Les élus à Québec ouverts à suivre une formation sur la crise climatique

De nombreux Québécois, notamment chez les plus jeunes générations, réclament davantage d’ambition climatique de la part des élus. Ils étaient d’ailleurs plusieurs milliers à marcher à Montréal, le 23 septembre dernier.
Jacques Nadeau Le Devoir De nombreux Québécois, notamment chez les plus jeunes générations, réclament davantage d’ambition climatique de la part des élus. Ils étaient d’ailleurs plusieurs milliers à marcher à Montréal, le 23 septembre dernier.

Les partis politiques provinciaux sont ouverts à la tenue d’une formation pour les députés portant précisément sur la crise climatique et ses impacts au Québec, a constaté Le Devoir. Mais pour le moment, impossible de savoir si celle-ci serait obligatoire pour les 125 élus qui siégeront à l’Assemblée nationale et qui décideront de la réussite ou de l’échec du plan climat de la province.

Les rapports scientifiques portant sur les bouleversements climatiques et leurs impacts sont le plus souvent techniques et arides. Les récents rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) en témoignent. Les versions complètes comptent des milliers de pages, dont la lecture peut s’avérer pour le moins complexe.

Or, une meilleure compréhension des causes et des conséquences de la crise climatique sera essentielle pour les élus qui seront appelés à prendre les décisions qui s’imposent pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec et pour s’adapter aux impacts du réchauffement.

Dans ce contexte, 20 scientifiques québécois ont fait parvenir à la présidence de l’Assemblée nationale une « proposition » de formation portant spécifiquement sur ce dossier pour tous les députés qui siégeront à Québec pour les quatre prochaines années.

« Ça fait partie de notre mandat, comme chercheurs, de communiquer nos constats à la société. Ce serait donc très pertinent de contribuer à la formation des élus, qui vont prendre des décisions qui auront des impacts pour toute la société », explique au Devoir un des signataires de cette correspondance, Alejandro Di Luca, professeur au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, climatologue et contributeur au GIEC. Selon lui, la vulgarisation scientifique serait nécessaire pour mieux orienter les décisions dans le domaine énergétique au Québec au cours des prochaines années, mais aussi en matière de transports et d’adaptation.

« La formation proposée traiterait d’abord des causes et conséquences des changements climatiques, avec un accent particulier sur le Québec. La deuxième partie de la formation aborderait les mesures d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques qui s’offrent à la société québécoise. Conscients que les élus proviennent d’horizons très divers, des efforts très importants seront consentis afin de développer une formation qui puisse être accessible à tous », expliquent d’ailleurs les scientifiques dans une lettre publiée dans Le Devoir.

L’Assemblée nationale dit avoir reçu la proposition formulée par les chercheurs. Il n’est toutefois pas possible de « confirmer » l’organisation de la formation, puisque l’actuel président de l’Assemblée, François Paradis, devra céder sous peu sa place. Il ne peut donc pas s’engager au nom de son successeur. L’Assemblée nationale indique néanmoins que cette idée « s’inscrit effectivement dans les objectifs recherchés » par les activités de formation qui seront offertes au cours des prochains mois aux « nouveaux parlementaires ».

La formation sur la réalité climatique pourrait-elle être obligatoire pour tous les députés ? « Cette décision appartiendra aux parlementaires de la 43e législature. Un des moyens de rendre une formation obligatoire est d’adopter une motion en Chambre », fait valoir la direction des communications, dans une réponse écrite au Devoir.

Les partis sont d’accord

Les quatre partis qui ont fait élire des députés le 3 octobre dernier sont favorables à l’idée d’une formation spécifique sur le climat, mais aucun n’a voulu s’engager formellement à rendre la présence obligatoire.

Le ministre sortant de l’Environnement, Benoit Charette, s’est dit ouvert à l’exercice dans une publication sur Twitter. « Le premier ministre s’est engagé à travailler en collaboration avec les autres partis, notamment sur la question environnementale. Ce sont des discussions qui devront se tenir après la formation du nouveau Conseil des ministres », a ajouté son cabinet, par courriel.

« L’invitation sera partagée avec tous les élus de notre caucus », a fait valoir pour sa part le Parti libéral du Québec. « Nous participerons à la formation », a répondu le Parti québécois. « Nous sommes tout à fait ouverts à ce qu’une formation obligatoire soit donnée aux élus sur les changements climatiques. Il faudra s’asseoir avec tous les partis pour déterminer comment mener cet exercice de la meilleure façon », a ajouté Québec solidaire.

Les quatre partis représentés à Québec avaient d’ailleurs dépêché des représentants lors d’une présentation des plus récents rapports du GIEC organisée en juin dernier au restaurant Le Parlementaire, situé au Parlement. Selon nos informations, environ une trentaine de députés (moins de 25 % des élus) auraient participé à l’événement, mais il n’a pas été possible d’obtenir la liste précise des élus présents auprès de l’Assemblée nationale. « Cette formation s’est déroulée dans le cadre d’une séance privée à l’intention des députés. Cette liste n’étant pas publique, l’Assemblée nationale ne peut répondre à votre question », a-t-on indiqué.

Le directeur général du consortium de recherche climatique Ouranos, Alain Bourque, était un des trois scientifiques ayant offert la séance d’information aux députés en juin. Il dit avoir constaté une grande écoute de la part des élus et il se dit prêt à répéter l’exercice.

L’ex-député péquiste Sylvain Gaudreault, qui avait invité l’Assemblée nationale à tenir cette séance « non partisane », estime que le nouveau Parlement devrait aller plus loin. « Si le premier ministre François Legault veut lancer un signal avec son gouvernement, il devrait mettre en place un caucus climatique transpartisan, pour que tous les députés parlent le même langage lorsqu’il est question de changement climatique », fait-il valoir.

M. Gaudreault souligne qu’il existe déjà, aux États-Unis, un « Climate Solutions Caucus », qui est un caucus regroupant des élus démocrates et républicains. La Chambre des représentants et le Sénat ont chacun un tel caucus.

Le 12 octobre, le gouvernement français a pour sa part annoncé son intention d’offrir une formation portant sur les enjeux de la lutte contre le changement climatique à près de 25 000 cadres supérieurs de la fonction publique d’État, et ce, d’ici à 2024. D’ici à 2025, 41 000 cadres issus des trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière) auront droit à la même formation.

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