Silence quant aux rivières sur lesquelles pourraient se dresser des barrages

La rivière Magpie avait déjà été citée dans un «plan stratégique» d’Hydro-Québec pour un futur barrage, mais des Innus et des élus de la Côte-Nord s’opposent à tout projet sur celle-ci.
Photo: Association Eaux-Vives Minganie La rivière Magpie avait déjà été citée dans un «plan stratégique» d’Hydro-Québec pour un futur barrage, mais des Innus et des élus de la Côte-Nord s’opposent à tout projet sur celle-ci.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 25 octobre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Le premier ministre François Legault a promis durant la campagne électorale de mener à bien « le plus grand chantier écologique de l’histoire du Québec » en lançant la construction de nouveaux barrages hydroélectriques. Quelles pourraient être les rivières ciblées ? Impossible de le savoir. Dans une réponse à une demande d’accès à l’information formulée par Le Devoir, Hydro-Québec affirme que ces données sont de nature « confidentielle ».

Afin de répondre à la demande d’entreprises qui choisiraient le Québec en raison de son « énergie propre » et aux impératifs de la transition énergétique, dont l’électrification des transports, M. Legault a insisté en campagne sur la nécessité d’augmenter la production d’hydroélectricité au cours des prochaines années.

Dans la plus récente version de son plan stratégique, Hydro-Québec estime d’ailleurs qu’il faudra ajouter environ 100 térawattheures (TWh) de nouvelles énergies au Québec d’ici 2050 pour atteindre les objectifs de carboneutralité. « C’est plus de la moitié de notre capacité de production annuelle », souligne le plan 2022-2026 de la société d’État.

Pour augmenter la production, on mise d’abord sur une hausse de la production éolienne, mais la porte n’est pas fermée à de nouveaux projets de barrages. Au moment de l’annonce de la promesse caquiste, Hydro-Québec avait d’ailleurs indiqué au Devoir qu’elle avait « réalisé dans le passé des évaluations afin de documenter le potentiel hydroélectrique à différents endroits au Québec », mais sans donner plus de précisions.

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Ce texte est publié via notre Pôle environnement.

Le plus récent plan stratégique est aussi avare de détails. Le mot « barrage » y apparaît une seule fois, mais le document précise la volonté de « mettre à jour l’évaluation du potentiel hydroélectrique résiduel du Québec » et évoque « l’aménagement de nouveaux ouvrages ».

Auparavant, soit dans le plan stratégique 2009-2013, on mentionnait clairement un « portefeuille de projets » hydroélectriques potentiels. « Pour la plupart de ces projets, des études techniques et environnementales seront menées, ainsi que des discussions avec les collectivités et les communautés autochtones concernées. Les calendriers de réalisation tiendront compte des conditions du marché de l’électricité, tant au Québec que dans les provinces et les États voisins », peut-on lire dans le document.

Les rivières Magpie et du Petit Mécatina étaient mentionnées pour le développement des plus gros projets. Mais, depuis, des Innus et des élus de la Côte-Nord ont manifesté leur rejet de tout projet dans les années à venir sur la rivière Magpie.

Refus

 

Le Devoir a donc fait parvenir à la société d’État une demande d’information en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. Cette demande concernait le ou les documents « produits par Hydro-Québec ou un [sous-traitant] concernant les rivières ayant un potentiel de développement hydroélectrique au Québec pour la période 2012-2022 ».

« Nous ne pouvons vous communiquer les documents demandés, car ils contiennent des renseignements de nature technique et commerciale que nous traitons de façon confidentielle », a répondu Hydro-Québec, en évoquant quatre articles de la loi pour justifier son refus.

Nous avons aussi demandé une copie « des échanges de courriels de 2018 à 2022 entre Hydro-Québec, le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, ou le cabinet du ministre, au sujet de la possibilité de construire un ou des nouveaux barrages au Québec ». La société d’État a indiqué n’avoir eu aucun échange de courriels à ce sujet.

Est-ce qu’Hydro-Québec est en mesure de préciser quelles rivières ont été analysées et lesquelles auraient un potentiel pour un projet de grand barrage ? « Il est beaucoup trop tôt pour annoncer sur quelle rivière, ou même dans quelle région, cet éventuel prochain projet se réalisera ! Présentement, nous sommes à mettre à jour nos études sur les rivières qui ont un potentiel hydroélectrique significatif », a indiqué lundi le service des communications.

Hydro-Québec a précisé que, pour faire face à la demande croissante, elle compte « intensifier » les efforts « en efficacité énergétique », « augmenter la production éolienne » et la puissance des « centrales existantes », mais aussi « évaluer les sites qui présentent le meilleur potentiel de développement de capacité hydroélectrique ».

Tout nouveau projet de barrage hydroélectrique au Québec risque de provoquer un bras de fer entre le fédéral et le provincial, révélait Le Devoir en septembre. Un tel ouvrage serait en effet soumis à une évaluation environnementale fédérale, et ce, malgré le processus québécois d’analyse des impacts.



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