Un hôtel climato-sympathique

Laura Martinez
Collaboration spéciale, Unpointcinq.ca
Des toits végétalisés sont situés aux quatrième et cinquième étages de l’immeuble de l'Hôtel du Vieux-Québec.
Photo: Laura Martinez Des toits végétalisés sont situés aux quatrième et cinquième étages de l’immeuble de l'Hôtel du Vieux-Québec.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

Énergies renouvelables, jardins potagers sur les toits, vermicompostières, compensation carbone des déplacements des employés : l’Hôtel du Vieux-Québec fait férocement la lutte aux changements climatiques.

« On a des problèmes. Il faut que tu viennes voir. Un mur est en train de tomber ! » En 2005, ce coup de fil de l’hôtelier Chris Keating à son fils Justin marque le début d’un tournant pour l’Hôtel du Vieux-Québec. Trois ans plus tard, le jeune Torontois, qui travaillait dans le secteur de la construction afin de financer ses études de musique et de philosophie, accepte de déménager avec sa famille dans la capitale québécoise et de reprendre l’établissement familial. Mais à la condition de faire les choses autrement…

Murs bien isolés, fenêtres à double vitrage, deux toitures végétalisées : dès son arrivée, le nouveau directeur adopte progressivement une foule de mesures afin de réduire l’énergie utilisée pour la climatisation ou le chauffage de l’immeuble. « Un gros défi financier, car l’hôtel est un vieux bâtiment », souligne le propriétaire et directeur, Justin Keating, en précisant que la réfection d’un seul mur a coûté un demi-million de dollars.

Les toits végétalisés sont situés aux quatrième et cinquième étages de l’immeuble. Alors qu’il inspecte les plants de tomate, Justin Keating libère le contenu d’un sac transparent d’où s’échappent en douceur des insectes rouges à points noirs. « On n’utilise aucun pesticide, que des coccinelles ! » s’enthousiasme-t-il. Gourmands en pucerons, ces coléoptères remplacent les produits chimiques.

« Ça, c’est tellement le fun, j’adore ça ! » s’exclame Justin en ouvrant l’une des vermicompostières où les vers s’activent à la décomposition des déchets. L’hôtel fabrique son compost en « circuit fermé » : produit à partir des restes de nourriture, l’engrais organique sert à faire pousser les légumes qui sont ensuite utilisés en cuisine. L’établissement est doté de cinq vermicompostières au rez-de-chaussée et de plusieurs bacs à compost traditionnels sur les toits.

Des projets ambitieux

 

L’Hôtel du Vieux-Québec est aussi équipé d’un panneau solaire qui sert à alimenter les éclairages à DEL du quatrième étage. « Initialement, c’était juste pour les lumières de Noël », précise Justin Keating, qui travaille actuellement avec un ingénieur pour installer un chauffe-eau solaire industriel.

« J’aimerais aussi avoir une serre quatre saisons… On a commencé à faire des tests avec des miniserres », raconte Justin Keating, qui aimerait bien continuer à récolter des légumes en automne. Il n’hésite pas non plus à entreprendre des projets d’envergure comme le chauffage de l’eau au biogaz, lancé en 2016. Le système est alimenté par les émanations de méthane récupérées de sites d’enfouissement. « Je n’ai pas d’investisseurs, donc je peux remettre l’argent dans l’hôtel pour réinvestir de ce côté [dans des systèmes verts]. Mais si j’avais de grosses dettes, oublie ça, ce serait impossible. »

L’hôtel emploie des bouteilles en verre, lavées dans une machine spéciale, et des produits de nettoyage naturels qui sont achetés en vrac, limitant ainsi l’utilisation de bouteilles en plastique et de détergents en dosettes et, par conséquent, leur production émettrice de gaz à effet de serre.

« Je vois que les employés sont contents », affirme Justin Keating. Former le personnel et l’impliquer dans les démarches visant à diminuer le plus possible l’empreinte carbone de l’établissement est l’un des critères les plus importants pour obtenir la certification environnementale de l’Association des hôtels du Canada.

« Moi, je veux aller à un autre niveau complètement », affirme le propriétaire. En 2018, il a acheté le bâtiment voisin de l’hôtel pour ses nouveaux projets, notamment l’installation de systèmes de géothermie, de récupération des eaux grises et de récupération de la chaleur produite par les cheminées et la cuisine. Il a même l’ambition de verdir tout le quartier. « Pour vous, rien n’est impossible ? » lui demande-t-on. Ce à quoi il répond en rigolant : « Non. Enfin, je vais voir. »

Les clients de l’Hôtel du Vieux-Québec ne sont pas nécessairement au courant de tous les efforts environnementaux de l’équipe de direction. Sean et sa femme Zoe, deux touristes anglais installés dans le salon lors de notre visite, n’en savaient rien. « Absolutely wonderful! » s’exclame Sean en l’apprenant. « Definitely a bonus! » Comme quoi la guerre aux gaz à effet de serre peut se révéler rentable !

Une première version de ce texte a été publiée le 7 novembre 2018 sur Unpointcinq.ca

De rares clefs vertes

Depuis 2009, l’hôtel du Vieux-Québec reçoit chaque année cinq Clefs vertes, soit la cote maximale du programme environnemental de l’Association des hôtels du Canada, mis sur pied il y a une vingtaine d’années. Pour l’obtenir, l’établissement doit notamment investir dans des technologies vertes et former ses employés, explique la gestionnaire au développement des affaires de l’Association des hôtels du Canada, Rebecca Bartlett-Jones. Seulement 2 % des 164 hôtels québécois inscrits au programme ont reçu les cinq Clefs vertes cette année.


Réduire et compenser

Le directeur de l’hôtel du Vieux-Québec, Justin Keating, affirme que le fruit de ses efforts et de ses investissements depuis plus de 10 ans est principalement la « reconnaissance des clients ». Tous les profits sont réinvestis dans des projets visant à diminuer le plus possible l’empreinte carbone de son hôtel. Et les émissions de gaz à effet de serre qui ne peuvent être évitées sont compensées par l’achat de crédits carbone de type Gold Standard, qui permettent de financer des projets misant sur les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou la reforestation. Mais le jeune propriétaire reste lucide : « C’est un hôtel. C’est sûr qu’on a une empreinte carbone, car nos clients voyagent en avion ou en voiture. »


Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part. 



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