La CAQ ne ferme pas la porte au financement de l’expansion du réseau gazier

Depuis 2018, plus de 80 millions de dollars de fonds publics ont été dépensés pour financer l’expansion du réseau gazier du Québec.
Annick MH de Carufel Depuis 2018, plus de 80 millions de dollars de fonds publics ont été dépensés pour financer l’expansion du réseau gazier du Québec.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 27 septembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Si elle est réélue le 3 octobre, la Coalition avenir Québec (CAQ) pourrait continuer d’accorder du financement pour l’expansion du réseau gazier, mais en se limitant à des projets de « microréseaux ». Depuis 2018, plus de 80 millions de dollars en financement public ont été accordés à des projets de raccordement au réseau de distribution de gaz naturel.

Le Devoir a demandé aux cinq principaux partis en campagne électorale s’ils comptaient maintenir le soutien financier public pour ces projets d’expansion, qui facilitent l’utilisation d’une source d’énergie fossile. Nous leur avons aussi demandé s’ils jugeaient que le gaz naturel est une « énergie de transition », comme l’affirment certains partisans de celle-ci.

La CAQ a indiqué que « le genre de projet le plus susceptible de se concrétiser est des microréseaux, lorsqu’on construit une conduite sur quelques centaines de mètres ou quelques kilomètres seulement. Par exemple, pour raccorder des clients à l’intérieur d’un parc industriel lorsque l’électricité n’est pas une source d’énergie convenable pour leurs activités ».

Le gouvernement sortant estime toutefois « plutôt improbable que de nouveaux prolongements à grande échelle du réseau de distribution de gaz naturel voient le jour dans les prochaines années ».

« Le gaz naturel consommé ici n’est pas considéré comme une énergie de transition, dans un contexte où notre électricité est déjà propre. Par contre, nous continuerons de consommer du gaz dans les prochaines années », notamment pour « la sécurité de nos approvisionnements électriques » lors des périodes de pointe de la demande, précise la CAQ.

Depuis 2018, plus de 80 millions de dollars de fonds publics ont été dépensés pour financer l’expansion du réseau gazier, selon les données fournies par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles.

Parmi ces projets, on compte le prolongement d’un gazoduc jusqu’à Montmagny, qui a obtenu une « aide financière » de 47 millions de dollars, et celui du réseau gazier dans le parc industriel de Richmond, qui a reçu 10,6 millions. Pour le raccordement de la municipalité de Sainte-Clotilde et « l’augmentation de la capacité du réseau existant » dans la ville de Saint-Rémi, toutes deux situées en Montérégie, le gouvernement a injecté 17,4 millions de dollars.

Refus de trois partis

 

Le Parti libéral du Québec a pour sa part été catégorique : s’il est élu, il n’entend pas « verser un seul dollar public » pour soutenir le prolongement du réseau de gazoducs dans la province.

Les libéraux affirment toutefois que le gaz naturel produit moins de gaz à effet de serre que d’autres « carburants fossiles », et aussi que « la planète ne pourra pas s’en passer avant que [d’autres solutions] soient en mesure de les remplacer dans le bilan énergétique ».

Dans ce contexte, la formation dirigée par Dominique Anglade souhaite « accompagner Énergir dans ses efforts de décarbonation », notamment grâce à des « fonds de recherche » pour évaluer le transport d’hydrogène dans son réseau.

Pour Québec solidaire, le gaz naturel « n’est pas une énergie d’avenir ». Le parti souhaite donc « limiter » dès 2035 « l’utilisation d’énergie fossile dans les industries pour tous les usages et procédés électrifiables, ou pour lesquels une technologie propre mature existe ». Le parti propose également « d’interdire l’usage du gaz naturel dans tous les bâtiments en 2035 ». Les solidaires s’opposent aussi à l’expansion du réseau de gazoducs.

Le Parti québécois ne compte pas non plus financer l’expansion du réseau. « En fait, nous interdirons le remplacement de systèmes au gaz naturel existants par des nouveaux d’ici 2030 et interdirons aussi, pour toutes les nouvelles constructions, l’utilisation de combustibles fossiles et la connexion au réseau de gaz naturel », précise le parti souverainiste. Celui-ci souhaite plutôt favoriser « l’économie d’énergie et une meilleure gestion des pointes » dans la demande.

Le Parti conservateur du Québec nous a renvoyé à sa plateforme électorale. Celle-ci précise notamment que la formation d’Éric Duhaime souhaite lancer l’exploitation du gaz de schiste. En entrevue à Tout le monde en parle dimanche, M. Duhaime a rappelé que le Québec importe tout le gaz qu’il consomme.

Le gaz naturel consommé au Québec est d’ailleurs en bonne partie du gaz exploité par fracturation, une technologie qui est interdite ici. Au cours des prochaines années, ce gaz dit « non conventionnel » dominera d’ailleurs largement le marché.

Un « actif »

Titulaire d’une chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau estime qu’il n’est « pas souhaitable » de financer de nouveaux raccordements, « dans un contexte de transition énergétique où la consommation de gaz naturel de source fossile devra être nulle ou proche de rien d’ici 30 ans ».

Il souligne cependant que certains projets pourraient être pertinents de façon « transitoire », pour permettre à une industrie de réduire ses émissions. Dans d’autres cas, le recours au gaz naturel renouvelable (par exemple celui produit par la biométhanisation) pourrait justifier une telle extension. Dans ce contexte, il juge que le réseau de distribution constitue un « actif » intéressant pour le Québec.

Énergir fait valoir pour sa part que son réseau « a atteint sa maturité » et que l’heure est maintenant venue de planifier « une décroissance du gaz naturel fossile au profit des énergies renouvelables ». À l’horizon 2030, « au moins 10 % » du gaz commercialisé sera renouvelable, assure-t-on.

L’entreprise dit aussi vouloir « mieux cibler les marchés dans lesquels il est pertinent de continuer à consommer du gaz naturel », tout en rappelant que « plusieurs municipalités, entreprises et regroupements nous demandent encore l’accès au gaz naturel ».

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