des obstacles en matière de financement, de recherche et d’enregistrement, qui ont affaibli les groupes environnementaux locaux, forçant certains militants à s’exiler et d’autres à s’écarter de travaux importants », selon son directeur de l’environnement, Richard Pearhouse.

Des experts en droit de la personne des Nations unies ont aussi critiqué ouvertement les restrictions imposées aux organisations de la société civile, dans le contexte de la COP27.

 

Mais cela n’a pas empêché le régime du président Abdel Fattah al-Sissi de se lancer dans un nouvel élan pour étouffer la dissidence, avant la tenue de cet événement climatique très attendu. Interrogatoires préventifs par la justice militaire, téléphones fouillés ou cafés fermés, la police égyptienne a multiplié, selon les défenseurs des droits de la personne, les mesures de répression face à un mystérieux appel à manifester en pleine COP27.



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