Plaidoyer pour une réduction de la dépendance à l’auto

Encourager l’achat de voitures électriques individuelles n’est pas la meilleure stratégie pour réduire les émissions de GES, estime Mickaël Brard.
Alexandre Shields Le Devoir Encourager l’achat de voitures électriques individuelles n’est pas la meilleure stratégie pour réduire les émissions de GES, estime Mickaël Brard.

Électrifier des transports, c’est bien, mais réduire la dépendance à l’automobile, c’est encore mieux, souligne une étude publiée plus tôt cette semaine par le collectif citoyen Solon. Pendant la campagne électorale, plusieurs partis ont pris des engagements en faveur de l’électrification des transports, mais les questions de croissance du parc automobile et de taille des véhicules ont été peu abordées.

Au Québec, les automobilistes sont encouragés à acheter un véhicule électrique pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) — bien que, pour l’instant, les constructeurs peinent à fournir à la demande. Une subvention de 7000 $ est offerte pour les véhicules électriques de moins de 60 000 $. Cette stratégie a des vertus, mais elle ne règle pas la source du problème, estime Mickaël Brard, consultant en mobilité durable et en changements climatiques, qui a signé une étude sur l’électrification des transports pour le compte du groupe Solon.

Le Québec a un taux de motorisation qui augmente plus vite que la moyenne nord-américaine et européenne, et le nombre de camions légers (VUS et pick-up) a quadruplé entre 1990 et 2018, souligne-t-il dans son étude. Cette catégorie représente d’ailleurs près de 80 % des ventes de véhicules de promenade neufs en 2020.

Ce qui fait dire à Mickaël Brard que financer l’achat de voitures électriques individuelles n’aura peut-être pas les effets escomptés en matière de réduction des GES. Une voiture électrique émet moins de GES, mais si la voiture à essence qu’elle remplace demeure en circulation, l’effet est limité. « Électrifier la voiture individuelle, c’est mettre une patch sur un trou. Il faudrait plutôt lutter contre la dépendance à la voiture, avance Mickaël Brard. Une personne […] qui décide d’elle-même d’abandonner une ou toutes les voitures du foyer apportera beaucoup plus de bénéfices et de réductions de GES qu’une personne qui se contente d’acheter une voiture électrique. »

De plus, la voiture électrique ne règle pas les problèmes de congestion automobile, d’utilisation des infrastructures publiques, d’étalement urbain et de sécurité routière, souligne-t-il.

L’électrification devrait avant tout viser les secteurs qui en ont vraiment besoin, comme les flottes professionnelles, les véhicules en partage et la population en milieu rural, estime le consultant. En milieu urbain, les voitures électriques plus compactes devraient être privilégiées, ajoute-t-il. Mais Mickaël Brard insiste pour dire qu’il faut tenir compte des milieux de vie, car il est plus facile pour les citadins d’opter pour les transports collectifs ou actifs, alors qu’en région, la voiture est souvent indispensable. « Il faut une approche adaptée aux cas et aux régions et sortir des débats simplistes du “pour ou contre la voiture” », rappelle-t-il.

La mobilité dans la campagne

 

Les cinq principaux partis engagés dans la campagne électorale ont évoqué la nécessité de poursuivre l’électrification du parc automobile pour réduire les émissions de GES et de développer le réseau de bornes de recharge. Mais les solutions proposées pour s’attaquer aux autres problèmes liés aux transports varient d’une formation politique à l’autre, a constaté Mickaël Brard.

Les partis s’entendent généralement sur la nécessité de financer le développement des réseaux de transport en commun, bien qu’en cette matière, le Parti conservateur du Québec (PCQ) propose un moratoire sur le projet de tramway à Québec. La Coalition avenir Québec (CAQ), Québec solidaire et le Parti québécois ont évoqué dans leurs programmes respectifs la nécessité d’améliorer les infrastructures pour le transport actif et le vélo. Les solidaires et les péquistes ont aussi proposé de soutenir plus généreusement l’autopartage.

Mais selon Mickaël Brard, un véritable clivage se dessine entre les partis sur la question de la place de la voiture. La CAQ et le PCQ appuient tous deux le troisième lien entre Québec et Lévis. Alors que les conservateurs suggèrent d’élargir les autoroutes 20 et 40 pour une meilleure fluidité de la circulation, les libéraux préviennent que s’ils sont portés au pouvoir, il n’y aura plus de nouveaux projets d’autoroutes dans les régions métropolitaines tant que des analyses plus globales sur la mobilité ne seront pas faites. De leur côté, les péquistes et les solidaires proposent des mesures visant à limiter l’augmentation de la capacité routière.

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