Que promettent les différents partis pour les milieux naturels du Québec?

Les partis politiques en campagne au Québec sont généralement en faveur d’une plus grande protection des milieux naturels du sud de la province. Ceux-ci comprennent notamment de nombreux milieux humides.
Alexandre Shields Le Devoir Les partis politiques en campagne au Québec sont généralement en faveur d’une plus grande protection des milieux naturels du sud de la province. Ceux-ci comprennent notamment de nombreux milieux humides.

Ce texte est tiré du Courrier de la planète du 20 septembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.
 
Le Québec abrite de vastes milieux naturels et une riche biodiversité. Mais plusieurs espèces sont menacées, et les pressions de développement urbain et industriel sont plus fortes que jamais. Que proposent, pour nos écosystèmes, les partis qui sont dans la course en vue du scrutin du 3 octobre? Le Devoir leur a posé la question, en plus d’interpeller des experts sur le sujet.

Coalition avenir Québec

Le parti dirigé par François Legault promet de protéger 30 % des milieux naturels terrestres du Québec d’ici 2030. Dans le cadre d’un second mandat, les caquistes investiraient 525 millions de dollars pour atteindre leurs objectifs.

La majorité de cette somme irait à la création et à l’agrandissement de parcs nationaux. Trois nouveaux parcs nationaux verraient le jour. Le plus important projet qui se concrétiserait serait le parc national Nibiischii. Attendu depuis plusieurs années, il serait d’une superficie de près de 12 000 km2. Il est cependant déjà comptabilisé dans le calcul des objectifs de protection du territoire québécois ; sa concrétisation ne permettra donc pas d’améliorer le taux de protection des milieux naturels.

Près de 100 millions de dollars serviraient à la bonification du réseau d’aires protégées sur les terres publiques et privées — le gouvernement pourrait donc se porter acquéreur de terrains appartenant à des particuliers ou à des entreprises. Selon les caquistes, ce genre de mesure devrait permettre d’accroître la protection des milieux naturels du sud de la province.

Parti libéral du Québec

 

Les libéraux promettent de protéger 30 % des milieux terrestres québécois d’ici 2030 tout en priorisant les « territoires oubliés » au sud du 49e parallèle. Il est vrai que le gouvernement Legault y a mis de côté 62 projets d’aires protégées, principalement pour préserver des intérêts économiques, notamment ceux de l’industrie forestière.

En matière de sauvegarde des espèces menacées, les libéraux comptent notamment implanter une « stratégie de protection des milieux naturels et de la biodiversité » afin de renaturaliser des habitats et d’encadrer plus efficacement les milieux humides. Ceux-ci ont subi un déclin marqué au Québec, alors que leur protection est nécessaire pour la survie de nombreuses espèces fauniques.

En ce qui a trait aux milieux marins, le Parti libéral ne souhaite pas s’engager sur une cible précise de protection, mais promet de fixer un objectif « en collaboration avec le gouvernement fédéral ».

Québec solidaire

 

Le plan de lutte contre la crise climatique des solidaires comprend des mesures pour « la protection de la biodiversité et des territoires naturels ». Ils s’engagent notamment à protéger 30 % du territoire québécois d’ici 2030.

La priorité serait accordée aux territoires du sud de la province, qui sont toujours très peu préservés de l’activité humaine. La formation promet aussi de réduire « les tensions entre les intérêts de l’industrie forestière et la nécessité de protéger les espèces menacées », comme le caribou. Pour y parvenir, « un nouveau contrat social » encadrerait l’exploitation des ressources naturelles, dont « une modernisation du régime forestier ».

« En plus de lutter contre les changements climatiques, nous proposons ainsi un ensemble de solutions nature pour mitiger ou annuler plusieurs problèmes qui en découlent, comme l’augmentation de la fréquence des inondations et des vagues de chaleur ou bien encore la détérioration de la qualité de l’air », précise le parti dans une réponse écrite.

Parti québécois

 

Les péquistes promettent de protéger 30 % des milieux naturels terrestres et marins du Québec d’ici 2030. « Nous voulons également renforcer la conservation du territoire, notamment par la mise en place de corridors écologiques et en assurant la représentativité du réseau dans toutes les régions du Québec », ajoute le parti.

Afin de mieux protéger les milieux naturels du sud de la province, le Parti québécois s’engage à adopter d’ici la fin de l’année « des cibles régionales de protection de 20 % des territoires dans les milieux urbains et périurbains, et de 30 % du territoire au sud du 49e parallèle ».

La formation souverainiste compte également « moderniser » la loi québécoise sur la protection des espèces menacées, « pour y ajouter un volet sur la protection animalière forte », et « élaborer un plan de protection du caribou forestier ».

Parti conservateur du Québec

 

La formation dirigée par Éric Duhaime n’a pas répondu aux questions du Devoir. On a simplement indiqué que la demande avait été envoyée à la « commission politique ».

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Quelles devraient être les priorités pour la protection des milieux naturels et de la biodiversité du Québec ?

« Il nous faut des engagements concrets », souligne d’entrée de jeu Jérôme Dupras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’Université du Québec en Outaouais. « Les cibles, comme l’idée de protéger 30 % des milieux naturels, sont intéressantes. Mais il faut ensuite préciser comment on va y parvenir, en impliquant des acteurs comme les municipalités, par exemple. Il faut aussi se pencher sur la gouvernance, pour revoir la place de la biodiversité dans la gestion de l’État. »

M. Dupras estime qu’il serait important de placer les questions fauniques sous la responsabilité du ministère de l’Environnement du Québec. Actuellement, rappelle-t-il, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs doit à la fois défendre les intérêts de l’industrie forestière et la protection d’espèces comme le caribou forestier. « C’est une question de cohérence. »

Selon une étude pilotée par le professeur Dupras et ses collègues, le prochain gouvernement pourra d’ailleurs compter sur l’appui de la population. Les résultats de cette recherche indiquent en effet que les Québécois sont « sensibles » aux enjeux de préservation de la biodiversité et des espèces menacées, comme le caribou forestier ou le béluga du Saint-Laurent. Or, en protégeant ces espèces, on protège automatiquement des écosystèmes plus vastes et les espèces qui en dépendent.

Selon l’organisme Nature Québec, le prochain gouvernement du Québec devra « intégrer de façon systématique la protection de la biodiversité et des milieux naturels à toutes les étapes de la planification territoriale, en incluant les notions de connectivité et de restauration écologique, particulièrement dans le sud du Québec ».

Son coordonnateur du programme Biodiversité et Forêt, Frédéric Venne, souligne aussi que l’État doit prévoir du financement pour restaurer des écosystèmes en terres publiques et privées, ce qui comprend « l’acquisition de milieux naturels ».

L’organisme presse en outre Québec de mettre en place les mesures nécessaires pour le rétablissement des différentes populations de caribous de la province, qui accusent des déclins marqués.

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