Les fortes pluies s’infiltrent dans la campagne électorale

Alice Dufour Thériault, dont la maison a été inondée le 13 septembre dernier, croit que les autorités municipales et les gouvernements doivent en faire plus pour rendre Montréal plus résiliente.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alice Dufour Thériault, dont la maison a été inondée le 13 septembre dernier, croit que les autorités municipales et les gouvernements doivent en faire plus pour rendre Montréal plus résiliente.

L’environnement, l’enjeu principal des élections ? C’est ce que demande la science et ce qu’espèrent de plus en plus de citoyens, particulièrement dans un contexte où les effets des changements climatiques s’accentuent au Québec. Le Pôle environnement du Devoir part donc à la rencontre de la population pour mesurer à quel point son vote sera influencé par les questions écologiques. Aujourd’hui : l’adaptation aux changements climatiques.

Quand des pluies diluviennes se sont abattues sur la région métropolitaine le 13 septembre dernier, Alice Dufour Thériault n’a pas eu beaucoup de temps pour réagir. « C’est arrivé en l’espace de 20 minutes. J’étais en train de faire le souper et j’ai entendu un bruit bizarre venant du sous-sol », relate cette propriétaire d’une maison de type shoebox de la rue Wurtele, dans l’arrondissement de Ville-Marie. « L’eau s’est mise à monter très rapidement. Elle entrait par les fenêtres et les portes à une vitesse folle. C’était vraiment épeurant. »

Dans les minutes qui suivent, elle compose le 911 et finit par parler à un intervenant qui promet d’envoyer une équipe d’urgence sur les lieux. Mais celle-ci ne viendra jamais. « Sur le coup, je me suis sentie abandonnée par le 911. Après, je me suis sentie abandonnée par la Ville, qui a fait du “push” politique là-dessus, avec les maires qui ont demandé un pacte vert au gouvernement, dit-elle. Et le lendemain, on s’est fait augmenter la valeur de notre maison de 200 000 $ [avec le nouveau rôle foncier]. »

Le 311 pris d’assaut

Le déluge a fait tomber sur Montréal plus de 50 mm d’eau en deux heures, soit l’équivalent de la quantité de pluie que la métropole reçoit habituellement en un mois. Plusieurs artères de la ville ont été inondées et l’eau s’est infiltrée dans la station de métro Square-Victoria–OACI. Entre 17 h et 19 h 30, 1400 appels ont été reçus au 311 en lien avec les pluies diluviennes et des sous-sols inondés. À Longueuil, le 311 a été pris d’assaut avec 2622 demandes d’aide. D’autres villes, dont Joliette et Repentigny, ont aussi subi les foudres de Dame Nature. La Croix-Rouge a dû venir en aide à 34 ménages dans la foulée de ces inondations.

Mardi dernier, quelques heures après que les maires de 10 grandes villes eurent demandé aux partis provinciaux engagés dans la campagne électorale de soutenir les villes dans l’adaptation de leurs infrastructures aux changements climatiques, le chef caquiste, François Legault, de passage à l’hôtel de ville de Montréal, leur a servi une fin de non-recevoir. Il a préféré s’en remettre au Plan pour une économie verte, un programme axé sur la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES). Il a aussi évoqué le programme OASIS visant le verdissement et la lutte contre les îlots de chaleur urbains.

Après son départ de l’hôtel de ville, la nature s’est déchaînée. Le thème de l’adaptation aux changements climatiques venait de faire une entrée fracassante dans la campagne électorale.

Des événements extrêmes plus fréquents

 

Locataire d’un logement de la rue Montgomery, dans le Centre-Sud, Mathieu Prévost a vu son sous-sol inondé mardi dernier. Ses deux colocataires, dont les chambres étaient au sous-sol, ont dû se reloger ailleurs temporairement.

Jusque-là, les changements climatiques ne lui apparaissaient pas comme un thème majeur de la campagne électorale en cours. « Si vous m’aviez demandé lundi [12 septembre] si cette question était importante dans le cadre de la campagne électorale, j’aurais dit non. Mais maintenant, manifestement, oui. C’est quelque chose qu’on ne réalise pas jusqu’à ce qu’on soit impliqué soi-même. »

Selon lui, les partis doivent agir dès maintenant, car les impacts des changements climatiques pourraient être importants dans 10-15 ans. Les événements extrêmes, comme les canicules et les pluies diluviennes, risquent de survenir plus fréquemment. « Je trouve ça important de s’attaquer au coeur du problème. »

Responsable de la sécurité publique au comité exécutif de la Ville de Montréal, Alain Vaillancourt indique que la Ville dispose d’un budget de 314 millions sur 10 ans pour rendre ses infrastructures plus résilientes avec, entre autres, des améliorations au réseau d’eau, la construction de saillies de trottoirs drainantes et d’autres aménagements capables d’absorber les eaux pluviales. « Mais ça prendra plus d’argent. C’est pour ça que la mairesse a réclamé 2 milliards par année dans le pacte vert. Ce pacte vert est une nécessité. Ces événements-là seront plus fréquents. Il faut être prêts », dit-il.

Alice Dufour Thériault croit que les autorités municipales et les gouvernements doivent en faire davantage pour rendre la ville plus résiliente. « On est dans un secteur hautement minéralisé. C’est un îlot de chaleur notoire. On a verdi le terrain devant chez nous. Je fais ce que je peux pour l’écoulement des eaux de pluie et dans la ruelle verte, mais on a beaucoup de problématiques reliées à ça. Il n’y a pas de volonté. »

D’ailleurs, la ruelle qui borde sa maison a beau avoir été désignée « ruelle verte », elle est complètement asphaltée, à l’exception d’une étroite bordure plantée de fleurs. Et lors du déluge de mardi dernier, un pied d’eau s’y était accumulé, signale Mme Dufour Thériault.

Emmanuel Rondia, directeur général du Conseil régional de l’environnement de Montréal, croit aussi que le gouvernement du Québec doit apporter sa contribution en matière d’adaptation aux changements climatiques, de verdissement et de lutte contre les îlots de chaleur.

Il suggère notamment qu’une part de 1 % des budgets des projets d’infrastructures de Québec soit consacrée aux projets d’adaptation et de gestion des eaux de pluie. « Ça assurerait qu’il y ait un financement pour les projets d’infrastructures vertes », dit-il.

Dans la région de Montréal, Québec pourrait financer le programme de la trame verte et bleue de la Communauté métropolitaine de Montréal afin de permettre aux villes d’acquérir des espaces verts, ajoute-t-il. Le gouvernement devrait aussi être exemplaire en matière de gestion des eaux pluviales et de verdissement dans tous ses projets d’infrastructures, que ce soit pour des écoles, des hôpitaux ou la réfection de routes, par exemple.



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