Cinq enjeux environnementaux qui risquent d’être absents du débat de ce soir

L’érosion côtière est un défi majeur en matière d’adaptation contre les impacts de la crise climatique.
Alexandre Shields Le Devoir L’érosion côtière est un défi majeur en matière d’adaptation contre les impacts de la crise climatique.

Plusieurs dossiers majeurs en environnement sont ignorés, ou alors à peine effleurés dans le cadre des débats des chefs. Tour d’horizon.

Changer nos modes de vie

Les partis affirment souvent fonder leurs décisions sur la science. Pour aider les décideurs à prendre le chemin de la carboneutralité, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) suggère d’inciter les citoyens à modifier leur mode de vie. Manger des protéines végétales, gaspiller moins de nourriture, chauffer et climatiser mieux, recourir aux transports actifs et collectifs : que peut faire un gouvernement pour concrétiser ces changements ?

Le Parti libéral du Québec propose un ambitieux chantier d’efficacité énergétique — comment convaincre la population de chauffer moins lors des grands froids ? La PasseClimat imaginée par le Parti québécois, pour un accès illimité au transport collectif à 365 $ par année, changera-t-elle les comportements, ou c’est plutôt la qualité du service qui compte ?

S’adapter aux impacts de la crise climatique

Qu’il réduise ou non ses émissions de gaz à effet de serre, le Québec subira les impacts de la crise climatique : canicules, pluies fortes, érosion côtière, feux de forêt, inondations, etc. Cela signifie, selon les experts, qu’il est urgent de s’adapter.

La facture risque d’ailleurs d’être salée. Un exemple ? Le ministère des Transports du Québec a recensé par moins de 273 segments de routes vulnérables à l’érosion côtière. Or, la question de l’adaptation demeure le parent pauvre du discours climatique des différents partis. Dans son « Plan pour une économie verte », la CAQ compte y consacrer à peine 5 % des 7,6 milliards de dollars prévus d’ici 2027. Dans leur programme, les libéraux soulignent pour leur part leur intention d’élaborer des « stratégies régionales » contre l’érosion. Le Parti québécois veut « renforcer l’adaptation de nos collectivités » et Québec solidaire compte restaurer les « infrastructures naturelles », comme celles qui permettent de réduire les îlots de chaleur, c’est-à-dire les espaces verts en milieux urbains.

Mieux gérer nos matières résiduelles

 

Même si les bacs de recyclage font partie de notre quotidien et que les bacs à compost sont de plus en plus présents, les Québécois continuent d’envoyer beaucoup d’ordures directement au dépotoir ou à l’incinération. L’enfouissement de déchets au Québec a même connu « une nette augmentation » au cours des dernières années, concluait le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement en janvier dernier.

Selon le plus récent bilan disponible, soit celui de 2019, chaque Québécois a produit l’équivalent de 724 kilos de déchets en une seule année. Des matières organiques ou recyclables se retrouvent d’ailleurs en grandes quantités dans les sites d’enfouissement. La province a par exemple envoyé pas moins de 1,2 million de tonnes de matières recyclables au dépotoir au cours de l’année 2019-2020. Pour améliorer le bilan et le taux de récupération de différents contenants, la CAQ a modernisé le système de consigne de différents contenants de verre et de plastique. Elle s’engage aussi à généraliser l’accès au bac brun d’ici 2026, afin de bonifier le recyclage des matières organiques. Même chose pour la formation dirigée par Dominique Anglade, qui mentionne aussi l’idée de réduire la place du « plastique à usage unique ». Québec solidaire propose par ailleurs une « consigne » sur les produits technologiques comme les cellulaires. Le bilan 2018 de Recyc-Québec, soit le plus récent disponible, précise que le taux de récupération a atteint à peine 9 % pour ces appareils.

Protéger de la biodiversité

 

Le Québec bénéficie de très vastes espaces naturels terrestres et maritimes, mais aussi d’une grande variété d’écosystèmes et d’espèces sauvages. Mais ces milieux sont plus que jamais menacés par le développement et les impacts de la crise climatique. Dans ce contexte, toutes les formations en lice s’engagent à protéger 30 % des milieux naturels du Québec d’ici 2030, à l’exception du Parti conservateur du Québec.

Les partis promettent aussi de prioriser les milieux naturels du sud de la province, qui ont sévèrement décliné au cours des dernières décennies. Quelles seront les mesures concrètes pour y parvenir, au-delà des cibles fixées dans les programmes politiques ? La CAQ promet 525 millions d’argent frais, et les libéraux s’engagent à mieux protéger les milieux humides. Solidaires et péquistes s’engagent pour leur part à agir pour assurer la survie des espèces menacées, dont le caribou forestier. Mais globalement, la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables manque cruellement de mordant, selon les experts.

Améliorer la qualité de l’air

Bien que la qualité de l’air ait énormément fait couler d’encre cet été, ce thème se fait discret dans la campagne électorale. À la mi-août, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a finalement annoncé qu’il exigera de la Fonderie Horne qu’elle rejette un maximum de 15 ng / m3 d’arsenic dans l’air, mais d’ici cinq ans. Quelles seront les exigences pour les huit autres entreprises qui ont le droit d’émettre plus de polluants que selon les normes provinciales ?

À Québec, ce sont les émissions de nickel qui inquiètent. La plupart des partis d’opposition ont déjà critiqué la CAQ pour avoir permis de quintupler le seuil de tolérance de nickel dans l’air. Vont-ils en reparler ce soir ? Québec solidaire pourrait par ailleurs rappeler sa proposition de créer un poste de vérificateur indépendant de la qualité de l’air.

À voir en vidéo