Un premier portrait de la qualité de l’air dans Limoilou repoussé à 2023

Les données récoltées s’ajouteront à celles recueillies par les capteurs de particules fines de Limoil’Air, une initiative citoyenne mise en place pour pallier l’inaction des autorités dans le dossier de la qualité de l’air du quartier Limoilou.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les données récoltées s’ajouteront à celles recueillies par les capteurs de particules fines de Limoil’Air, une initiative citoyenne mise en place pour pallier l’inaction des autorités dans le dossier de la qualité de l’air du quartier Limoilou.

La Ville de Québec annonçait le 2 juin sa volonté de mesurer la qualité de l’air dans Limoilou et elle tient promesse : huit stations d’échantillonnage sont à l’oeuvre depuis le 14 octobre. Toutefois, l’administration municipale accuse du retard sur son échéancier, puisque les premiers résultats, promis cette année, ne deviendront publics qu’en 2023.

L’objectif demeure le même, c’est le calendrier qui change. « La volonté, c’est d’avoir des données pour mesurer la qualité de l’air […] d’identifier les sources [de pollution] et de travailler à améliorer la qualité de l’air là où les sources viennent [le] contaminer », rappelle le maire Bruno Marchand.

Huit stations d’échantillonnage mesureront jusqu’au 9 décembre la concentration de 30 métaux, dont le nickel, dans les particules fines en suspension qui flottent à Limoilou. Ce quartier accueille l’incinérateur, le port, le centre de biométhanisation et plusieurs bretelles d’autoroute — ainsi qu’une des populations les plus denses de la capitale.

« Je suis bien conscient — on est tous conscients — que la qualité de l’air dans Limoilou est une préoccupation importante, a indiqué le président-directeur général du Port de Québec, Mario Girard. Il reste des réponses à fournir et des gestes à poser. »

La population de la basse-ville devra toutefois attendre quelques mois de plus que prévu avant d’avoir un premier portrait de l’air qu’elle respire. Les analyses, que l’administration municipale promettait « d’ici la fin de l’année », deviendront plutôt publiques « fin mars, début avril ».

« Nous avons deux entités capables de produire des résultats en trois semaines, et une troisième qui prend plus de temps, explique le maire Marchand. Plutôt que de vous soumettre un rapport incomplet, nous préférons attendre. Je pense que c’est la bonne décision. »

Une répétition générale

 

Pour mener à bien sa campagne d’échantillonnage, la Ville, le Port et le ministère de l’Environnement ont déployé sept stations qui s’additionnent à celle, unique, qui mesurait la qualité de l’air auparavant. Québec, selon une estimation du directeur de la prévention et du contrôle environnemental à la Ville, Matthieu Alibert, a investi 100 000 $ pour la mise en place de ses trois stations.

Les données récoltées s’ajouteront à celles recueillies par les capteurs de particules fines de Limoil’Air, une initiative citoyenne mise en place pour pallier l’inaction des autorités dans le dossier de la qualité de l’air du quartier. La Ville promet aussi d’ajouter 14 stations sur ses bâtiments municipaux. Pour l’instant, seulement cinq sont en place.

Cette première campagne d’échantillonnage sert de répétition générale avant la mesure de la qualité de l’air sur l’ensemble du territoire de Québec. La Ville, maintient M. Alibert, veut, à terme, faire des analyses au cours de chaque saison et dans tous les quartiers de la capitale.

La bonne foi du Port mise en doute

 

Le Port de Québec affiche une bonne conscience nouvelle depuis qu’une forte mobilisation citoyenne a mené la fronde contre Laurentia, son ambitieux projet d’agrandissement finalement rejeté, l’an dernier, par Ottawa.

Depuis, l’administration portuaire multiplie les initiatives environnementales et communautaires. Elle a autorisé la baignade dans le bassin Louise, crée des trames vertes, se dit prête à collaborer pleinement avec la Ville pour mesurer et améliorer la qualité de l’air de Limoilou.

« Il y a une collaboration totale, il n’y a pas d’hésitation du tout, c’est important d’être au rendez-vous », soutient le p.-d.g. Mario Girard. La première période d’échantillonnage choisie, qui s’étale d’octobre à décembre, en est une d’« activité assez intense » sur le plan portuaire, dit-il, « où il y aura du transbordement de nickel ». L’information revêt son importance dans Limoilou, puisque le gouvernement a récemment quintuplé la quantité de nickel autorisée dans l’air.

Certains, toutefois, continuent de douter de la bonne foi du Port de Québec. C’est notamment le cas de Jackie Smith, conseillère de Limoilou et cheffe du parti écologiste Transition Québec. « C’est un show de boucane que le Port fait depuis 10 ans, déplore l’élue. Considérant l’historique du Port de Québec, nous ne pouvons pas lui faire confiance et [nous] attendre à ce qu’il nous apporte un véritable portrait de la situation. »

Selon elle, l’administration portuaire doit rendre disponibles en temps réel les données captées par ses stations d’échantillonnage, notamment celles qui se trouvent sur son territoire.

Mario Girard se défend de vouloir cacher quelque renseignement que ce soit. Un comité sur la qualité de l’air dans Limoilou mis en place par le ministère de l’Environnement juge ces données accessoires, maintient-il. « Le comité a jugé que ce n’était pas nécessaire, dit-il. Si le comité juge qu’elles sont utiles, nous serons là. »
 



Une version précédente de ce texte a été modifiée pour y ajouter une précision: il est bien question des capteurs de particules fines de Limoil’Air.

 

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