Vos déchets sont mal triés? Payez!

Selon un bilan, en 2021, sur l’ensemble des matières enfouies issues du secteur résidentiel en Gaspésie, seulement 21 % étaient de vrais déchets.
Jacques Nadeau Archives Le Devoir Selon un bilan, en 2021, sur l’ensemble des matières enfouies issues du secteur résidentiel en Gaspésie, seulement 21 % étaient de vrais déchets.

À la poubelle, les mauvaises habitudes ! Pour inciter leur population à trier correctement leurs ordures, des régions commencent à imposer des amendes aux contrevenants. Une mesure appelée à s’étendre alors que les coûts environnementaux et financiers du mauvais triage augmentent d’année en année.

« Depuis deux ans, nous avons documenté, sensibilisé, fait des tournées pour informer… mais il arrive un moment où tu atteins le bout de la démarche », explique Nathalie Drapeau, la directrice générale de la Régie intermunicipale de traitement des matières résiduelles de la Gaspésie. Celle-ci entend désormais imposer des amendes aux gens de Gaspé qui s’entêtent à mal trier leurs ordures.

Ce pouvoir, que la régie pouvait déjà exercer dans la MRC du Rocher-Percé, s’étend donc désormais à la ville la plus populeuse du territoire gaspésien. « Quand ça fait cinq ou six fois que tu répètes la même chose et qu’il n’y a aucun changement, indique Mme Drapeau, il est temps de penser à imposer des sanctions. »

Une escouade d’agents verts inspectera le contenu des bacs pour s’assurer du bon triage des matières résiduelles. En cas d’infraction, les contrevenants se verront remettre de simples billets de courtoisie. Si, après quelques rappels, la personne ou l’établissement continue de mal trier ses matières résiduelles, la régie entend appliquer des sanctions financières.

Celles-ci varieront, pour les particuliers, entre 250 $ et 300 $ pour une première infraction. En cas de récidive, le montant double, passant entre 500 $ et 600 $, plus les frais. Les amendes s’avèrent plus salées pour les commerces, les établissements et les industries. La première offense, pour eux, coûtera entre 500 $ et 600 $; la deuxième, entre 1000 $ et 1200 $, plus les frais.

La délinquance en matière de triage représente un réel problème, particulièrement dans les régions éloignées, où les coûts de transport et d’enfouissement font vite gonfler la facture. « Ça peut atteindre 140 $, voire 145 $ d’enfouir une tonne », précise Mme Drapeau. Pendant ce temps, vendre une tonne de carton ou de métal permet non seulement d’éviter les frais d’enfouissement, mais aussi de gagner jusqu’à 200 $.

Des couches au recyclage

 

La régie constate, dans son bilan 2021, que sur l’ensemble des matières enfouies issues du secteur résidentiel, seulement 21 % étaient de vrais déchets. C’est donc dire que sur plus de 7600 tonnes métriques de matières jetées par les résidences de Gaspé et de la MRC de Rocher-Percé, environ 6000 tonnes auraient dû se retrouver au recyclage, au compost ou à l’écocentre.

Dans son rapport, la régie note aussi que la moitié des résidences de son territoire n’a jamais sorti le bac brun réservé au compost en 2021. Dans ses bacs bleus de recyclage, elle a retrouvé 12 % de contaminants — soit, au total, 560 tonnes de matières interdites. Il n’est pas rare, souligne Nathalie Drapeau, de trouver, pêle-mêle avec le carton, le verre et le plastique, des couches de bébé, de la nourriture, des vêtements, voire des « transmissions de char ».

Quant aux matériaux de construction, 20 % finissaient au dépotoir, même s’il était encore possible de les valoriser.

Un précédent au Témiscamingue

 

La MRC de Témiscamingue a elle aussi décidé d’imposer des sanctions financières aux contrevenants. Depuis le début de l’été, elle a le pouvoir de remettre des amendes en cas de mauvais triage des déchets.

« Je vois un parallèle avec ce que nous faisons en sécurité routière, explique la préfète Claire Bolduc. C’est un travail constant, nous ne pouvons pas dire que parce que nous avons fait de la sensibilisation une fois, tout le monde le sait. Dès que tu relâches, il y a de mauvaises habitudes qui reprennent le dessus. »

La MRC consacre 3,2 millions de dollars à la gestion de ses matières résiduelles, sur un budget qui en compte 12. Les frais de transport des déchets jusqu’au site d’enfouissement de Rouyn, à plus de 100 km de Ville-Marie, la municipalité la plus populeuse de la MRC, s’avèrent « énormes ».

« Le coût comme tel, oui, c’est agaçant, concède la préfète, mais c’est vraiment la perte globale qui est dérangeante. Moi, j’ai 64 ans, j’en ai plus derrière moi qu’en avant. Mais pour ceux qui vont nous suivre, tous ces petits éléments vont finir par faire un tout important, à un moment donné. C’est notre environnement à tout le monde. »

Amendes symboliques

 

La MRC de Témiscamingue a décidé d’imposer des amendes symboliques pouvant atteindre 50 $ en cas de première offense, 100 $ en cas de récidive et 150 $ en cas de troisième infraction.

La sanction demeurera l’outil pour forcer la main de ceux et de celles « qui ne veulent pas comprendre et qui ne comprendront jamais », ajoute Mme Bolduc. Pour les autres, la MRC mise plutôt sur l’accompagnement pour encourager les bonnes habitudes.

Nathalie Drapeau mise d’abord et avant tout sur la sensibilisation, particulièrement auprès des vacanciers, qui font augmenter de 32 %, en seulement cinq mois, le volume de matières résiduelles dans la MRC de Rocher-Percé. Elle croit aussi que les gouvernements pourraient en faire davantage pour faciliter le tri citoyen.

« Nous n’avons pas été assez brillants, au Québec, pour adopter les mêmes couleurs de bac partout. Dans les Bois-Francs, un citoyen a un bac vert pour les recyclables, mais quand il arrive en Gaspésie, le bac vert sert aux vidanges, déplore-t-elle. De plus, l’affichage pourrait être simplifié. À un moment donné, quand tu as 32 sortes de plastique différentes, c’est aussi normal que les gens se sentent un peu perdus. »

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