Hydro-Québec a détruit un habitat essentiel de la rainette faux-grillon

La rainette faux-grillon a déjà perdu plus de 90% de son habitat au Québec, principalement en raison de l’étalement urbain.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir La rainette faux-grillon a déjà perdu plus de 90% de son habitat au Québec, principalement en raison de l’étalement urbain.

Hydro-Québec a enfreint la Loi sur les espèces en péril en menant des travaux directement dans l’habitat essentiel de la rainette faux-grillon, une espèce menacée et protégée par la législation fédérale. La société d’État a été condamnée à payer une amende de 40 000 $.

Selon ce qu’on peut lire dans un communiqué publié mardi par Environnement et Changement climatique Canada, Hydro-Québec a récemment « plaidé coupable à un chef d’accusation pour avoir enfreint les interdictions prévues au Décret d’urgence visant la protection de la rainette faux-grillon de l’Ouest ».

Cela signifie que la société d’État a contrevenu à la Loi sur les espèces en péril, qui protège l’habitat du batracien. Celle-ci interdit en effet de tuer une espèce sauvage inscrite comme espèce menacée, de lui nuire, ainsi que d’endommager ou de détruire son habitat.

En mars dernier, des agents du ministère fédéral de l’Environnement ont remarqué la présence d’équipements lourds dans une zone faisant partie de l’habitat protégé de l’espèce, à La Prairie. « L’enquête a permis de déterminer qu’Hydro-Québec était responsable des travaux qui ont causé des dommages visibles sur une zone estimée à plus de 3955 m2 », précise le communiqué du fédéral.

Ottawa avait déjà adopté en 2016 un décret d’urgence afin de stopper un projet immobilier qui empiétait sur l’habitat de ce batracien en déclin. La mesure touche les municipalités de La Prairie, de Candiac et de Saint-Philippe, près de Montréal.

À l’automne 2021, le fédéral a de nouveau décidé d’intervenir afin de mettre fin à un projet routier ayant détruit en bonne partie l’un des derniers habitats de la rainette à Longueuil. Le projet avait été approuvé par le ministère de l’Environnement du Québec, et ce, malgré un avis scientifique du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs qui avait mis en lumière les risques pour l’espèce.

Plus de 90 % de l’habitat québécois de la rainette faux-grillon a été détruit dans les dernières décennies, principalement en raison de l’étalement urbain. Dans un bilan des « menaces » daté de mars 2021, les experts du gouvernement du Québec tiraient d’ailleurs la sonnette d’alarme en soulignant que moins de 25 % des populations présentes au Québec seront en mesure de survivre, à moins qu’un frein soit mis aux menaces grandissantes.

« Par conséquent, les actions de conservation prévues pour [leur] rétablissement doivent minimalement permettre de protéger et de restaurer » les sites de reproduction, comme ceux qui ont été détruits à Longueuil.

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